Et si on méditait ? Par le Père Gourrier

méditations

Jour 7

La peur de l’intériorité ?

Pourquoi, la méditation des pères du désert, contemplative et silencieuse, proche de la méditation telle qu’on la conçoit aujourd’hui, ne s’est-elle pas plus développée en Occident ? Elle semble pourtant correspondre à l’esprit du temps et pourrait constituer ainsi un pont dans le domaine non seulement œcuménique mais aussi interreligieux entre l’Orient et l’Occident. C’est justement là que les difficultés surgissent.

Comme le fait remarquer avec finesse le père Anselm Grün, la crise quiétiste[1] au XVIIème siècle qui opposa Madame Guyon, Fénelon archevêque de Cambrai et Bossuet, évêque de Meaux, provoqua une grande méfiance de la hiérarchie de l’Eglise envers la prière contemplative en particulier et la mystique en général.  « Un des historiens de l’Eglise estima que celle-ci s’était ainsi éloignée progressivement de sa compétence spirituelle pour ne plus être qu’une maison de correction morale. Cette condamnation de la mystique eut des répercussions jusqu’au XXème siècle en France car, jusqu’à cette époque-là, il était interdit de lire les écrits des mystiques dans les monastères[2]. »

Pourtant, comme l’écrit l’auteur inconnu d’un classique de la littérature spirituelle, Le nuage d’inconnaissance, s’il n’est pas question d’opposer vie active et vie contemplative, la vie contemplative demeure le chemin privilégié de l’union avec Dieu : « L’homme dans la vie active inférieure, est en dehors de soi et au-dessus de soi. Dans la vie active supérieure, et la partie inférieure de la vie contemplative, l’homme est au-dedans de soi et égal à soi-même. Mais dans la vie contemplative supérieure, c’est au-dessus de soi qu’il est sous son Dieu[3]. »

Malheureusement, même les traductions modernes de la Bible n’encouragent guère cette quête de l’intériorité. Ainsi, la plupart traduisent une parole de Jésus située dans l’Evangile selon Saint Luc au chapitre 17, verset 21 par : « Le Royaume de Dieu est au milieu de      vous. » Or, la plupart des Pères de l’Eglise, bâtisseurs de notre foi, traduisent celle-ci comme Grégoire de Nysse (IVe siècle) par :

« Le Royaume de Dieu est en vous ».

La Traduction Oecuménique de la Bible explique en note, comme gênée[4] : « On traduit parfois ‘en vous’, mais cette traduction a l’inconvénient de faire du Règne de Dieu une réalité intime. »

Mais de quel inconvénient s’agit-il ? Cette intimité, cette intériorité constituent-elles des tares et pourquoi ? Saint Augustin ne s’exclamait-il pas : « Trop tard je t’ai aimée, beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, trop tard je t’ai aimée. Et pourtant, tu étais dedans, mais c’est moi qui étais dehors et, sans beauté, je me ruais vers ces beautés que tu as faites et qui, sans toi, ne seraient pas. Tu étais toujours avec moi, c’est moi qui n’étais pas avec toi[5]. »

Plus près de nous, André Louf, ancien père Abbé du Mont des Cats fait remarquer dans l’un de ses ouvrages que « la culture actuelle semble même être affectée d’une surdité particulière, d’une remarquable insensibilité par rapport à ce trésor intérieur, caché en nous. Bien des aspects de la vie moderne, non condamnables en soi, se conjuguent pour attirer l’Homme en dehors de lui-même et l’obligent à s’installer au niveau des sens extérieurs, à vivre, pourrait-on dire, ‘à fleur de peau’. Or, pour peu que l’on fréquente les grands auteurs spirituels du passé, et pas seulement ceux qui appartiennent à la Tradition chrétienne, on est frappé par la grande attention qu’ils portent à leurs sens intérieurs, à tout ce qu’ils vivent au-dedans d’eux-mêmes[6] ». Thomas Merton, moine bénédictin renchérit : « Afin de trouver Dieu, que nous ne pouvons découvrir que dans, et par la profondeur de notre âme, nous devons par conséquent nous trouver nous-mêmes[7]… »

Le moi est haïssable

Selon Blaise Pascal, l’amour propre pousserait les hommes à paraître plutôt qu’à être, à rêver leur vie plutôt qu’à la vivre. En rester là serait confondre le moi superficiel et le moi intérieur.

Comme l’écrit de manière particulièrement lumineuse le père Thomas Merton : « Notre être communique directement, d’une certaine manière, avec l’Etre de Dieu, qui ‘est en nous’. Si nous entrons en nous-mêmes, découvrons notre vrai moi, et puis dépassons le ‘Je’ intérieur nous voguons à pleines voiles au cœur de l’immense ténèbre où nous nous trouvons face au le ‘Je Suis’ du Tout-Puissant’[8]. »

Nous retrouvons là les intuitions chrétiennes primitives, Isaac le Syrien écrivant : « Efforce-toi d’entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel […] l’échelle de ce Royaume est en toi, caché dans ton âme. Plonge en toi-même […] c’est là que tu trouveras les degrés par lesquels tu pourras t’élever. » Plus près de nous, Angélus Silésius, mystique du XVIIème siècle s’exclamait quant à lui : « Arrête, où cours-tu, le ciel est en toi[9] ! »

Exercice :

Vous comprenez désormais, pourquoi le cœur en spiritualité a une importance considérable.

Aujourd’hui, je vous propose tout simplement, même si l’exercice est peu usuel chez nous catholiques de prier en mettant en mettant tout simplement la main droite sur votre cœur.

Tournez-vous vers le Seigneur, puis doucement dites un Notre Père et un Je vous salue Marie.

Ensuite, gardez le silence quelques instants la main dur le cœur.

 

 

[1] « Quiétisme, du latin quies = calme, désigne une forme chrétienne de mystique, surtout catholique, dont le message central est l’abandon total de soi et l’abandon total en Dieu afin de vivre en toute quiétude et sérénité. Cet état est atteint par la prière intérieure et la vision de Dieu. » (Anselm Grün, op . cit., p. 85)

[2] Anselm Grün, La mystique, la quête de l’espace intérieur, Salvator, 2010, p. 85.

[3] Le nuage d’inconnaissance, traduit par ZArmel Guerne, Seuil, 1977, p. 45.

[4] Il en est de même pour la Nouvelle Traduction Officielle Liturgique paru en 2013 qui traduit elle aussi ce passage de Luc par « Le règne de Dieu est au milieu de vous », tout en mettant en note « d’autres comprennent ‘à l’intérieur de vous’ ».

[5] Saint Augustin, Les Confessions, Livre 1, Chapitre X,

[6] André Louf, A la grâce de Dieu, Editions Fidélité, 2002, p.52.

[7] Thomas Merton, Le nouvel homme, Seuil, 1969, p.41.

[8] Thomas Merton, L’expérience intérieure, Cerf, 2003, p.42.

[9] Angélus Silésius, Le pèlerin chérubinique, Cerf, 1974.

Au fil des jours

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Retrouvez chaque semaine le Père Patrice Gourrier dans Abba, dis-moi une parole, sur RCF Poitou. Cette mission est proposée par l’association Talitha Koum et animée par Jérôme Desbouchage infirmier et le père Patrice Gourrier, prêtre et psychologue clinicien.
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Le 07 Avr 2020