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Le 11 novembre est aussi l’anniversaire de l’armistice. A côté du commentaire des textes liturgiques, je vous propose cette réflexion inscrite dans la commémoration de cet événement historique qui mit fin à la Première guerre mondiale.

 

Au printemps dernier, beaucoup parlaient du « monde d’après », celui de l’après-pandémie. L’actualité montre que ce n’est pas encore pour aujourd’hui. Quand commencera donc ce monde d’après ?
Il a pu déjà commencer, au sens où nous avons découvert que la société ne fonctionnait pas seulement en fonction d’un plan préétabli, mais devait prendre en compte l’imprévu.
Il est d’ailleurs amusant de constater que, dans cette même période, on a un recréé un commissariat général au plan !

 

Après l’armistice de 1918, on entrait aussi dans le « monde d’après », les années 20 du XXe siècle.
Certes, il serait hasardeux de trop vite les caractériser, toute époque est complexe et contradictoire, cependant, on peut aussi parler d’un monde d’après, après la guerre, après la catastrophe.
Les années 20, ce sont les « années folles », non seulement en France mais aussi dans bien des pays, aussi en Allemagne, avec la vie culturelle trépidante de Berlin.
Mais ce sont aussi des années obscures, en particulier dans les pays qui perdirent la guerre.
Mussolini accède au pouvoir en 1922.
Hitler manque son putsch à Munich en 1923. Puis, en prison, rédige Mein Kampf.

 

Les années 20 sont une période d’une formidable créativité culturelle, en France avec le dadaïsme et le surréalisme. Mais aussi dans bien des pays du monde.
Certes, il y avait la volonté de s’amuser, d’oublier la période de guerre, mais aussi de chercher d’autres manières de penser, de s’exprimer que celles qui avaient fait le lit de la guerre, tous les antagonismes entre les peuples européens, avant tout entre l’Allemagne et la France.
Mais, tout cela va se fracasser sur la crise de 1929.

 

Le « monde d’après », s’il faut employer cette expression sans vrai contenu, fut donc, dans les années 20 un monde bien divers ; pourquoi en serait-il autrement pour ce monde d’après la pandémie ?
Mais, nous sommes encore loin d’être dans ce monde d’après, nous continuons à traverser le temps de la maladie et de l’incertitude.

 

Les années folles furent des années de fête – sans doute pas pour tout le monde, je le conçois.
La fête peut être une manière d’oublier, de se griser, d’échapper à tout ce qui tourmente.
Et pourquoi pas ? N’a-t-on pas le droit de rêver, de se divertir ?
Certes, on peut le faire de telle manières que l’on perde tout sens commun, mais ceci ne saurait discréditer tout ce qui apporte de la joie dans la vie.
Ce n’est pas peu de chose que de dire que la pandémie et les restrictions de liberté à quoi conduit sa prévention privent de choses qui font la qualité de l’existence.
On peut regarder avec condescendance les bars, les restaurants, les spectacles, la culture, et pourquoi pas la religion ; pourtant, tout ceci fait aussi de nous des êtres humains, des personnes qui savent qu’il y a plus que manger, dormir et se reproduire.

 

Accessoirement, mais ceci n’est pas si accessoire que cela, toutes ces activités sont aussi productrices de richesses économiques et de développement, dans tous les sens de ce mot.

 

Toutes ces activités, de loisirs, d’amusement, de culture, permettent également de renouer ou d’entretenir des relations avec les autres qui ne sont pas sous le mode de la crainte.
La Première guerre mondiale, comme toutes les guerres, repose sur les antagonismes, et sur l’entretien de ces antagonismes.
Il n’est pas besoin de rappeler les noms insultants que les Français donnaient alors aux Allemands, et ceci était bien entendu réciproque.
Plus on allait approcher des années 30, et, plus la crise économique était violente, plus ces antagonismes allaient ressurgir et s’exacerber.
Le nazisme, comme tous les régimes totalitaires, allait désigner un ennemi, un péril, qui était la cause de tous les malheurs de l’Allemagne : le Juif.
La pensée totalitaire, qu’elle soit politique, philosophique, religieuse, a toujours besoin d’un ennemi pour exister. Elle laisse penser que tout ira mieux lorsque cet ennemi sera vaincu.
Au contraire, la joie, la fête, permettent que tous se croisent, qu’ils aient du plaisir à se rencontrer.
Insupportable pour Hitler et ses séides qui n’auront de cesse de dénoncer la République de Weimar et ses prétendues turpitudes qui auraient ôté toute virilité au peuple allemand.
Méfions-nous de ceux qui n’aiment pas la fête, quelles que soient les formes que prend cette fête. Que ces « peines-à-jouir » soient politiques, religieux, idéologues de tout poil.
La fête fait tomber les barrières, les inimitiés, réelles ou supposées ; le fête est un de meilleurs moyens pour la réconciliation entre les êtres humains, elle peut même conduire au pardon.

 

A l’aube des années 20 du XXIe siècle, la fête n’a guère de place ; parce que les risques de la maladie sont bien là.
Pourtant, gardons-nous de passer d’une maladie à une autre, d’une maladie qui affecte les corps à une maladie qui affecterait les cœurs et les âmes, la maladie dangereuse et mortelle du soupçon, de la méfiance, celle qui a peur de l’autre et s’en tient éloigné.
Alors, même dans des conditions restreintes, essayons de trouver des occasions de joie et de fête.

 

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers

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Le 05 Déc 2020