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Homélie du 11 novembre

Actualités diocésaines, Mise en avant

11 novembre 2021

 

Chaque année, nous célébrons un armistice.
Il est concomitant avec la fête de saint Martin.
Ceci suggère que les grands événements s’inscrivent toujours sur un horizon vaste, celui du monde, de la planète.
Pourtant, il semble qu’il faille attendre le XXe siècle, voire le XXIe siècle pour que l’on prenne conscience que nous sommes citoyens d’une seule et même planète.
La mondialisation est devenue une question, un enjeu, depuis quelques dizaines d’années.
Ceci veut-il signifier qu’avant chacun ne vivait qu’à l’horizon de son village, de son quartier ?
Ceci est parfois regardé comme un monde idéal : « less is better », « moins c’est mieux ».
Dès que l’être humain dépasse un cadre limité, il sombrerait dans l’hubris, dans la démesure.

 

Et puis, on dira que ce qui est mondial, mondialisé, ne produit que des catastrophes.
Les deux guerres les plus meurtrières sont des guerres « mondiales ».
Avec le commerce mondial, voire une politique mondiale, organisée par un « machin », on impose des règles qui mettent en péril les nations, les cultures, les coutumes.

 

Pourtant, la conscience que l’on vit à un horizon vaste n’a pas attendu le XXe siècle pour émerger.
Saint Martin, née en Hongrie, soldat de l’Empire romain, moine puis évêque et évangélisateur des campagnes gallo-romaines manifeste qu’il vivait et réfléchissait à l’échelle d’un horizon vaste.
C’est vrai, les grandes figures au destin sinon mondial du moins continental, sont souvent liées à des conquêtes et à la domination de nouveaux territoires : Alexandre le Grand, César, Gengis Khan, etc. Jusqu’aux conquistadors du tournant du XVIe siècle.
On parle aussi de djihadisme islamique mondialisé.

 

Ce qui est mondial peut-il se développer autrement que par la guerre, la conquête, la puissance ?
Le repli sur son territoire, qu’il soit national, communal, ethnique, religieux est-il une juste solution aux défis qui se posent aux êtres humains ?

 

Nous fêtons aujourd’hui saint Martin, et l’on pourrait aussi évoquer Saint Benoît, ou de grandes figures intellectuelles, saint Thomas d’Aquin, Erasme, Galilée, combien d’autres encore, et pas seulement masculines, sainte Thérèse d’Avila, sainte Catherine de Sienne – je m’inscris plutôt ici dans la tradition chrétienne.
Toutes ces grandes figures du passé montrent que l’on peut avoir des ambitions qui dépassent son horizon familial, géographique immédiat.

 

C’est vrai, notre époque nous a fait sortir d’une sorte de naïveté, ou bien de la pensée, ou bien coupable ou bien non réfléchie, que son mode de vie, sa culture, sa religion, en tout cas dans ses pratiques, seraient valables de manière immédiate pour tout être humain et tout espace.

 

Nous mesurons ce que le colonialisme, qui a été politique, culturel, militaire, religieux aussi a nourri comme oppressions et comme rancœurs non éteintes.
Ceci ne peut être nié ou oublié.
Les erreurs, les fautes et les crimes du passé ne contraignent ni à l’impuissance ni à l’inaction, mais éveillent à une vigilance accrue.

 

Loin d’être ramenés à notre seul jardin, qui devrait être clos bien entendu, la connaissance du passé, heureux et malheureux, l’inscription dans un horizon vaste conduisent les êtres humains à ne pas limiter leurs ambitions mais à les mesurer aux ambitions des autres êtres humains, comme de l’ensemble du créé.
Car, si celui-ci n’est pas doué de la parole, il parle cependant, la planète hurle, et aujourd’hui, elle exprime moins son bien-être que ses déchirements et les risques auxquels elle est exposée.

 

Nous connaissons cet axiome : « penser global, agir local ».
Dans sa simplicité, il a le mérite de mettre à distance les fausses alternatives, en particulier celle qui voudrait que toute loi générale, mondiale, internationale serait un obstacle à l’exercice de la liberté.

 

C’est vrai, nous peinons à écouter, tant les cris de la terre que les cris des pauvres.
C’est vrai, des murs épais peuvent nous en préserver.
L’Eglise catholique en offre un triste exemple.

 

Le récent rapport de la CIASE sur les délits et crimes sexuels perpétrés par des prêtres, des religieux, à l’encontre de mineurs, de jeunes et de personnes vulnérables en offre une accablante illustration.
Mais ce rapport montre aussi qu’une Eglise, une institution, un espace ne peut changer qu’à la mesure où il s’ouvre à autre chose que lui-même, ses propres membres, ses propres institutions.
Toute réforme, pour quelque domaine que ce soit, ne peut advenir qu’à la mesure où l’on accepte la rencontre, l’échange, voire la confrontation avec ce qui est différent de soi.

 

Je conçois que ceci développe des formes d’insécurité ; comme y expose tout changement, l’écoute de propos qui sortent de notre cercle habituel de relations.
Pourtant, qu’avons-nous à craindre ?
Sans doute des changements dans des modes de vie, des manières de penser, des habitudes…
Mais n’en a-t-il pas toujours été ainsi depuis que le monde est monde ?
C’est vrai, ceci se vit très rapidement aujourd’hui, mais peut-on ne pas adopter le rythme qui nous est imposé ?

 

Un armistice est une cessation des combats. Ce n’est pas un traité de paix.
Peut-être alors faut-il que nous vivions, choisissions de faire des armistices dans nos vies.
Je veux simplement dire des temps de pause, d’arrêt momentané dans le cours des jours et le rythme souvent effréné qui nous contraint.

 

Les pauses, les « armistices » si je puis dire, ne sont pas des refus d’agir ni de changer, elles en offrent plutôt les moyens par la réflexion, la parole échangée avec modération, et pour les croyants, par la prière.

 

 

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers

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