Fiche II – Le dimanche – Jour de communion avec le Christ, avec les autres

 

Fiche II – Le dimanche – Jour de communion avec le Christ, avec les autres

Le dimanche est le jour du Seigneur, jour où se rassemblent les chrétiens pour faire mémoire du Christ mort et ressuscité. Si le baptême est bien la porte d’entrée dans l’Église, celui qui est baptisé est appelé à vivre la triple dimension de son baptême : avec les autres chrétiens, il est « prêtre, prophète et roi ». Prêtre, il prie personnellement et communautairement jusqu’à s’offrir lui-même en communion avec les autres. Prophète, il annonce l’évangile, c’est-à-dire le Christ, Parole de Dieu, parole de salut à l’œuvre aujourd’hui. Et roi, il se met au service de ses frères et sœurs dans l’Église et dans le monde.

Si l’eucharistie nous entraine à vivre pleinement la vocation de fidèles du Christ par le partage de la Parole et du Pain, elle n’est pas la seule manière de vivre la prière chrétienne, elle en est la source et le sommet. C’est pourquoi les autres formes de la prière en découlent et y conduisent. La prière chrétienne se vit de manière personnelle et communautaire

« Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » (Mt 6,6),

Il y a aussi la prière publique, communautaire, la prière du peuple de Dieu :

La prière publique et commune du peuple de Dieu est considérée à juste titre comme l’une des fonctions principales de l’Eglise. Dès le commencement, les baptisés « étaient assidus à recevoir l’enseignement des Apôtres, à participer à la vie commune, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2,42) Les Actes des Apôtres attestent à plusieurs reprises que la communauté chrétienne priait d’un seul cœur (Cf. Ac 1,14 Ac 4,24 Ac 12 Ac 5,12; cf. Ep 5, 19-21)1

Dès le début de l’Église, prier d’un seul cœur peut se vivre dans l’eucharistie (la fraction du pain), mais aussi avec les psaumes dans la liturgie des heures, ou encore par l’écoute de la Parole de Dieu qui ouvre à une réponse comme à la Synagogue de Nazareth (Luc 4). Il y avait aussi l’accompagnement des catéchumènes par les communautés dans leur cheminement vers le baptême. Aujourd’hui encore, c’est bien toute la communauté qui est concernée lorsque des jeunes ou des adultes se préparent à recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne.

Cette prière chrétienne du début de l’Église dit la place de la Parole de Dieu et de la communauté. Le livre ouvert, l’Écriture proclamée devient Parole de Dieu vivante pour la communauté rassemblée. Cette Parole devient effective lorsqu’elle est proclamée dans l’assemblée : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » dit Jésus (Lc 4, 21) après avoir lu la Parole de Dieu et refermé le livre d’Isaïe. La Parole, c’est Lui et, il l’accomplit.
Après sa résurrection, le Christ écoute le désarroi des disciples d’Emmaüs, puis il leur explique dans les Écritures ce qui le concernait… Aujourd’hui encore, toutes les Écritures nous ramènent à l’histoire du peuple de Dieu et donc au Christ et à son mystère pascal. Elles sont nourritures pour les fidèles du Christ.

  • L’assemblée eucharistique du dimanche

L’Eucharistie, en sa célébration communautaire, est la source et le sommet de la vie et de la prière chrétienne. Si l’eucharistie est source et sommet de la vie chrétienne, et elle l’est, l’eucharistie dominicale présidée par le prêtre ou l’évêque nous appelle et nous permet de vivre la plénitude d’une triple communion au corps du Christ : communion à sa dimension ecclésiale (Église), scripturaire (Parole) et sacramentelle (Eucharistie 2). Cette triple communion atteint sa dimension complète le dimanche : 1er jour de la semaine, jour de vie où nous célébrons la résurrection du Seigneur, 8ème jour, jour de la création nouvelle, jour de joie qui ouvre un avenir : le salut pour tous.

  • L’assemblée de prière le dimanche

La finalité de l’assemblée de prière est de permettre aux disciples du Christ d’une communauté de se rassembler au nom du Seigneur pour le louer, pour accueillir ensemble sa Parole et y répondre en se laissant transformer, convertir, pour intercéder et entrer dans l’action de grâce.
Quelle que soit sa forme – liturgie de la Parole, chemin catéchuménal, liturgie des heures – l’assemblée de prière rejoint le mystère eucharistique car elle y prépare et en découle. Dans sa forme et son sens, elle doit tendre vers cette plénitude de la communion car l’eucharistie est sommet et source. Comme pour l’eucharistie, les chrétiens y sont convoqués par le Seigneur et ils répondent à son appel pour le louer, intercéder et rendre grâce.

L’assemblée de prière est une chance pour vivre pleinement la communion au corps du Christ dans sa dimension ecclésiale. Il est en effet nécessaire de faire corps tous ensemble avec le Christ, Tête de ce corps, pour louer le Père sous l’action de l’Esprit Saint, pour être en communion les uns avec les autres tournés vers le Père, et pour être en communion avec l’Église universelle. Il s’agit de faire communauté en un lieu précis, mais dans la communion de toute l’Eglise. C’est pourquoi il est important que soient mentionnés, lors de l’eucharistie paroissiale, les lieux où des catholiques sont rassemblés pour vivre une assemblée de prière, et lors de l’assemblée de prière, là où est célébrée l’eucharistie… c’est aussi cela être en communion. Pour cette raison, il est bon que le temps de l’accueil soit privilégié notamment l’accueil de chacun avant la célébration. Une des fonctions de l’assemblée de prière est de servir la fraternité.

