Lettre pastorale 2016 : Une Église en synode

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Sommaire

Une Église en synode

  1. Un synode pour quoi ?
  2. « Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile ». Quel est le sens du titre du synode ?
  3. Comment les choses vont-elles se passer ?
  4. L’archevêque attend-il quelque chose de précis ?
  5. L’Eglise en chemin.

Poursuivons la réflexion

  1. Vivre au présent.
  2. Un synode avec tous, un synode avec chacun.

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1) Un synode pour quoi ?

• Exprimer l’ardeur évangélique du diocèse

La première raison d’un synode est de donner forme au dynamisme de foi et de vie chrétienne qui nous animent, qui vous animent, vous, catholiques des Deux-Sèvres et de la Vienne.
Alors que d’aucuns se laissent à énumérer les difficultés, et je sais qu’elles sont réelles, et pas seulement dans la vie de nos communautés, combien d’engagements, d’actes de foi et d’espérance, modestes ou plus spectaculaires, dont je suis le témoin tout au long des rencontres que j’effectue lors des visites pastorales ou bien dans les actes plus habituels de mon ministère. Cela nourrit ma prière et mon action de grâce, par combien de noms, et surtout de visages (vous savez combien je suis sensible aux images, celles des arts assurément, mais aussi celles de la vie).

C’est vrai, je ne suis pas de ceux qui expriment aisément leur satisfaction, et certainement que vous pouvez le regretter. Tempérament ? Sans doute… Mais aussi une manière, excessive, de recevoir de l’Evangile combien d’appels à la conversion, de reproches adressés à ceux qui se complaisent en eux-mêmes et dans leurs réussites, ces situations où on se contente d’aligner des chiffres en pensant qu’ils disent la qualité d’une action. Refus aussi de ce que je perçois comme une maladie de notre société, celle qui consiste à « faire le buzz », à rechercher la petite phrase ou l’image choc pour se mettre en scène et faire parler de soi. Lorsque l’Eglise et ses membres se laissent aller à cela, quelle pauvreté, quel manque de liberté spirituelle.
Cependant, nous avons chacun besoin d’être encouragés, la vie n’est pas toujours aisée, et j’entends combien l’apôtre Paul sait vivre et dire ce qui surgit en lui par ce qu’il constate chez ceux qui accueillent l’Evangile. L’apôtre est en cela un appel pour chacun, et certainement pour moi le premier.

« A vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous.
A tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais, à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Evangile.
J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.
Il est donc juste que j’aie de telles dispositions à l’égard de vous tous, car je vous porte dans mon cœur, vous qui communiez tous à la grâce qui m’est faite dans mes chaînes comme dans la défense de l’Évangile et son annonce ferme.
Oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus.
Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu » (Philippiens 1, 2-11).

• Prendre en compte la réalité « catholique » des années où nous sommes

Parler de synode peut effrayer, avant tout ceux et celles d’entre vous qui avez le sentiment d’être déjà surchargés et donc de ne pas répondre comme il le faudrait aux défis de la mission, mais aussi à ceux de la vie, surtout lorsqu’il faut cumuler mission d’Eglise, autre vie professionnelle, et bien entendu vie familiale.
Ceci concerne également les prêtres au regard de ce qu’est devenu l’exercice de leur ministère : il est désormais révolu le temps où les prêtres avaient en charge un village ou un quartier de quelques centaines d’habitants, marqués par une certaine proximité, non seulement géographique mais aussi sociale et culturelle. La responsabilité est désormais diverse et large, tant au plan de l’espace mais surtout des caractéristiques sociales et religieuses – et je ne parle ici que des catholiques. Ils sont en effet très différents, pour l’exprimer de quelques mots, tout de suite impropres à dire le réel sitôt qu’ils sont prononcés : certains sont plus identitaires, d’autres néophytes, marqués par des engagements militants, il y a aussi les « chrétiens ordinaires », etc.
A ceux-ci s’ajoutent combien de personnes que nous rencontrons, en particulier lors de la préparation aux sacrements, de la catéchèse, dans le catéchuménat… qui bouleversent nos catégories, et c’est heureux, mais qui manifestent un intérêt existentiel pour l’Evangile, pour la personne de Jésus, pour la foi, tout en étant peu familières de nos pratiques habituelles, d’un vocabulaire et de gestes qui peuvent leur sembler exotiques.
Comment permettre à ces personnes de se vivre du même peuple ? De la même Église ? Comment être disponible à chacune et chacun ? C’est la mission première des prêtres et bien entendu, avec vous, de moi-même votre archevêque.

La diversité exprimée par le mot de « catholicité » n’est pas une définition abstraite, elle est devenue notre expérience quotidienne. Elle rend la communion et les relations plus difficiles puisque l’on ne se ressemble plus. On peut chercher à fuir cela en préférant se retrouver en fonction de caractéristiques communes, sociales, religieuses, liturgiques. Pour moi, ceci sera toujours une tentation à déjouer, une manière de fuir les appels de la Bible et de la grande Église. C’est aussi une question pour nos sociétés qui peuvent aussi estimer que les diversités sont au-delà des frontières des Etats ; c’est un leurre, chaque Etat est désormais et de plus en plus éclaté dans les populations qui le composent.
Pourtant, ce n’est pas parce qu’une chose est difficile qu’il faut la fuir ou s’en méfier ; c’est tout le contraire, et c’est même manifester une belle ambition que de s’affronter à ce qui ne va pas de soi.
Une lecture d’été a mis sous mes yeux cette parole d’André Gide : « Ne demeure pas auprès de qui te ressemble. Rien n’est plus dangereux pour toi que ta famille, que ta chambre, que ton passé » (Les Nourritures terrestres).

Célébrer un synode doit dès lors se vivre dans ce contexte. D’une part en permettant à chacun de savoir qu’il y a toute sa place, et de l’autre sans surcharger des agendas qui ne le sont souvent que trop. Il faut dès lors permettre à ceux qui porteront son animation, tant au plan diocésain que local, de ne pas voir se rajouter des choses impossibles à vivre. Notre capacité à agir ainsi sera révélatrice de ce que je souhaite voir se produire à ce synode : déterminer des priorités d’action pastorale, c’est-à-dire faire ensemble des choix qui sauront dire ce qui est choisi et ce qui ne l’est pas.
Sans doute que ceci conduira à résister à cette tentation consubstantielle à la nature des synodes : désirer qu’ils traitent de tous les sujets.
Non, le titre retenu dit son objet et je veillerai à ce que nous nous y tenions : Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile.

 

2) « Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile »
Quel est le sens du titre du synode ?

