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Regards portés par le Frère François Cassingena

reflexion

Retrouvez l’interview donnée par le Frère François Cassingena, moine bénédictin à l’abbaye Saint-Martin de Ligugé au magazine « Famille chrétienne » parue cette semaine.

 

Que vous inspire cette épidémie qui frappe désormais la France de plein fouet ?

Nous devons faire face à un phénomène qui nous surprend et qui est terriblement angoissant. Il faut le reconnaître ! Cette épidémie vient complètement perturber nos prévisions et nos divertissements. Il faut accepter cette situation. Ce n’est pas la fin du monde, mais la fin d’un monde qui roulait dans un emballement total. Nous sommes les témoins d’un violent coup de frein qui doit nous faire réfléchir. Le monde, avouons-le, ne pouvait pas continuer à ce rythme-là… Il y a dans cette épidémie un avertissement et non un châtiment divin. Cet avertissement, il faut le prendre au sérieux.

Comment surmonter l’angoisse collective qui étreint notre pays ?

Cette situation réveille en nous des peurs archaïques et primitives. C’est aussi un moment hallucinant qui ressemble à de la science-fiction ! Nous pensions être débarrassés de ces épidémies pour toujours. Si avancés que nous soyons techniquement, nous ne sommes décidément pas à l’abri d’un virus sur lequel d’ailleurs nous ne savons pas tout.

Ce sentiment d’impuissance alimente justement notre angoisse ?

Nous accumulons beaucoup d’angoisse pour nous-même et nos proches. Dans cette situation, la parole fait du bien. Nous devons la libérer, elle doit pouvoir circuler en vérité. Pouvoir nous dire notre angoisse les uns aux autres est une chose vitale, sans céder, bien sûr, à la psychose. Nos inquiétudes, nos perplexités, nous ne devons pas les garder pour nous ! Nous sommes tentés de céder à l’hyper information. Mais à un moment, il faudra trouver le courage de ne plus être rivés à nos écrans. Il faudra laisser passer cette vague sans plus nous affoler. Nous sommes victimes d’un matraquage médiatique qui nous fragilise, car nous sommes incapables de le supporter…

À un moment, il faudra trouver le courage de ne plus être rivés à nos écrans. Il faudra laisser passer cette vague sans plus nous affoler.

 

Jésus Lui-même n’a-t-Il pas éprouvé l’angoisse ?

Jésus a connu l’agonie à Gethsémani ! Nous partageons aujourd’hui avec les autres un sentiment humain universel, celui de la peur. Il faut avoir l’honnêteté de le dire. Les chrétiens ne sont évidemment pas plus forts que les autres. Ce qui me donne confiance, en revanche, c’est la parole de l’Évangile de dimanche dernier, dans le récit de la Samaritaine. Pourquoi ? Parce que Jésus désigne cette eau vive qui est au fond de nous. Le Seigneur nous indique ici une ressource profonde. Le Royaume est en nous  ! Il faut impérativement descendre au fond de nous pour trouver cet infini. Cette descente suppose une grande pauvreté, une mise à nu.

Comment vivre cette épreuve ?

Un grand détachement nous est demandé. Cela nous oblige à nous détacher de toutes nos certitudes, de notre confort. Nous sommes comme en suspension dans une précarité totale. Après seulement, nous retrouverons le goût des choses simples, comme la caresse, la poignée de mains, les rires. Vous verrez, ces choses nous paraîtront merveilleuses. Pour l’instant, c’est une formidable vague à traverser pour en sortir nouveaux. Une grande épreuve pascale !

Il va sortir beaucoup de choses positives de cette épidémie. L’homme, pressé par ses angoisses, va se mettre en recherche, il va changer ses priorités. C’est un accouchement douloureux, mais l’épreuve sera passagère. Il faut seulement faire le gros dos, nous serrer les coudes. Il faut traverser, c’est tout le mystère de Pâques.

Le Carême 2020 est quand même une rude traversée ?

Nous n’avons pas besoin cette année de rajouter beaucoup de pénitences de Carême ! Nous avons devant nous un exercice de Carême énorme et nous le partageons avec tous. L’existence humaine est une traversée : nous sommes faits pour passer de la mort à la vie avec le Christ. Pour autant, cet exercice spirituel n’enlève rien au sérieux de nos devoirs civiques. Il est de notre responsabilité de ne pas aggraver la contagion par des gestes inappropriés. Le combat sanitaire passe par une rigueur dont nous ne pouvons pas nous exonérer.

Une rigueur qui passe par un confinement forcé…

Ce confinement peut être l’occasion de revenir à l’essentiel. Être confiné, c’est être à l’intérieur de limites. Mais, justement, nous pouvons trouver des ressources infinies en nous ! Il faudrait que nous soyons confinés dans l’infini ! Cette invitation au retrait, à l’isolement, à la solitude, nous replonge en nous-même dans les véritables valeurs. Quelles sont les paroles qui nous nourrissent vraiment ? C’est le Christ, notre nourriture ! Cette épidémie nous pousse à une conversion. Cela vaut pour tout le monde, y compris les non-chrétiens. Se convertir, c’est envisager notre devoir d’entreprendre un monde plus humain et plus sage.

Cette épidémie nous pousse à une conversion. Se convertir, c’est envisager notre devoir d’entreprendre un monde plus humain et plus sage.

 

En quoi les moines – comme les bénédictins – peuvent-ils être utiles en ces temps troublés ?

Les moines sont des vigies. Ils restent toujours là ! Il y a une certaine immobilité de la vie monastique qui est rassurante dans cet immense bouleversement. On se dit que certaines choses tiennent ! Je crois en cette stabilité des moines dans la grande épreuve actuelle.

Quelle est la valeur de la prière d’intercession ?

Nous sentons plus que jamais que nous faisons partie du même corps, un corps souffrant et fragile. Il existe une solidarité symbolique des cellules entre elles pour filer la métaphore. Je sens une attente profonde vis-à-vis de l’Église. C’est notre rôle de porter cette épreuve silencieusement et calmement. Car il est très important que nous gardions notre calme comme nous y invite le prophète Isaïe : « Ainsi a parlé le Seigneur, l’Éternel, le Saint d’Israël : C’est dans la tranquillité et le repos que sera votre Salut. C’est dans le calme et la confiance que sera votre force » (Is 30,15). La grande tentation aujourd’hui, c’est l’affolement. Face aux signes d’affolement spectaculaires, nous devons répondre par un sursaut d’intériorité.

Je suis persuadé que la communauté catholique a un rôle social à déployer au travers de la prière publique. Même en l’absence de liturgies publiques, le travail souterrain de la prière se poursuit. Notre prière recueillera ce monde terrifié pour qu’il renaisse dans une pâte nouvelle ! Nous sommes un ferment pour accompagner ce renouveau. Nous voyons bien que notre condition de chrétiens ne nous dispense pas du monde, ne nous immunise pas contre lui, mais nous épousons fraternellement ses tribulations.

Nous nous sentons très impuissants face au mal…

Je crois qu’il faut voir le mal comme une matière à conversion. Nous devons en faire quelque chose ! Notre tâche n’est pas de rester tétanisés, mais de transformer cette matière première, apparemment absurde, en quelque chose. C’est le travail considérable des chrétiens. L’homme est toujours dans la main de Dieu et son histoire aussi. Le projet de Dieu sur l’homme demeure d’actualité, même s’il traverse des contradictions.

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Le 28 Sep 2020