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Réflexions et méditations quotidiennes proposées par Mgr Pascal Wintzer

méditations

Vendredi 25 décembre
Messe du jour de Noël

 

Cette nuit, c’est dans le silence que nous avons accueilli et contemplé l’enfant de la crèche ; au matin de Noël, sans chercher à trop vite rompre le silence par le son de nos lèvres ou l’agitation de nos esprits, nous accueillons la Parole, le Verbe éternel du Père.
Nous venons d’entendre le prologue de l’Évangile de Jean ; qu’est-ce donc que ce texte sinon un poème, une œuvre de beauté qui par sa forme chante la beauté de Dieu.
Par sa place en début du 4ème Évangile, ce texte est à entendre comme un écho donné aux premiers chapitres de la Genèse.
Après le premier récit de la création, nous recevons à Noël un second récit de création, ou plutôt un récit de recréation.

 

La nuit de Noël est souvent courte, même si la messe n’est plus célébrée à minuit ; le réveil du matin de Noël est plus difficile, nous sommes encore environnés des ombres de la nuit.
La Bible fait en quelque sorte écho à cela, elle n’offre pas un texte factuel, descriptif, matérialiste ; la Bible nous donne un poème ; c’est presque comme dans un songe où l’on peine à distinguer ce qui est de l’ordre du demi-sommeil ou de la conscience éveillée.

 

En donnant place à la poésie, la Bible nous invite à savoir laisser de la place au rêve dans nos vies.
Sans le rêve, l’imagination, le songe, le monde reste plat, et l’Église est sans souffle.

 

Il faut comprendre que le cerveau ne fonctionne pas seulement lorsqu’il veille, grâce à la pensée fonctionnelle.
Or, parfois, je me demande si nous ne sommes pas devenus trop vieux pour rêver.
Je ne parle pas seulement ici de notre âge à chacun, mais de l’âge de notre société, de la civilisation occidentale.
On rapporte que, selon les enquêtes d’opinion, lorsque l’on demande quelle est l’époque idéale, elle n’est jamais dans le futur, elle est dans le passé, même si ce passé est situé à des périodes différentes selon les uns et les autres.

 

Se pourrait-il que le virus qui nous met en panne soit révélateur d’un grippage de notre société ?
On peut certes espérer sa disparition ou un vaccin, et il faut bien sûr agir et penser ainsi, mais, au-delà de la matérialité du virus, il peut être le symbole que notre société, notre Église aussi, n’est plus en capacité de poursuivre sa route si elle ne change pas d’orientation.
C’est vrai, on peut toujours se contenter de l’entretien, de la conservation. Ceci n’est pas immoral ; on peut vouloir déterminer un « âge d’or », de la culture, de la connaissance, de l’Église, de sa liturgie, et l’on va s’y installer.
C’est toujours artificiel, ceci consiste à créer un espace clos, hors du temps, de l’histoire ; c’est ce que fait tel parc à thème d’un département voisin ; mais ceci n’a qu’un temps, il faut bien en sortir et retrouver la marche du monde.
Il me semble, mais vous pouvez ne pas m’approuver, que la Bible révèle un Dieu qui rejoint l’histoire, qui y inscrit son action, et ainsi nous appelle à, nous-mêmes, ne pas nous abstraire de l’histoire, à y agir.
Le rêve n’est pas une action, mais le rêve donne de penser le monde au-delà de froids calculs, des chiffres et des nombres.

 

On a parfois souri, au printemps dernier, lorsque, à l’occasion du premier confinement, de l’inédit qu’il représentait pour nos sociétés et nos modes de vie, certains ont cherché à imaginer « le monde d’après ».
Bien entendu que ceci portait beaucoup d’illusions, pourtant, quel pauvre monde que celui qui n’imagine pas, qui ne rêve pas ; quel pauvre monde… quelle pauvre Église.
Un des grands penseurs chrétiens du XXe siècle, Paul Ricoeur, a écrit dans ce sens ; un de ses livres est justement intitulé Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale.
Il nous appelle à ne pas craindre rêver l’Église d’après.

 

Dans ce livre, Ricoeur écrit ceci : « Ce qui justifiera la survie du christianisme, c’est sa capacité de rendre service aux hommes ici, d’apporter quelque chose qui leur soit compréhensible, qui puisse être entendu par tous – et qui ne sera plus seulement l’entretien d’une boutique, coûte que coûte, mais un service de tous » Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale, Labor et Fides, 2016, p. 56.
L’utopie n’est pas une échappée hors du monde, mais elle nous donne un horizon, une visée, un au-delà même qui nous retournent et exigent que nous revenions au monde autrement.

 

L’expérience du virus, une expérience de la fragilité, peut dès lors être une occasion propice à faire du neuf.
Et puis, surtout, à Noël, nous fêtons une naissance ; une naissance, c’est une vie nouvelle.
Marie donne son fils, elle donne celui qui est la Parole de Dieu, le Verbe fait chair.
Très concrètement, Marie « donne la Parole », elle offre la Parole.
Elle permet que chacun ait la parole, soit reconnu capable de parole.
N’est-ce pas une telle Église, une telle société que nous souhaitons, celle qui reconnaît à chacun sa pleine capacité d’adulte dans la foi, sa capacité de parole et de vie.
Paradoxe au moment où nous accueillons un petit enfant couché dans une mangeoire.

 

La parole, c’est d’abord une voix qui nous heurte avant d’être un message que nous décodons.
Lorsque quelqu’un parle, je me montre d’abord sensible, indistinctement, au débit, aux infléchissements du contour intonatif, mais je serais en peine de les rapporter à des structures stables qui, d’une manière indubitable, m’avertiraient de leur signification.
La parole est un son, une musique, un appel.

 

Mais la parole est aussi, bien entendu, un sens ; elle dit un sens, elle n’entretient pas dans un absurde de la vie.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
A Noël, la vérité est manifestée ; vérité de Dieu, du monde, de chacune de nos vies.
Sortons de la vieillerie, rêvons, imaginons, créons.

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