Chacun des mots de ce titre, «Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile», exprime un point d’attention, encore s’agit-il de bien les comprendre, je les précise donc.

• Avec

« Avec » : commencer par ce mot souligne que chacun doit se sentir concerné par le synode. En effet, on peut ne pas se définir comme appartenant aux « générations nouvelles » (je reviendrai sur ce que j’entends par ces mots), mais chacun sait qu’il est appelé à vivre et à travailler avec elles. C’est ce qui définit et l’humanité et le christianisme, tout le contraire de la séparation et de l’isolement.

De plus, employer ce mot « avec », c’est choisir de ne pas utiliser la préposition « pour », cette dernier présente le grave désavantage de poser une distinction, sinon une séparation entre « nous » et « eux », quelle que soit la nature de ce « eux » qui peut désigner les non-chrétiens, les non-Français, les non-quelque chose, autrement dit des personnes définies par ce qui leur manque au regard de ce que nous sommes. Nous serions alors dans la posture de ceux qui ont à apporter à ceux qui n’ont pas. Heureusement, même si j’écarte ce danger, notre expérience montre que nous savons que la vie se construit dans la réciprocité. « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas » s’exclamait déjà le patriarche Jacob (cf. Gn 28, 16).

Le « avec » exprime l’identité et la vocation chrétiennes : il s’agit de se savoir et de se vivre solidaires de la société et de chacun. Nous ne sommes pas appelés à nous réfugier dans un ailleurs sensé plus pur et plus conforme à la foi, là encore comme si Dieu avait le projet de se vouloir séparé ou isolé. Il faut rappeler que le vocabulaire biblique privilégie la sainteté à la sacralité, c’est-à-dire l’appel universel à recevoir les dons de Dieu plutôt que la définition d’un espace réservé, ou à Dieu ou à ceux qui se pensent privilégiés par lui. Je souligne à ce propos que le pape François revient souvent sur ce qui pour lui l’emporte dans cette logique qui est celle de la foi : le temps l’emporte sur l’espace.

• Les générations nouvelles

Avec « les générations nouvelles ». Le choix de ces mots veut ouvrir à un champ de compréhension vaste. En effet, s’il avait été question des « jeunes générations », le synode aurait pu se comprendre comme voulant se centrer sur des catégories d’âge, or la « nouveauté » dit bien plus. Elle est même à entendre et à vivre par chacun. Je rappelle que le synode romain de 2012 portant sur la « nouvelle évangélisation » avait rappelé avec force que ce qui est nouveau, ce qui doit le rester, c’est l’Evangile ; sinon, comment demeure-t-il une force de renouvellement pour nos vies ?

Les nouvelles générations sont alors les personnes, de tous âges, pour lesquelles un événement, une rencontre, un signe a introduit un changement dans leur vie, celles qui ont vécu une expérience que les chrétiens qualifient de spirituelle.
Ce sont ainsi des personnes qui, souvent, ont vécu une étape fondatrice de leur vie, célébrée ou non dans le cadre d’un sacrement : naissance, mariage, découverte ou redécouverte du Christ, mais aussi deuil ou maladie grave. En effet, il faut souvent qu’intervienne quelque chose d’extérieur pour qu’une porte s’ouvre, que le cœur se dilate.
Bien des récits bibliques éclairent cela, soulignent ces expériences fondatrices : Moïse au buisson ardent, Elie à l’Horeb, l’eunuque de la reine d’Ethiopie dans le livre des Actes des apôtres, les deux hommes qui font route vers Emmaüs, et combien d’autres exemples encore, jusqu’à ceux de notre propre vie : en effet, sommes-nous fidèles du Christ par hasard ou par habitude ? N’y a-t-il rien eu dans notre vie qui l’a orientée vers ce qu’elle est aujourd’hui ?
Lorsque nous donnons une réponse à cette interrogation, nous prenons conscience que là se trouvait l’initiative du Seigneur et non le fait de telle ou telle stratégie pastorale. Certes, ça aura parfois été à l’occasion d’un événement religieux, d’une liturgie en particulier, mais toujours le fruit d’un amour gratuit et d’un appel qui libère.

Le synode se doit d’être dans cette logique qui est celle du service, tant du Seigneur que des frères et des sœurs. Ce qui compte c’est que notre cœur soit brûlant du désir de vivre avec le Seigneur et de le faire connaître ; plus que toutes les opérations communicationnelles, c’est cela qui a du prix et qui porte du fruit. On mesurera ensuite que si tel ou tel d’entre nous fut l’éveilleur d’une expérience spirituelle, ce n’aura pas été du fait d’une action délibérée, d’une parole dite avec une intention précise, mais plutôt de la qualité d’existence qui peut, parfois, nous caractériser.

• Vivre l’Evangile

Avec les générations nouvelles, « vivre l’Evangile ». C’est toujours l’expérience qui est privilégiée par ces mots. Bien entendu, ce serait de peu de sens que d’opposer au sujet de l’Evangile son annonce et sa vie : il est tout à la fois l’un et l’autre ; pourtant, une simple annonce de parole serait dépourvue de vérité si elle n’était en même temps portée par l’existence de celui qui parle. Certes, celui qui prêche est le premier auditeur de ce qu’il annonce, il s’entend appelé à se convertir à la mesure des mots qu’il prononce.

L’Evangile est à annoncer, à célébrer et à vivre, mais il est d’abord à écouter. Même s’il est juste de donner au mot « évangile » une vaste étendue de sens, il désigne en premier lieu les quatre livres qui rendent témoignage à celui qui a été reconnu comme Fils de Dieu et Sauveur. Ainsi, écouter l’Evangile appelle à connaître les quatre livres qui ouvrent le Nouveau Testament ; c’est à leur lumière et selon les clefs que seuls ils sont à même d’offrir que l’on peut discerner la présence et l’action de l’Evangile, c’est-à-dire du Seigneur lui-même, dans les vies et dans les événements. Sinon, nous risquons de n’être habités que par nos a priori ; même très nobles, ils infléchiront notre regard selon ces présupposés, alors que c’est le Seigneur qui doit guider en toute chose.

