Rando de toutes les couleurs 2019

Isabelle Parmentier, accompagnement des personnes homosexuelles et de leur famille

Vivre est un voyage !

En ce dimanche matin 16 juin 2019, 41 marcheurs se retrouvent en haut des remparts de Parthenay, pour la seconde Rando de toutes les couleurs. « Bouge, dans un monde qui bouge ! » est le thème du jour.
Certains ont pris tôt la route, venus de Saint-Brieuc, de Bourges ou de la Rochelle, un minibus de Niort, et des voitures remplies venues de Poitiers ou d’ailleurs du Poitou. La moitié vient pour la première fois. Il fait beau. L’ambiance est joyeuse et décontractée.
Autour d’un café, assis en grand cercle, le groupe fait connaissance : en 1,30 min, chacun expose ce qui le motive à être là et, d’un mot, ce qui est le plus précieux pour lui lorsqu’il voyage. 1/3 de parents, un peu plus d’hommes et de femmes homosexuelles, et 1/3 d’amis convaincus avec le Synode, que l’Eglise serait davantage fidèle à l’Évangile si elle s’ouvrait à toutes les différences. Mais l’homosexualité est-elle vraiment une différence ? Chacun rêve d’une société où toute personne serait acceptée telle qu’elle est, unique, précieuse, irremplaçable, dans la reconnaissance des diversités et de nos richesses.

Certains parcours de vie sont impressionnants : lente acceptation d’être soi, difficulté à trouver sa place au sein de la famille. Plusieurs amies homosexuelles sont venues avec leurs parents : pour elles, un grand pas. Dans la traversée des épreuves comme dans le bonheur, pas d’autre pierre fondatrice qu’un amour inconditionnel. Rien de pire que se sentir jugé. Nous accueillons cette quête de dignité et de vérité, des histoires de souffrance, de réconciliation. Hélas, l’Église n’a pas de quoi être fière. Plusieurs expliquent qu’ils ont dû à regret la quitter, parce qu’ils avaient perdu confiance. Trop d’accusations, de culpabilités. Aujourd’hui, en quête d’espérance, ils osent peu à peu se tourner à nouveau vers les chrétiens, malgré les graves scandales et abus qui secouent l’institution.

11h30 : il est temps de se mettre en route. Sous la conduite de Christian et Anne-Marie, en gilets jaunes, nous partons 3 par 3 et descendons les remparts par un escalier raide, admirant une vue magnifique sur la vallée. Pierre conduit la voiture balai qui transporte nos sièges et les précieux pique-niques. Merci à lui ! Arrivés en bas, nous cheminons le long du Thouet et traverserons la rivière trois fois dans la journée, par des passerelles chaque fois évocatrices des traversées de nos vies.
Après 5 km, nous nous retrouvons dans la splendide église Saint-Pierre.
Eric nous lit un conte qui parle d’un trésor caché… tout près de nous. Un trésor ne sommeille-t-il pas en chacune de nos vies ? Pourquoi partir loin, au-delà des mers pour le trouver ? « Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur ». Le témoignage d’Annie nous saisit tous. 5 enfants, un fils homosexuel, la difficulté de l’acceptation, et puis… la naissance d’un petit-fils.
Après un moment de trouble, le petit Merlin est accueilli comme un trésor. Il grandit aujourd’hui entre deux mamans et un papa. Et alors ? Le visage radieux de la grand-mère en dit long sur la confiance qui l’habite. Ce qui compte aussi, c’est l’amour de l’entourage familial. Nous écoutons la chanson de Calogéro : « Moi aussi, j’ai le droit d’être heureux ».

Encore 2 km et nous arrivons sur l’aire de pique-nique. Chacun a apporté des trésors gastronomiques, et au soleil, nous savourons l’amitié. Notre évêque nous rejoint, il a marché toute la nuit avec les 3èmes mais il tient à être parmi nous et le groupe lui en est très reconnaissant. Le père Gérard Mouchard, curé de Parthenay, nous rejoint également. La présence des deux hommes d’Église fait signe, aux chrétiens comme aux plus éloignés. Mais qui est loin aux yeux de Dieu ?
Au moment du café, 3e temps d’animation. Isabelle raconte le récit de la tempête apaisée par Jésus. Lorsque nos existences semblent chavirer, Dieu dort-il ? Soizic prend alors la parole et raconte les rudes tempêtes qu’elle a traversées durant sa vie. Beaucoup de souffrances, de sentiments de rejet, après 5 ans au Carmel, elle pense plusieurs fois au suicide, mais lentement, elle se relève, bien décidée à vivre sa vie en étant enfin elle-même. « Je retrouve le goût de la prière » dit-elle. Et la joie.
Nous repartons pour 4 nouveaux kilomètres toujours en longeant le Thouet, et arrivons au lieu-dit « la Maison Dieu » ou par petits groupes, sous un cerisier croulant de cerises, nous préparons la célébration. « Clown, clef ou cloches »… chacun prépare, au choix, un sketch, un poème, une prière.
Nous nous ébranlons enfin pour la dernière étape à travers la vieille ville, enchantés par la beauté des maisons à colombages. « La rando est vraiment superbe ».
Les appareils de photo crépitent.
Il fait chaud et c’est le visage rougi par le soleil que nous nous installons vers 17h30 à l’ombre de l’église Sainte-Croix, tout en haut de la ville.

Assis en cercle comme le matin, nous nous sentons… comment dire ? différents. Quelque chose nous est arrivé, quelque chose de beau, d’intérieur, de profond… comme une brise légère sur nos cœurs.

En ouverture, le père Wintzer commente un mot de Maître Eckhart.
« Pars à la recherche de toi-même
et lorsque tu te seras trouvé,
quitte-toi ! »
Silences graves, chansons et rires alternent ensuite dans ce « bouquet final » plein d’imagination et d’émotion où la prière nous gagne en douceur, une prière fervente, ardente.
Ensemble, nous disons la prière de John Henry Newman :
« Conduis-moi, douce lumière. Dans les ténèbres qui m’enveloppent, guide-moi encore. Je suis loin de ma demeure. Garde mes pas. Un seul pas me suffit. Guide-moi, douce lumière, guide-moi encore. »
Il est tard. Difficile de nous séparer, sur la place, tout le monde s’attarde. On échange des adresses, et on promet de se retrouver l’année prochaine.
Le soir même, des messages arrivent. Philippe, venu pour la première fois, écrit son étonnement heureux : « Merci pour cette très bonne journée, très bien organisée. J’ai aimé toutes les interventions qui étaient vraiment enrichissantes, exprimées avec beaucoup de sensibilité d’intelligence. Une amie m’a dit il n’y a pas longtemps, que je suis une personne multi facettes, c’est très vrai : aujourd’hui j’ai retrouvé une facette de moi-même que j’avais délaissée… » Et Carine, pour qui c’est également la première expérience : « Merci pour cette très belle rencontre qui m’a touchée au cœur. J’ai eu de très beaux échanges, pleins de profondeur sur notre humanité, je suis admirative de la confiance de chacun. Bonne suite pour la mission ! »
Oui, continuons ensemble d’avancer !

Sans attendre, vous pouvez toujours contacter Isabelle Parmentier, chaque jour partante pour de nouvelles aventures. 06 62 14 93 41 – isab.parmentier@laposte.net

 

Rando de toutes les couleurs