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Un carême pour résister à la tentation de combler le manque

Actualités, Mise en avant

La pandémie et les contraintes à quoi elle conduit pourra, je l’espère, mener à découvrir un essentiel qui subsiste lorsque des restrictions, de libertés, de rencontres, de mouvements sont imposées ; mais elle pourrait aussi, ce que je regrette et ne peut mener qu’à une impasse, focaliser sur ce qui fait défaut.

 

Pour le chrétien, le temps du carême est celui du manque, du manque provoqué et du manque assumé, il a donc à voir avec la période particulière de l’histoire du monde dont nous continuons la traversée.
Le chrétien, envoyé pour le service du monde, ne peut honorer cette vocation qu’à la mesure où il combat les asservissements mondains. Ne pouvoir supporter un manque, quel qu’il soit, est bien de ces asservissements ; lorsque ceci touche les « objets religieux », on peut vraiment déplorer que le chemin de liberté soit si empêché. Pleurer sur ce qui fait défaut, y compris la messe, ou telle manière de recevoir le corps du Christ, entretient dans cette myopie incapable de voir ce qui demeure et même s’invente.

 

La livraison de mars de la revue Etudes, dans le corps de deux de ses articles, mentionne deux citations qui éclairent le temps où nous sommes, tout en visant bien au-delà. Il y a ce propos de Michel de Certeau : « Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est pas ça, qu’on ne peut résider ici, ni se contenter de cela ».
Il y a également ce court passage de 1984 de Georges Orwell : « Les truismes sont vrais, il n’en démordrait pas ! Le monde concret existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, les objets que rien ne soutient tombent vers le centre de la Terre ».

 

L’action et l’engagement ne sont possibles qu’à la mesure où le réel est regardé et accepté, non pour nous y résigner mais parce qu’il n’y a de changement possible qu’à la mesure où l’action s’exerce sur ce réel. Dans la mesure où il s’agit de le façonner, tel un jardinier patient et respectueux, non de le détruire ou de l’altérer. Le premier « réel » c’est bien entendu soi-même. Bienheureux ces parents et ces éducateurs qui permettent aux enfants de se réjouir de qui ils sont, c’est ainsi qu’ils les dotent des moyens les plus sûrs pour vivre et agir, aussi sur eux-mêmes, mais, ici d’abord, dans un processus de croissance, non dans un rêve d’altération. Celui qui s’y engagerait n’aurait pour seule possibilité que de se doter d’un masque, d’abord à ses propres yeux.

 

Le carême est justement ce temps où l’on dépose le masque de carnaval, ou bien, comme les Juifs le font lors de Pourim, si l’on se déguise, ce n’est pas pour se dissimuler, s’inventer une vie par procuration, mais pour bien signifier que l’être profond et véritable n’est pas celui que nous pouvons parfois chercher à manifester, y compris par le truchement de tous ces écrans qui ne font que nourrir l’illusion et énerve toute action.
Penser que si telle chose ne faisait pas défaut, tout irait mieux, confine à l’illusion, voire à la pensée magique. Ceci peut également conduire à rechercher sinon des coupables au moins des responsables.

 

Tout nous est donné, les fruits des arbres du jardin nous sont offerts (cf. Gn 2, 16). Le premier moteur de l’agir, c’est donc, dans le domaine de la foi, l’action de grâce, et c’est la gratitude, dans celui de l’éthique.

 

le 1er mars 2021
+ Pascal Wintzer,
Archevêque de Poitiers

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