Je peux témoigner combien celles et ceux qui découvrent ces livres qui nous sont familiers sont touchés par ce qu’ils racontent. Celles et ceux parmi vous qui accompagnent des catéchumènes et des néophytes, qui préparent au sacrement, qui animent des groupes B’Abba ou d’autres lieux de première annonce et de catéchèse mesurent la force de cette Parole toute de douceur, de vérité et d’exigence.
Ceci est un appel pour nous tous à ne pas douter d’une force qui nous dépasse, qui agit bien au-delà de nos qualités et compétences, lesquelles sont bien entendu à utiliser et à développer. Ceux pour lesquels l’Evangile est neuf sont alors un appel à vivre sans cesse de tels renouveaux, à nous laisser émerveiller par ce qu’ils découvrent, parce que nous-mêmes pouvons sans cesse découvrir, par le Seigneur lui-même. Puissions-nous ne jamais nous lasser d’écouter, de lire et de relire les Evangiles et toute la Bible.
Y découvrir comment le Seigneur rencontre, écoute et parle est un chemin pour chacun et pour toute l’Eglise.
Un autre lieu privilégié où s’expérimente l’Evangile est la liturgie, la prière d’une assemblée qui est constituée telle par le Seigneur et qui est tournée vers lui. Là aussi, la liturgie, dans sa belle et noble sobriété, est un espace de rencontre et de vie qui doit nous émerveiller et nous remplir de joie.
Ne craignons pas qu’elle soit parfois d’une grande simplicité – toute église n’est pas une cathédrale, et toute prière en semaine ou même un dimanche ordinaire n’est pas la nuit de Pâques. Le silence a autant de prix qu’un chant polyphonique, le temps donné autant que le rythme.
Nos liturgies, de même que les Evangiles, sont souvent éloquentes au-delà de ce que nous en pensons ; en elles, un Autre que nous agit.

 

3) Comment les choses vont-elles se passer ?

• Le secrétariat général

Pour conduire le synode diocésain de Poitiers, un secrétariat général est nommé. En voici la composition.
Deux secrétaires généraux : M. Eric Boone et Mme Odile Urvois. Membres du conseil pastoral diocésain, ils veilleront en particulier à vérifier le chemin synodal avec ce dernier.
Un prêtre, le Père Julien Dupont. Membre du conseil presbytéral il veillera à ce que celui-ci soit pleinement associé au travail synodal. Il est particulièrement chargé de travailler aux procédures numériques de consultation et d’information concernant le synode. Pour cela, il pourra faire appel au pôle communication du diocèse.
Une équipe synodale : Mme Maïté Bordenave, Sœur Anne-Claire Dangeard, Mme Anne Malagu.
Le secrétariat général se donnera ses méthodes de travail et définira les responsabilités spécifiques à chacun de ses membres.
D’ici janvier 2017, plusieurs points sont à privilégier : préparer les journées des 7 et 15 janvier 2017 ; aider le diocèse à entrer dans la démarche en produisant ou sollicitant tel ou tel pour régulièrement produire un outil qui mobilise pour le synode et précise son projet ; préparer les outils proposés aux paroisses et aux autres réalités pastorales pour l’année 2017.
L’année 2017 sera surtout consacrée au travail local. Le secrétariat général devra élaborer une méthode rassemblant et organisant le matériau collecté localement, dans les paroisses, les mouvements, les pôles des services diocésains, les institutions tel l’enseignement catholique.
Au terme de l’année 2017 qui sera consacrée au travail local, l’équipe synodale devra élaborer une méthode rassemblant et organisant le matériau collecté localement, dans les paroisses ou ailleurs. Ensuite, à partir de janvier 2018, il s’agira, à partir des matériaux recueillis, de préparer les assemblées synodales diocésaines.

• Le calendrier

Vous le savez, deux dates sont déjà déterminées, celles de l’ouverture du synode, je les rappelle :

1- Le samedi 7 janvier 2017, journée destinée à celles et ceux qui exercent une responsabilité dans la pastorale du diocèse :
• Membres des trois conseils diocésains,
• Curés, prêtres coopérateurs et membres des équipes pastorales des paroisses,
• Responsables et membres des équipes diocésaines des services diocésains,
• Représentants de la vie consacrée,
• Responsables des mouvements apostoliques, spirituels, familiaux, éducatifs et caritatifs, jeunes et adultes,
• Chefs d’établissement de l’Enseignement catholique.

La journée se déroulera à Niort, de 10h à 17h, au lycée Saint-André ; je remercie ici Mme Cécile Dargelos, chef d’établissement, de permettre cela et de nous accueillir.

2- Le dimanche 15 janvier 2017 : ouverture du synode dans chacune des paroisses du diocèse.
Je demande que la messe célébrée ce dimanche soit celle de la fête de saint Hilaire.
• Les services, mouvements, institutions verront à marquer dans leur agenda, durant le mois de janvier 2017, un temps d’ouverture du synode.
Chaque lieu verra comment donner forme à cette journée qui peut aller au-delà du seul temps de la célébration de la messe.
Le secrétariat général proposera pour cela quelques pistes.

La première étape du synode commencera à compter de ce dimanche 15 janvier et se poursuivra jusqu’au dimanche 26 novembre 2017, fête du Christ Roi et clôture de l’année liturgique.
Ce moment se déroulera dans chacune des paroisses du diocèse, dans les mouvements apostoliques et spirituels, dans les établissements d’enseignement et les autres réalités du diocèse qui s’y engageront.
Elle se définit de deux mots : rencontrer et écouter, vivre surtout avec les générations nouvelles.
Il ne s’agit pas que ceci soit compris et vécu comme étant « en plus », voire « en trop », mais bien comme faisant pleinement partie de notre mission apostolique ordinaire.
En effet, combien de rencontres habituelles donnent de vivre avec les nouvelles générations : préparation à la célébration des sacrements, catéchèse, engagement de charité, etc.

Dans chacune des réalités du diocèse, en particulier dans chaque paroisse, il convient d’appeler deux personnes, « M. et Mme synode », mais elles peuvent être davantage, chargées de coordonner le travail local et d’assurer le lien avec le secrétariat général du synode.
Au terme de cette première année, selon les règles qui seront données, il faudra désigner les personnes qui composeront les assemblées synodales.

La seconde étape se déroulera alors tout au long de l’année 2018. Après la collation des réalités perçues et des choses entendues, les délégués qui seront élus et désignés pour être les membres du synode devront formuler pour l’ensemble du diocèse des priorités concrètes.
Pour cela, existeront plusieurs assemblées synodales dont les dates seront déterminées ultérieurement et enfin un temps diocésain qui recevra les décisions que je promulguerai à la suite du synode.
Pour cette clôture du synode, je ne souhaite pas donner trop vite de date ; il faut en effet se mettre en marche pour déterminer le temps et les étapes nécessaires à un travail fructueux.

 

4) L’archevêque attend-il quelque chose de précis ?

