Baptisés, donc chrétiens (?)

P. Yves-Marie Blanchard

1. Le Concile Vatican II a réaffirmé le caractère sacramentel de l’Eglise, à la fois signe et moyen au service du salut offert à l’humanité, au-delà des frontières de l’Eglise (Royaume).
Une telle position appelle une attitude de respect à l’égard : du judaïsme, héritier légitime de la première Alliance ; des religions non-chrétiennes, porteuses de valeurs religieuses authentiques ; des systèmes de pensée laïques, en tant qu’ils servent le développement de la personne humaine ; de tous les hommes de bonne volonté, vivant pour une part de l’esprit évangélique.

2. L’appartenance à l’Eglise est conférée par le baptême, dont la reconnaissance mutuelle conditionne toute démarche œcuménique entre les diverses confessions chrétiennes.
Ce baptême n’est pas révocable, même si la personne garde toute liberté d’assumer ou non les conséquences du sacrement, en matière de conviction personnelle, de vie morale, de référence au corps ecclésial.
La difficulté pour l’Eglise est donc bien de gérer des modes d’appartenance très divers et susceptibles de connaître des évolutions au cours d’une vie : ainsi de l’immense question des croyants « non-pratiquants » ; du nombre croissant des « recommençants » ; de la sacramentalisation des temps forts de la vie (naissance ; adolescence ; vie conjugale ; décès).

3. Comme tout geste d’alliance, le baptême engage une réciprocité, mais sans être parfaitement symétrique :
– l’initiative revient toujours à Dieu : c’est lui qui appelle et convertit ; en ce sens, le baptême ne peut être donné que gratuitement (exemple : la pratique du baptême des petits enfants) ;
– pour être célébré, le don de Dieu suppose une réponse du côté de l’homme, un début d’engagement, une reconnaissance ou action de grâces ; en ce sens, le baptême ne peut être célébré sans que soit confessée la foi, soit du baptisé lui-même (adulte ou enfant conscient), soit de ses proches (parents, parrain et marraine), au sein de la communauté rassemblée en tant que telle (au moins symboliquement : rôle du ministre).

4. Le caractère définitif du baptême n’interdit pas une pédagogie, qui procède par étapes (par exemple enfants d’âge scolaire ; catéchuménat des adultes) et permette le mûrissement de la foi, jusqu’à une confession explicite et responsable.
D’ailleurs, le baptême n’est pas isolé mais, avec la confirmation et l’eucharistie, constitue le dispositif de l’initiation chrétienne. Si le baptême est toujours premier, la séquence des trois sacrements n’est pas uniforme. Dans l’actuelle pratique occidentale, la précocité et la fréquence de l’accès à l’eucharistie honorent la gratuité du don de Dieu, offert tant aux petits qu’aux pécheurs. En revanche, le report de la confirmation valorise l’engagement du croyant, responsable de sa foi et témoin de l’évangile au cœur du monde.

5. Peu perceptibles en temps de « chrétienté », la distinction Eglise/Royaume et l’écart entre baptisés de fait et croyants effectifs suggère de penser le sacrement, moins comme un instant isolé, que comme un temps fort signifiant, au sein d’une durée elle-même constitutive du sacrement (même chose pour l’eucharistie, à l’égard de la vie quotidienne ; ou le mariage, au regard de la réalité conjugale vécue dans le temps).

(août 2004)

Retour aux question