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Et si on méditait ? Par le Père Gourrier

méditations

La Méditation chrétienne (15)

 

C’est cela que vous devez fuir…

 

 

« Abba Antoine a dit : De même que les poissons meurent s’ils s’attardent sur la terre sèche, de même les moines qui traînent hors de leur cellule ou qui passent du temps avec les gens du monde se relâchent de la tension de leur recueillement. Il nous faut donc, comme le poisson à la mer, nous hâter à notre cellule, de peur que, traînant dehors, nous oubliions la vigilance intérieure[1]. » (Abba 24)

Cette parole des Pères du désert peut nous sembler bien lointaine. Nous ne sommes pas des moines et nous n’habitons pas dans une cellule ! Et pourtant, elle concerne chacun de nous pour une part.

 

  • Fuir le superficiel

Nous sentons, à certaines périodes de notre existence, que nous nous « dissolvons » dans le quotidien. Dispersés dans de multiples activités, nous oublions finalement qui nous sommes. Quand nous prenons conscience de cette suractivité, nous nous sentons alors brutalement envahis par une vague de déprime :

« Quel est le sens de ce que je vis ? Quelle est ma place dans ce monde ? »                                     

C’est alors que nous pouvons être tentés de tout lâcher et de partir… Et pourtant, dans ce cas, la fuite ne consiste pas à changer de lieu, mais à savoir fuir, pour nous réfugier dans le plus profond de notre cœur, dans ce qui constitue notre être essentiel. On ne peut pas vivre constamment de manière superficielle. Il faut savoir nous tourner vers ce qui est authentique.

 

  • Un déplacement intérieur

Ainsi, la fuite n’est pas forcément synonyme de départ. Quand abba Macaire dit « Fuyez frères », l’objet de la fuite exige un déplacement intérieur. Il ne s’agit pas de fuir le monde où nous vivons, de chercher un lieu où l’herbe serait plus verte… Non, la fuite la plus difficile à effectuer est intérieure… Il faut savoir fuir ce qui nous éloigne de nous-mêmes. En effet, nous avons parfois l’impression de vivre en contradiction avec nous-mêmes, écartelés entre ce que nous sommes et ce que nous désirons être… Il faut alors fuir ce qui nous empêche d’évoluer, fuir ce qui nuit à l’unité de notre être, fuir ce qui nous empêche d’être en harmonie avec nous-mêmes, avec les autres, avec Dieu…

 

  • Nous savons ce que nous devons fuir…

Ce que nous méditons là n’est pas seulement théorique, et nous savons la plupart du temps ce qui nous empêche d’évoluer, de progresser humainement et spirituellement :

  • L’égoïsme, l’orgueil,
  • Le désir de pouvoir et de domination, l’ambition,
  • La tendance à sans cesse critiquer ceux qui nous entourent, le sentiment de supériorité,
  • L’impression de posséder la vérité alors que les autres sont dans l’erreur,
  • Le manque de compassion, le manque d’amour,
  • L’absence du désir de comprendre ce que dit l’autre et pourquoi il le dit,

La liste est longue, et nous pouvons la continuer, chacun de notre côté. Mais il ne s’agit en rien de nous culpabiliser ou de nous décourager.

 

  • Se concentrer sur l’essentiel : L’amour !

    Il est donc important de ne pas vivre à la surface des choses, mais en profondeur. A nous de diagnostiquer toutes nos entraves, de les cerner pour mieux les fuir. Il faudra du temps, de la patience, de la confiance et de l’amour. C’est en plongeant nos racines dans l’amour et non à la surface des choses que nous pourrons croître, comme nous y invite Paul :

« Plongez vos racines dans l’amour et soyez solidement construits sur cet amour. Alors vous serez capables de comprendre avec tous les chrétiens la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l’amour du Christ. Vous connaîtrez cet amour qui dépasse tout ce qu’on peut connaître. Vous recevrez toute la vie de Dieu, et il habitera totalement en vous. »
Lettre de saint Paul aux habitants d’Ephèse chapitre 3, versets 17 à 19

Mais concrètement comment aimer ?

« Aimer » comprend trois dimensions :

a Aimer Dieu, comme nous y invite Jésus lui-même :

« Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ton intelligence. »
Evangile selon Matthieu, chapitre 22, verset 37.