Consulter l’ensemble du Peuple de Dieu, l’appeler à désigner des délégués au synode, c’est pour moi jouer vraiment le jeu d’un chemin à parcourir ensemble ; un synode n’est pas une chambre d’enregistrement de ce qu’un évêque aurait déterminé à l’avance.

• Des préalables à intégrer

Bien entendu, il faut que chacun ait bien conscience de certains préalables qui sont autant de conditions d’un juste déroulement d’un synode dans l’Eglise catholique.
En premier lieu, il ne revient pas à un synode diocésain de réécrire la foi de l’Eglise ni sa discipline ; on ne peut donc attendre d’un évêque, fut-il fort des demandes d’un synode, d’aller à Rome appeler à des changements de foi et de discipline.
Ensuite, le synode qui va s’ouvrir s’est déterminé un objectif particulier, il n’entend pas tout aborder de ce qui fait la vie de l’Eglise et de la société. N’oublions pas que nous avons déjà célébré deux synodes, en 1993 et en 2003, ils ont précisé nombre de choses, en particulier au sujet de la vie des communautés catholiques et de leur animation ; ce qui a été travaillé et décidé à la suite de ces synodes demeure bien entendu, et ce serait perdre du temps que de revenir sur tout cela qui est bel et bon.

• Une Église en naissance

Même si je dois écouter et non prédéterminer le synode, il faut cependant tracer des chemins et indiquer une direction. Alors, où allons-nous ? Quelle sera l’Eglise dans les années qui viennent ? Les choses ont tellement changé, et en si peu de temps, faut-il que cela continue ?
Je constate ce paradoxe : alors que les individus aspirent de plus en plus à être reconnus et respectés dans leurs attentes et dans leurs choix, nous serons moins d’acteurs pour honorer cela ; nous pourrions alors proposer des pratiques si générales que les goûts personnels n’y trouveraient guère de place.
Dans la société comme dans l’Eglise, les responsables demandent des changements, des « adaptations » qui ne sont guère comprises ni guère souhaitées par le peuple ; changements qui sont perçus comme des pertes : que ce soit l’intercommunalité, ou encore la création de communes nouvelles ou bien celle de paroisses nouvelles conduisant à la suppression des anciennes. Le sentiment de beaucoup est que cela est décidé d’en haut et contredit les attentes de proximité et de services.

Reconnaissons que les uns et les autres vivent et envisagent des échelles différentes : alors que pour beaucoup, l’horizon de l’existence est celui du village, du bourg ou du quartier, un responsable, public ou religieux, a pour horizon une globalité plus vaste, celle du nouveau canton, de la paroisse nouvelle, ou bien, pour moi, celle du diocèse. Le responsable a en charge le général, lequel n’est que rarement l’addition des intérêts particuliers, si nobles soient-ils. Cependant, chacun envisageant sa situation particulière, sa commune ou son clocher, il pense souvent qu’il est désavantagé au profit de voisins proches ou lointains qui bénéficieraient de quelque privilège. Il n’en est souvent rien, les difficultés sont communes. Mais… ces sentiments demeurent. Ainsi, je me souviens, il y a quelques années, à l’occasion d’inondations dans la Somme causées par de fortes pluies, certains avaient pensé que, pour protéger Paris, on avait fait le choix d’ouvrir des barrages pour que ce soit la Picardie qui subisse les inconvénients de ces pluies. Bien d’autres exemples pourraient être donnés, de ce type de raisonnement.
Je mesure bien entendu toutes les insatisfactions et les inquiétudes, mais, je me dois d’agir. Cependant, plutôt que de passer d’un modèle à un autre, il s’agit, pour l’Eglise, de conjuguer deux manières d’être : à la fois elle accueille et accompagne chacun, c’est ce qui est vécu dans la préparation aux sacrements, de baptême et de mariage en particulier, et en même temps elle rassemble toutes ces personnes en un seul peuple, ici c’est ce que doit réaliser la célébration liturgique de ces mêmes sacrements.

Cette orientation doit spécialement se manifester au sujet des deux sacrements qui sont au fondement de la vie chrétienne : le baptême et l’eucharistie.
D’abord, il n’est pas de la nature de l’eucharistie d’être célébrée en de multiples lieux, avec de petites assemblées ; pour cette raison j’ai plusieurs fois appelé à ce que la messe dominicale, tout au moins la plus importante – une autre messe peut être célébrée en début de matinée, le samedi soir ou le dimanche soir –, le soit en un lieu qui ne change pas, puis à un horaire qui soit fixe. Je sais bien entendu que ceci présente des désavantages dans les paroisses rurales à la vaste superficie.
De même, je souhaite que l’on travaille à la nature des célébrations des baptêmes. Il faut rechercher comment aller vers de grandes liturgies communautaires – autres que lors de la messe dominicale. Ceci appelle à prendre en compte le lieu le plus adéquat dans la paroisse, l’animation, les ministres du sacrement, les autres personnes des communautés locales, etc.

En écrivant cela, je suis pris comme d’un vertige : demander des changements de pratiques est-il juste ? Si j’avais tout faux… Si nous avions tout faux… en cherchant à nous adapter… La religion n’est-elle pas dans le nihil innovetur ?
Mais non, Dieu est un marcheur, et son peuple l’est aussi. C’est dans l’histoire qu’il se dit et non dans la répétition. Son appel sera toujours celui-ci : « Va ».

• Une attention aux enfants et aux jeunes

Même si les générations nouvelles désignent au-delà d’une catégorie d’âge, on doit cependant s’interroger sur notre engagement auprès des enfants et des jeunes.
Je sais la présence de beaucoup d’entre vous dans les aumôneries, la catéchèse et l’enseignement catholique. Mais, un fait, je dois le dire, m’a troublé : lors des récentes JMJ à Cracovie, un seul prêtre a accompagné le groupe diocésain des jeunes, j’y étais également présent. Certes, des prêtres avaient choisi de privilégier le pèlerinage diocésain à Lourdes qui suivait de quelques jours les JMJ – de quelques jours cependant, ce qui pouvait permettre de se remettre d’une activité pour passer à une autre.

