Pourquoi lit-on la Bible dans les célébrations chrétiennes ?

P. Yves-Marie Blanchard

1. Dans l’esprit d’ouverture caractérisant les années d’après Vatican II, il a été courant d’introduire dans les célébrations chrétiennes (baptêmes, mariages, sépultures) des textes non bibliques, soit d’inspiration chrétienne, soit purement profanes (ainsi de l’incontournable Khalil Gibran, voire du Petit Prince, etc.). S’il est indéniable que de tels textes présentent un intérêt anthropologique certain et peuvent s’avérer culturellement plus proches de nos contemporains que les Écritures, il n’empêche qu’ils ne sauraient remplacer la Bible. Tout juste peuvent-ils la compléter la Bible et en servir l’actualisation, compte tenu du contexte culturel et social. En aucun cas, ils ne sauraient prendre le dessus sur l’Écriture, encore moins la contredire (comme c’est parfois le cas, par exemple dans les célébrations d’obsèques).

2. En effet, l’intérêt pour la Bible ne tient pas seulement au contenu de tel texte ou à l’actualité de son mode d’expression. Plus fondamentalement, le recours à l’Écriture a pour effet, non seulement de référer au Christ lui-même l’action liturgique entreprise, mais aussi d’insérer les personnes concernées dans l’histoire même du salut, au travers du peuple de Dieu engagé dans une dynamique d’alliance. En ce sens, la Bible est le premier et le meilleur témoin de la dimension collective d’un événement personnel ou familial, reçu comme un signe vivant (dans certains cas : un sacrement) de la relation d’amour offerte à l’humanité par le Dieu d’amour, source de toute vie. De toute façon, les célébrations en question ne sont pas seulement l’expression de la foi individuelle de personnes données : il s’agit d’abord de célébrer la foi de l’Église, selon sa mission propre qui est justement de désigner le don de Dieu, à l’œuvre dans des vies humaines et des situations sociales d’aujourd’hui.

3. Dès lors, une lecture seulement historique – notamment dans le cas de l’Ancien Testament – ne saurait suffire à l’actualisation des textes bibliques. S’il peut être utile de resituer les textes dans leur contexte historique et culturel, afin d’éviter les contresens et les applications sommaires, il faut aussi et d’abord aborder tout texte biblique à partir des clés de lecture indépassables que constituent l’enseignement et l’exemple de Jésus. Plus qu’un assemblage de fragments hétérogènes, le livre des Écritures chrétiennes constitue un tout (la Bible), dans lequel chaque élément doit être tenu pour solidaire de l’ensemble et ne saurait être compris autrement qu’en référence à Celui qui tient lieu d’unité au livre entier : le Christ lui-même, dans son mystère pascal. Cela est particulièrement sensible, quand les célébrations chrétiennes sont accomplies dans le cadre de l’eucharistie, donc en relation immédiate à la mort et résurrection de Jésus.

4. De la même façon, les psaumes constituent le cœur de la prière chrétienne. Malgré l’écart culturel souvent considérable et le caractère extrême des situations évoquées, les psaumes ont pour effet d’insérer la prière personnelle dans l’expérience spirituelle du peuple de Dieu, lui-même solidaire de l’aventure humaine, faite d’ombres et de lumières, et souvent excessive dans ses joies comme dans ses peines. De plus, en tant qu’ils ont nourri la prière même de Jésus et ont été repris sans interruption dans la prière de l’Église, les psaumes désignent le mystère pascal de mort et vie comme la clé de lecture de l’histoire et le cœur de toute spiritualité chrétienne. Au-delà des impressions sensibles, les psaumes ont pour effet de conformer la prière chrétienne à l’être même du Christ : en ce sens, ils l’emportent sur tout autre composition, sans pour autant interdire la création de pièces nouvelles, pour peu que la référence au mystère pascal du Seigneur ne soit pas occultée au profit d’éléments secondaires relevant davantage du simple sentiment religieux.

(mai 2006)

Retour aux questions