S’aimer soi-même. Oh, pas de manière « narcissique », mais en prenant conscience que nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et que pour cela nous n’avons pas le droit de nous dévaloriser ou de nous mépriser.

« Qui sait s’aimer soi-même aime aussi les autres[2]. »

Comment pourrions-nous aimer les autres, si en nous-mêmes nous ne reconnaissons pas cette parcelle de divin qui nous habite ?

Aimer les autres, car :

« Celui qui aime tous les êtres de manière égale est parvenu à la perfection. » Issac le Syrien[3] (VIIe siècle)

 

 Entraînement…

 

Inventez !

Quand vous vous sentez prêt, reprenez la feuille que vous avez rédigée, il y a quelques jours (exercice page XX). Face aux quelques lignes déjà écrites, inventez des solutions possibles aux différentes situations que vous vivez.

Ne l’oubliez pas !

Vous êtes rempli de force

et vos potentialités sont énormes.

Avoir pris le temps de la réflexion, vous a permis de prendre du recul. Les solutions proposées doivent :
* Prendre en compte votre vie et celle de ceux qui vous entourent : comment puis-je grandir en faisant grandir les autres autour de moi ?
* Ne pas heurter d’autres personnes de face, sous peine d’ouvrir grandes les portes à l’agressivité, à l’hostilité et à l’incompréhension.
* Révéler toute la grandeur qui est en vous.
* Etre fructueuses et riches pour votre croissance humaine et spirituelle.

Si la situation vous semble complètement bloquée, fuyez !

Mais surtout, ne fuyez pas pour fuir.

Fuyez pour construire…

Par exemple :

* Je cherche un emploi ailleurs, car je n’ai aucune perspective dans ma branche…

* Pour préserver mon couple, je change de travail afin d’avoir plus de temps disponible…

* Le soir quand je rentre du travail, je suis seul(e), et fatigué(e), je ne sors pas. J’allume la télévision et je dîne. Fuyez cette solitude et inscrivez-vous dans un club de sport, de photo, artistique…

* Dans le lieu où je vais prier, je ne me sens pas bien, et je ne rencontre personne avec qui grandir spirituellement, alors je ne me décourage pas et j’essaye d’établir des contacts. Si je n’y arrive pas, je cherche un autre groupe qui répondra plus à mon attente.

N’hésitez pas à changer de paroisse si la vôtre ne vous aide pas à grandir.

        

 

Cette chronique marque la fin du parcours que nous avons parcouru ensemble depuis le début du confinement.

J’ai été très heureux de le partager avec vous et je vous souhaite une belle et lumineuse reprise.

Vous pourrez si vous le souhaitez venir prendre un temps de ressourcement dès cet été à l’abbaye Sainte Croix lors des sessions que nous proposons.

(www.poitiers-meditation.fr)

Je vous assure de toute ma prière et me confie à la vôtre.

 

Père Patrice

 

[1] J. Cl. Guy, Paroles des anciens, Seuil, 1976, p. 16.
[2] Saint Antoine, Lettres, IV, 7, Spiritualité Orientale n°19, Bellefontaine, 1976.
[3] Isaac le Syrien, Discours ascétique, 56, . Texte de la version grecque, édité par N. Théotoki, Leipzig, réédité par J. Spetsieris, Athènes, 1895. Traduction par J. Touraille, Paris, 1981, cité par J.- Cl. Larchet, Thérapeutique des maladies spirituelles, Cerf, 2000, p. 734.

Au fil des jours

Aller plus loin

Retrouvez chaque semaine le Père Patrice Gourrier dans Abba, dis-moi une parole, sur RCF Poitou. Cette mission est proposée par l’association Talitha Koum et animée par Jérôme Desbouchage infirmier et le père Patrice Gourrier, prêtre et psychologue clinicien.
Pour tout renseignement : www.poitiers-meditation.fr

Pour muscler votre colonne vertébrale intérieure, vous pouvez vous rendre sur deux chaînes Youtube créées à cette occasion avec des émissions nouvelles tous les jours.  Gourrier TV Méditation et Gourrier TV Spiritualité

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Le 08 Juil 2020