Percevant ce fait comme anormal pour moi, j’avais publié un éditorial dans Église en Poitou, il fut sans effet. Je ne me résigne pourtant pas à cette situation. Si vous, paroissiens adultes et anciens, n’incitez pas les prêtres à donner du temps, de l’énergie, de la compétence aux enfants et aux jeunes, il n’y a pas à s’étonner que peu d’entre eux se sentent appelés à devenir prêtres : comment ne serait-ce que penser à une vie de prêtre si l’on n’en rencontre aucun ? Il faut, ici comme ailleurs, s’inscrire dans le temps long : plutôt que de vouloir un prêtre pour telle messe, telle célébration, telle réunion, ici et maintenant, il est préférable de les inciter à trouver de la liberté par rapport à cela pour être avec des plus jeunes.
Nous ne pouvons plus agir par l’addition des activités et des engagements : si des prêtres, même déjà un peu âgés, donnent du temps à des activités avec des jeunes, ce ne devra pas être « en plus » du reste, mais à la place de ceci. Je vous invite, vous, les fidèles, à le comprendre, il en va de notre diocèse demain.

• Un encouragement pour les familles

Le synode de Poitiers s’ouvre un peu moins d’un an après la publication par le pape François de l’exhortation apostolique qui exprime les appels issus des deux synodes romains consacrés à la famille : Amoris laetitia.
Le service de la pastorale des familles avait envisagé pour octobre 2016 un événement diocésain avec les familles ; en raison de la convocation du synode je lui ai demandé de sursoir à ce projet ; ils l’ont accepté et je les en remercie car il n’est jamais facile de ne pas aller jusqu’au bout de ce qui est déjà entrepris.
Cependant, même si les expressions de ce qui était envisagé pourront changer, il faudra que les familles aient toute leur place et dans le déroulement du synode et dans ses appels.

 

5) L’Eglise en chemin

Le synode est un chemin sur lequel chacun doit savoir qu’il a sa place. Cependant, celui qui construit c’est le Seigneur lui-même.
L’attitude d’écoute que nous privilégions est celle même qui permet l’acte de foi, autrement dit la réponse à l’appel de Dieu. Alors, gardons-nous de penser que les choses sont entre nos mains.
« Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes.
En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort.
Des fils, voilà ce que donne le Seigneur, des enfants, la récompense qu’il accorde ; comme des flèches aux mains d’un guerrier, ainsi les fils de la jeunesse.
Heureux l’homme vaillant qui a garni son carquois de telles armes ! S’ils affrontent leurs ennemis sur la place, ils ne seront pas humiliés » (Psaume 126).

Saint Augustin, dans une homélie sur le psaume 126, souligne cela (cf. Liturgie des Heures, samedi de la 14e semaine du temps ordinaire).
« Quels sont ces bâtisseurs qui travaillent ? Tous ceux qui prêchent dans l’Eglise la parole de Dieu, les ministres des sacrements de Dieu. Tous nous nous démenons, tous nous travaillons, tous nous bâtissons maintenant ; et avant nous d’autres se sont démenés, ont travaillé, ont bâti. Mais si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain qu’ils travaillent, ceux qui la bâtissent. C’est pourquoi les Apôtres en ont vu quelques-uns s’écrouler et Paul dit précisément : vous observez religieusement les jours, les mois, les saisons, les années ! Vous me faites craindre d’avoir travaillé pour tous en pure perte ! Parce qu’il savait que la construction intérieure était l’œuvre du Seigneur. Paul plaignait ceux pour qui lui-même avait travaillé pour rien. Donc, si c’est nous qui parlons au-dehors, c’est lui qui construit au-dedans. »

Mes amis, comme je sais compter sur vous, comptez aussi sur moi ; surtout, comptons sur le Seigneur.

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers

Cette lettre pastorale est un outil permettant de se préparer à la célébration de notre synode.
J’invite les personnes et surtout les groupes, en particulier les conseils pastoraux, les équipes pastorales, les équipes locales d’animation, les doyennés, les équipes des services diocésains et des mouvements à prendre le temps de la travailler.

Les questions suivantes veulent aider à la lecture.

– Quels dynamismes de vie et de foi repérons-nous autour de nous ?

– Quels sont les dynamismes qui animent ma vie ?

– Quels textes de l’Evangile sont nos boussoles ?

– Qu’est-ce que nous recevons des générations nouvelles (dont nous sommes peut-être) ? Quels appels ?

– Comment cette parole de l’apôtre Paul nous éclaire-t-elle : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » (Philippiens 3, 13-14).

 

Poursuivons la réflexion

A la suite de cette lettre pastorale, j’invite ceux qui le souhaitent à poursuivre la réflexion par les paragraphes qui suivent.
Ils expriment des pensées à la fois plus personnelles de ma part et plus axées sur telle ou telle situation. Ces propos expriment aussi les raisons pour lesquelles j’estime que des conversions et des adaptations sont nécessaires pour notre diocèse.

1) Vivre au présent

La France et l’Europe du XXIe siècle ne sont plus celles d’un XIXe siècle qui a vu se développer leur suprématie sur le reste du monde. Au XXe siècle, il a fallu faire place aux Etats-Unis et désormais c’est à l’Asie, et aussi à l’Afrique. Penser que s’isoler du reste du monde serait la solution à nos difficultés est une illusion, le prétendre est un mensonge, d’autant plus grave lorsque ceux qui le profèrent ont toute connaissance des relations économiques et humaines d’un monde globalisé.

• Avec les prêtres

En vingt ans, la vie de nos communautés chrétiennes a profondément changé, je dirais même en neuf ans (je suis avec vous depuis un peu plus de neuf années). Le diocèse de Poitiers avait cette caractéristique, commune avec les diocèses qui sont au nord-ouest du nôtre, d’être doté de prêtres nombreux. Ceci faisait illusion : leur nombre a empêché de voir leur âge. Or, ces prêtres, dans la grande majorité, sont âgés, et, même s’ils sont nombreux en 2016, depuis neuf ans, entre douze et quinze ont disparu chaque année – je vous laisse faire le total ! De plus, ce nombre important n’a sans doute pas aidé les plus jeunes des prêtres à trouver toute leur place, et surtout à exister avec le spécifique et le neuf de « générations nouvelles » !

Le mouvement qui s’est accentué depuis dix ans quant au nombre des prêtres va se poursuivre dans les dix années à venir, ce n’est qu’une simple question statistique, jusqu’à trouver une certaine stabilité, mais avec un petit nombre de prêtres, alors que le diocèse est vaste et dispersé. Bien entendu, ce qui a changé, c’est la présence et l’engagement apostolique de prêtres venus d’ailleurs, incardinés à Poitiers ou bien pour des missions fidei donum. Ceci est également vérifié pour les communautés religieuses, je pense que chacun sait désormais la présence à Poitiers, depuis près d’un an, de quatre sœurs vietnamiennes Amantes de la Croix.

