Parole de Dieu, paroles d’Eglise

P. Yves-Marie Blanchard

1. L’expression « Parole de Dieu » constitue la métaphore la plus usuelle pour désigner la Révélation judéo-chrétienne, c’est-à-dire le fait que Dieu prenne l’initiative de se manifester tel qu’il est, par une présence active au sein de l’histoire. L’attitude de l’homme croyant n’est pas de l’ordre de la possession (voir), mais relève d’une attitude de disponibilité, d’accueil, d’écoute. Naturellement, l’expression ne doit pas être entendue au sens simplement physique : la surdité de l’homme pécheur ne sera pas guérie par un médecin ORL ou atténuée par l’usage d’une bonne sonorisation (!).

2. La Bible (Ancien et Nouveau Testaments) n’est elle-même que l’attestation de l’aventure historique de la Révélation, vécue en Israël et trouvant son accomplissement dans la figure concrète de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, incarnant l’Amour absolu au sein de l’histoire humaine. Le christianisme n’est pas une religion du livre mais une religion de la Parole, c’est-à-dire l’événement de la rencontre, initiée par des événements historiques et proposée à tout homme disponible. La Bible est la première médiation de cette expérience vitale, constitutive de la foi comme Alliance.

3. La Révélation n’est pas enfermée dans la lettre du livre, mais assumée par la communauté des croyants, habitée de l’Esprit Saint et incorporée au Christ vivant. C’est à elle qu’il appartient, non seulement de guider la lecture de foi des Écritures, mais de tenter le déploiement de la Vérité révélée dans le champ des cultures, des langues, des situations vécues par les hommes en un milieu et un temps donnés. En tant qu’elle expose la foi, à la lumière des Écritures et sur la base de sa propre vie, l’Église est proprement « infaillible » : les croyants ne sauraient trouver ailleurs d’interprète plus autorisé de la Révélation.

4. Dès lors, surgit un double danger : soit de considérer l’Église concrète comme indigne d’accompagner l’appropriation de la foi par les disciples (risque d’une pure subjectivité, dans une intériorité considérée comme autosuffisante) ; soit de canoniser toutes les prises de parole et décisions hiérarchiques et d’y voir les expressions infaillibles de la volonté de Dieu (risque de l’autoritarisme, de l’arbitraire, de la cassure entre le magistère et l’ensemble du peuple de Dieu).

5. Dans le contexte particulier de la fin du 19ème siècle, le Concile Vatican I a tenté une régulation de l’autorité infaillible, au sein d’une Église catholique romaine, pyramidale et très centralisée (figure monarchique du Pape). Sans remettre en cause le magistère extraordinaire du Pape, Vatican II a cherché un équilibre du côté de la collégialité épiscopale avec, entre autres moyens d’action, la relance de l’institution synodale. De toute façon, l’équilibre demeure instable : il serait dangereux d’étendre à tous les actes du magistère « ordinaire » la qualité d’infaillibilité réservée à l’exercice « extraordinaire » de l’autorité pontificale.

6. En tout état de cause, il importe que ni le texte biblique, ni l’exercice de l’autorité en Église ne s’identifient purement et simplement à la Parole. L’un et l’autre sont au service de cette dernière, c’est-à-dire la Révélation du don de Dieu, dans une dynamique d’Alliance offerte à tout homme, en situation de co-auteur de son propre destin (vocation filiale à la vie divine, dès le temps / au-delà de l’histoire).

(novembre 2002)

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