Je rappelle ces faits, car ils en sont un réel avec lequel nous devons agir. Or, lorsque j’écoute, et je m’efforce d’écouter bien, dans bien des lieux du diocèse, j’entends cet appel : « Monseigneur, envoyez-nous un prêtre, le nôtre est seul, est âgé, il est fatigué, etc. » Je dois alors préciser qu’il n’existe aucune réserve de prêtres inoccupés que je prendrais je ne sais quel plaisir à retirer de la mission.
On me demande aussi d’appeler des communautés, anciennes ou nouvelles. Les appels que j’ai adressés depuis cinq ans n’ont pas été couronnés de succès… Je pense que, comme l’Etat l’a fait avec la nouvelle carte des régions, dans l’Eglise, ce sont aussi les métropoles qui sont désormais les lieux de l’attractivité et de la vitalité.

Il me semble que nous n’avons pas su profiter de ce que produisent ces situations nouvelles pour accueillir le renouveau qu’elles permettent. J’en prends deux exemples. D’abord, les prêtres venus d’ailleurs servent trop souvent à occuper la place d’un prêtre français qui n’est plus ; or, ils ont bien des choses à nous apporter, d’autres expériences d’Eglise, venant d’Italie, de Pologne, d’Asie et bien entendu d’Afrique. Mesurons-nous combien ils sont attentifs à se faire « Poitevins » ? J’aimerais que nous profitions mieux de leurs expériences. Mais encore faut-il penser que, même hors du Poitou, il y a des choses bonnes, bien qu’elles soient différentes des nôtres.

Ensuite, nous pouvons trop nous être reposés sur des « professionnels », les prêtres certes mais aussi des personnes laïques qui ont été salariées pour assurer telle fonction à leur suite. Ceci a pour moi deux conséquences dommageables : d’une part de ne pas avoir assez encouragé le volontariat et le bénévolat, de l’autre d’avoir pensé les choses sous le mode de la substitution et non de la collaboration ; or, ce n’est pas parce qu’une personne laïque prend en charge tel domaine de la vie pastorale, la catéchèse et les jeunes par exemple, que les prêtres et les autres fidèles doivent s’en abstraire. Cependant, sitôt écrit, ce propos doit être nuancé sinon corrigé. Combien d’entre vous êtes engagés, l’avez été ou le serez, en particulier dans les équipes d’animation des communautés locales.

• Avec des ministres et des acteurs

Le synode célébré en 2001-2003, dans ses actes Serviteurs d’Evangile, insista sur l’appel adressé par Dieu à chaque fidèle du Christ à être partie prenante de la mission. « A la suite de Routes d’Evangile (actes du synode diocésain de 1993), nous affirmons que tous les membres du Peuple de Dieu sont appelés à être acteurs et actrices de l’Evangile. A ce titre, nous entendons ne marginaliser aucun membre de l’Eglise, quelle que soit sa situation de vie. Nous reconnaissons l’activité cachée et efficace de nombre de personnes – spécialement des personnes malades, handicapées, âgées… – pour la mission » (n° 3114).

Alors que bien entendu les prêtres nouent des relations avec des personnes de tous âges et de toutes conditions, c’est pour moi une des caractéristiques de ce ministère qui, au meilleur sens de ce terme, met à distance des catégories sociales et professionnelles pour rendre disponible à chacun, d’autres acteurs et d’autres ministres de l’Eglise sont davantage situés en proximité de tel ou tel type de personnes et de groupes : les diacres, les fidèles laïcs ayant reçu une mission ecclésiale, certains consacrés, sont de plain-pied dans la proximité de ces générations nouvelles. Le travail synodal devra recevoir leur richesse d’expérience et de vie.

• Les églises, mais pas que…

Comme je l’ai déjà écrit, nous sommes à un tournant au sujet de nos communautés locales : j’ai parfois le sentiment – corrigez-moi s’il le faut – que les équipes d’animation se concentrent surtout, trop…, sur les églises, les édifices de culte, et ce qui s’y vit.
Bien entendu que cela compte, je sais que les églises de nos villes et de nos villages portent un témoignage pour nombre de personnes qui n’y entreront que bien peu pour la liturgie dominicale. Pourtant, l’Eglise doit être « en sortie » : nous devons rejoindre, non pas « les autres », mais nos semblables, celles et ceux qui partagent les mêmes rues, les mêmes villages, qui travaillent dans les mêmes domaines d’activité et les mêmes entreprises, qui connaissent les mêmes questions au sujet de leurs enfants et petits-enfants, qui ont les mêmes loisirs, et qui, pourtant, ne viennent pas chercher auprès du christianisme les lumières et les appuis qui nous semblent si importants.
Jamais on ne peut prendre son parti de cela ; toujours nous serons hantés par le désir de dire Celui qui nous fait vivre. Aucun d’entre nous ne peut ne pas faire sienne l’exclamation de l’apôtre Paul : « Annoncer l’Evangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! » (1 Corinthiens 9, 16). Comme je l’avais écrit dans une précédente lettre pastorale, nous pouvons formuler cette parole de manière positive : « Heureux suis-je lorsque j’annonce l’Evangile ».

• Un présent bien divers

Le réel s’impose à nous, le chemin de l’évangélisation ne peut l’ignorer, bien au contraire, c’est là que Dieu nous attend et nous envoie. Bien entendu, le réel est toujours divers, il est celui des histoires singulières des hommes et des femmes, il est aussi le divers de milieux sociaux et culturels, celui des attentes religieuses et des regards portés sur ce que doit être une paroisse, un prêtre, un évêque, et pourquoi pas un pape.
Prendre en compte le réel c’est d’abord mesurer toutes ces diversités, qui n’ont pas nécessairement vocation à disparaître au profit d’une société qui proposerait un seul modèle ou d’une Eglise qui ferait de même.
Notre diocèse est porteur des richesses et des diversités qui marquent un monde ouvert et une Eglise qui l’est pareillement. S’y croisent des communautés qui sont nées il y a plusieurs siècles ainsi que des mouvements qui n’ont que quelques dizaines d’années d’existence.
Il n’y a aucune interdiction à ce que les uns et les autres aient des chemins privilégiés de rencontre avec le Seigneur, mais ceci doit être reconnu et vécu comme une attitude personnelle, chacun ayant le souci d’être dans la communion et les échanges réciproques. Si les chemins sont légitimes, ils ne le sont que dans la mesure où ils se savent dans la suite de celui qui est Le Chemin.

Notre société court le risque de se fragmenter, voire de se déchirer. Au nom de l’Evangile, nous ne pouvons nous y résigner, en tout cas nous ne pouvons le vivre dans nos communautés chrétiennes.
« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.
Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17, 20-23).

Avec moi et comme moi, vous êtes heureux de participer à certaines liturgies qui rassemblent une population très diverse, d’âges, de cultures, de milieux sociaux, d’origines ; nous y vivons quelque chose de la communion à laquelle appelle le Seigneur, qu’il constitue et qu’il donne comme signe au monde.

• Un présent en souffrances

La France et les pays de l’Union européenne ont parfois le sentiment de perdre leur identité, pourtant, mesurons ce que nous représentons pour une immense majorité des pays du monde. Combien d’hommes, de femmes et d’enfants meurent en essayant de franchir la Méditerranée où nous aimons tant aller nous délasser. Pour eux, l’Europe n’est pas un continent moribond, elle est une espérance de liberté, y compris de liberté religieuse, et de vie meilleure.
Nombre de ces migrants sont désormais membres de nos assemblées chrétiennes, partagent notre prière, alors que leurs rites sont souvent bien différents du nôtre. Ils sont aussi pour nous des occasions de renouvellement, ils nous permettent, si nous le voulons, de découvrir que des problèmes qui nous semblent insurmontables sont des petites questions de riches.
Comme je vous invitais à recevoir les expériences des prêtres venus d’ailleurs, il faut aussi recevoir des migrants et de ce qu’ils ont vécu et traversé.
« Que de querelles entre nous » déplorait le pape François dans l’exhortation apostolique La joie de l’Evangile ; lorsque l’on regarde un peu plus loin que l’horizon de son clocher on mesure la petitesse des motifs qui peuvent occasionner ces querelles.

Et puis, j’écris ces lignes le 16 juillet, deux jours après notre Fête nationale et l’attentat qui a ensanglanté la promenade des Anglais à Nice. Au risque d’ajouter des paroles à celles qui ont déjà été prononcées et écrites, je perçois que ces violences qui nous frappent désormais régulièrement ne sont pas des attentats « aveugles », mais le fait d’une volonté délibérée de détruire ce qui fait notre identité : en effet, elle existe bien cette identité de la France et de l’Europe, et elle est forte, puisqu’elle suscite tant de violences. Celles-ci manifestent que nous devons sortir de l’illusion : nous pensions que notre société était tellement juste et désirable que tous les peuples et toutes les cultures voudraient la partager.

Or, les valeurs que nous avons peu à peu reçues et fondées depuis vingt siècles ne sont pas « tombées du ciel », elles ne sont pas connaturelles à l’ensemble de l’humanité, elles sont les fruits des croisements entre le judaïsme, la philosophie grecque, le christianisme, les Lumières et la Révolution française. Il faut comprendre que d’autres cultures, qui n’ont pas ces racines, peuvent les refuser voire les combattre. Finalement, elles sont fragiles ces valeurs, elles doivent être sans cesse re-choisies et défendues. C’est dès lors en leur nom et en respect pour elles que le combat contre le fanatisme islamiste doit se mener avec les armes forgées par notre histoire et nos traditions : la force légitime qui appartient à l’Etat de droit, les forces spirituelles et raisonnables qui donnent sens à nos vies de Français et d’Européens. A l’opposé de cela, le plus grand des périls serait de prendre les armes que nos ennemis emploient contre nous et veulent nous conduire à utiliser : l’esprit de vengeance et la pensée magique, c’est-à-dire la religion sans l’intelligence et sans l’esprit critique.

Pour les croyants, la violence du monde et ses dangers sont une véritable épreuve spirituelle. Ils sont un appel à relire ce que la tradition biblique et chrétienne exprime au sujet de l’expérience du mal dans la vie des personnes et des sociétés. La « pax europeana » construite après la seconde guerre mondiale et aussi après la chute de l’empire soviétique ont pu conduire à penser à « la fin de l’Histoire », à l’instauration d’une société pacifiée pour toujours. Même si je souhaite la paix et la sécurité, c’est une illusion de penser que cela existerait de manière stable et perpétuelle. Il faut dès lors recevoir la prière et même la plainte des croyants qui furent aussi, durant leur vie et à leur époque, éprouvés de mille manières.
« Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde.
Si je sors dans la campagne, voici les victimes de l’épée ; si j’entre dans la ville, voici les souffrants de la faim. Même le prophète, même le prêtre parcourent le pays sans comprendre.
As-tu donc rejeté Juda ? Es-tu pris de dégoût pour Sion ? Pourquoi nous frapper sans remède ? Nous attendions la paix, et rien de bon ! Le temps du remède, et voici l’épouvante ! » (Jérémie 14, 17-19).

Sommaire

2) Un synode avec tous, un synode avec chacun

Un synode diocésain doit mobiliser l’ensemble du diocèse, cependant, tout en respectant le titre et le thème du synode, différents groupes peuvent aussi s’en saisir pour s’écouter mutuellement et formuler des préconisations à l’adresse des délégués synodaux.
Sans être exhaustif, je mentionne ici quelques groupes qui pourraient agir dans ce sens. Par exemple les membres d’instituts de vie consacrée, les personnes engagées dans l’enseignement et dans l’éducation, et puis, et je vais m’y arrêter davantage, les prêtres des générations les plus jeunes et les membres des équipes pastorales.

• Avec les prêtres des générations nouvelles

J’ai regretté que les prêtres du diocèse n’aient pu accompagner les jeunes aux JMJ l’été dernier, hormis l’un d’entre eux avec le groupe diocésain et un autre avec un groupe qui avait préféré organiser son propre séjour. Et ce que je souligne pour les JMJ pourrait l’être à propos d’autres activités pastorales proposées aux jeunes. Bien entendu, il n’y a aucune obligation à ceci ou à cela, cependant ce me semble devoir être une priorité d’être présent avec des enfants et des jeunes.
Certains des prêtres du diocèse ne prennent pas non plus de vrai repos, ne s’estimant pas en droit de dire qu’il n’y aura ni messe ni mariage à telle date. Je pense que ceci a trait au caractère rural du diocèse : le monde urbain est habitué aux vacances et à la mobilité ; hier, dans les campagnes, les « vacances » n’existaient pas : les champs et surtout les animaux demandaient une présence permanente. J’ai même senti que des personnes culpabilisent à « avouer » qu’elles prennent des vacances.

Comme je l’écrivais il y a quelques semaines dans le texte Pour aller plus loin (cf. Eglise en Poitou n° 233, juillet 2016), « alors que le monde a changé, faut-il que les formes d’exercice du ministère presbytéral demeurent identiques à ce qu’elles étaient hier ? »
Je souligne ce paradoxe que la vie des prêtres est à la fois surchargée et peu occupée. Elle est surchargée si elle se vit à la remorque des demandes et des attentes : on peut en effet « occuper son temps » en répondant aux sollicitations de célébrations et de réunions. Elle est sous-occupée s’il s’agit de prendre des initiatives dans des domaines plus éloignés du « religieux », ceux qui concernent la charité, la société, la culture, etc. La vie des prêtres peut aussi se sentir en décalage entre une formation qui aura duré au minimum sept ans et des attentes qui seront souvent peu demanderesses de compétences hautes. Se contenter de celles-ci conduit alors naturellement à ne rien entreprendre en matière de formation continue. Quant à un projet de vie, il pourrait assez vite devenir peu mobilisateur. »
Il en est des prêtres comme de chaque fidèle : seule la dimension apostolique donne du souffle au ministère et à sa vie. Porter des projets, créer, tenter, innover est inhérent à l’existence et lui donne du sens. Sans cesse nous devons implorer la force de l’Esprit et mobiliser nos énergies pour fuir la lassitude, le manque de zèle, l’acédie.

L’Evangile veut aussi être le chemin d’une vie riche et épanouie. Écouter les nouvelles générations, puisque tel est le projet du synode, consistera aussi à envisager les formes d’exercice des ministères dont le diocèse a besoin.
Pour cela, je souhaite que le temps du synode permette aux prêtres des nouvelles générations (je ne donne pas ici de critère d’âge) de se retrouver pour parler de l’exercice de leur ministère, de leurs conditions de vie, et aillent vers des préconisations adressées aux délégués synodaux. Ceci peut concerner plus particulièrement ceux des prêtres qui exercent la charge curiale.
Le ministère presbytéral suppose de ne pas être lié à tel ou tel groupe, d’être bienveillant avec chacun ; il s’agit pour les prêtres d’être les signes d’une altérité, de rechercher le bien commun, d’où un enjeu spirituel, celui de ne pas chercher à plaire à bon compte.
Le synode peut être aussi l’occasion d’une réflexion portant sur les fonctionnements de ces équipes.
De plus, il faut prendre en compte ce fait que dans l’exercice de cette responsabilité, on travaille avec d’autres personnes, dont d’autres prêtres.

Le mardi 26 juillet, le Père Jacques Hamel célébrait une messe de semaine, avec trois religieuses et un couple âgé dans une des églises de Saint-Etienne-du-Rouvray, dans la banlieue de Rouen. Une situation qui nous est ô combien familière. Son assassinat a placé l’attention sur ce qui se vivait alors : la grande modestie de la vie chrétienne, et c’est elle qui a été frappée. Cet événement nous rappelle que les lieux où le Royaume s’exprime sont souvent modestes, oubliés par ceux qui recherchent l’exceptionnel.
Si nous déterminons des pistes d’action au terme du synode, n’oublions pas ce que nous enseigne l’événement du 26 juillet 2016.

• Avec les équipes pastorales

Même si cette réalité s’exprime avec des dénominations diverses, aujourd’hui la grande majorité des diocèses ne comprend plus le ministère de responsabilité de manière solitaire : les équipes pastorales sont la forme la plus habituelle de l’exercice d’une charge de gouvernement.
On se rend compte que les fonctionnements sont divers, en fonction du projet pastoral, mais aussi du charisme spécifique à chacun de leurs membres.
Cependant, des qualités communes se repèrent et sont à encourager : se mettre à distance de demandes qui peuvent être très spécifiques, être doté d’une capacité à avoir une vision générale, on peut dire « paroissiale », et surtout avoir et développer le sens missionnaire.

Le synode peut être aussi l’occasion d’une réflexion portant sur les fonctionnements des équipes pastorales.
Ce serait le moyen de proposer des repères de fonctionnement, des manières de faire communes aux équipes pastorales.
Parmi les points qui seraient à prendre en compte, j’en détaille quelques-uns :

– Les relations entre les personnes.
– La bienveillance et l’écoute mutuelle.
– La nature des questions abordées.
– La régularité des rencontres.
– Les modalités d’animation de celles-ci.
– L’articulation avec le conseil pastoral paroissial.
– La formation et l’accompagnement des membres des équipes.

Dans tout ceci, doit être pris en compte, surtout par nous, évêques et prêtres célibataires qui n’avons que notre mission pour nous occuper (propos bien entendu à nuancer), que les membres des équipes pastorales, comme toutes les personnes engagées dans la vie de l’Eglise, ont des priorités qui doivent primer pour elles, et que nous avons à respecter : il s’agit de la vie de famille, de la vie professionnelle et de tous les engagements au service de la cité.

Il faut mesurer ici les changements profonds qui ont marqué les tournants de générations, pour les hommes certes, mais surtout pour les femmes.
Pour la plupart d’entre elles la vie professionnelle, le désir d’une carrière épanouissante et qui progresse est un élément déterminant de leur vie. Lorsqu’il s’agit pour les couples de conjuguer vie de famille, de travail et aussi les loisirs et la culture, on comprend que leur disponibilité pour un engagement dans l’Eglise ne devra pas être de chaque instant.
Cependant, il serait très dommageable que les plus jeunes générations se privent d’une vie d’Eglise et nous privent de ce qu’elles sont.
C’est donc à travers d’autres modalités que des engagements sont possibles, moins sur la longue durée, davantage dans le ponctuel, et plus certainement à l’occasion de temps forts. D’autre part, mesurons que certaines pratiques qui ont forgé des générations de militants ne parlent plus guère aujourd’hui, en tout cas, elles ne mobilisent plus. Je pense ici aux réunions, autour d’une table, dans une salle peu éclairée et à la décoration surannée, commençant à 20h30 pour terminer à 22h30… au plus tôt.
D’autres moyens permettent aujourd’hui de répondre aux mêmes impératifs : l’électronique avant tout.
Non que les rencontres soient inutiles, mais elles doivent être consacrées à des échanges existentiels, spirituels, amicaux même, plus qu’à l’organisation.

Vivre avec les générations nouvelles ce sera aussi repérer les changements de ce type et d’autres encore auxquels nous sommes appelés. Bien de leurs membres attendent de trouver avec les chrétiens comme dans la vie associative autre chose que le quotidien souvent difficile de leur vie professionnelle : tension, compétition, logique du nombre, pratiques du management, etc.
C’est donc quelque chose qui est de l’ordre de la gratuité, de la simplicité, de la beauté même qui doit caractériser les moments qui donnent aux croyants de se retrouver et d’être à l’écoute et de leur Seigneur et des uns et des autres.

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