Lors de l’assemblée de prière, les fidèles communient au « corps des Écritures » – selon la belle expression de Benoît XVI (cf. Verbum Domini n°16). Dans toute célébration liturgique, la Parole de Dieu a une place de choix. Lors de l’assemblée de prière, elle en est la structure, la force, la vie. L’assemblée de prière est portée par la Parole de Dieu écoutée, méditée, accueillie de telles manières qu’elle suscite chez chacun la réponse de la foi. C’est donc la mise en œuvre de cette structure dialogale qu’il faut travailler lors de la préparation d’une assemblée de prière afin que cette Parole de Dieu apparaisse comme Parole de vie, nourriture pour la route, source de conversion, appel, occasion d’un trajet d’une certaine mort à un plus de vie. La Parole de Dieu, c’est Jésus-Christ, le Verbe incarné, la Parole du Père (cf. Verbum Domini). Elle permet de faire mémoire de tout ce que Dieu fait tant pour les fidèles assemblés que pour le monde qu’il crée. Les chrétiens rassemblés accueillent la grâce à travers les textes reçus de l’Église et rendent grâce à Dieu par la Parole de Dieu elle-même (les psaumes par exemple) et par les paroles humaines qui y prennent leur source : la prière préparée ou spontanée, lue, chantée et même silencieuse. Le silence permet en effet à la Parole de faire son œuvre en chaque membre de la communauté et de pénétrer toujours plus profondément dans l’alliance avec le Seigneur qui se donne.
Communier au corps des Écritures, c’est aussi entrer dans le mystère pascal du Christ qui ouvre au salut. La relecture des Écritures à la lumière de la résurrection aide à cela. Et quoi que l’on fasse, l’Esprit Saint est là. Laissons-le être le guide et le maître.

Par la prière communautaire autour de la Parole de Dieu, l’assemblée de prière, quelle que soit sa forme, découle de l’eucharistie et y prépare. En vivant une assemblée de prière, les chrétiens s’ouvrent au mystère du Christ, cherchent à en vivre et sont comme en attente d’une eucharistie. Les assemblées de prière ne peuvent pas remplacer l’eucharistie, elles y conduisent et en découlent. C’est ainsi qu’elles peuvent être une école d’action de grâce pour ce qu’est Dieu lui-même, elles peuvent apprendre à rendre grâce pour le don de Dieu.

  • Des assemblées de prière en semaine ?

Les assemblées de prière peuvent être célébrées en semaine. Dans ce cas, elles permettent de se préparer à vivre l’eucharistie dominicale. Le choix de proposer ces assemblées de prière demande à être réfléchi au sein de la communauté locale en concertation avec le curé et l’équipe pastorale de la paroisse.

  • Articulation entre l’eucharistie, l’assemblée de prière et les autres expressions de prière dans la communauté et en paroisse

Si l’eucharistie dominicale ne se remplace pas, elle n’est pas la seule manière de prier. Dans plusieurs communautés locales, des propositions existent en semaine, mais sont-elles bien connues de tous ? (Cf. fiche VIII). Annoncer ces temps de prière permet d’y inviter plus largement les personnes de la communauté locale. La participation à un temps de partage autour de la Parole, à un temps de prière avec des enfants ou avec les personnes de la maison de retraite peut nourrir la vie de foi des chrétiens dans un lieu précis. Prier personnellement chez soi et à l’église fait évidemment partie de cette vie de prière à laquelle tous les baptisés sont appelés. C’est à cette condition même que l’eucharistie pourra être source et sommet de toute la vie de prière.

Mais le dimanche…, c’est là souvent le plus difficile pour ceux qui n’habitent pas à proximité de l’église principale de la paroisse où la messe est célébrée chaque dimanche. Des questions alors se posent : ouvrir l’église et célébrer le Seigneur est possible mais, à quel rythme ? Tous les dimanches ? Un dimanche par mois ou bien deux ? Quelle articulation avec la messe paroissiale ?

Dans bien des églises de la paroisse, la messe n’est et ne sera célébrée que rarement, il est question ici des plus petites communes, de celles qui sont le moins peuplées. Sans négliger les grands repères de la prière chrétienne dominicale (eucharistie, assemblée, dimanche, auquel il faut ajouter le ministère ordonné des prêtres), se retrouver le dimanche dans une communauté locale pour célébrer ensemble, même en petit nombre, demeure important, c’est le rassemblement des fidèles du Christ. Cela permet aux personnes de prier avec la communauté, de nourrir leur foi par l’écoute de la Parole et l’engagement dans l’alliance. L’assemblée de prière pourra se vivre sous la forme d’une célébration de la Parole en communauté locale (Fiche VI-1), d’une étape vers un sacrement (Fiche VI-2) ou encore par la liturgie des heures (Fiche VI-3). La dernière fiche (VI-4) permet d’avoir un guide si une eucharistie était prévue et qu’au dernier moment, elle ne puisse avoir lieu.
Le rythme est à trouver en fonction de ce qui peut se vivre localement, et surtout de la réflexion qui aura été menée avec l’ensemble des communautés locales de la paroisse, dans le cadre du Conseil pastoral paroissial, avec l’Equipe pastorale et sous la responsabilité du curé.

Aujourd’hui, en France, selon les critères des sociologues, un catholique dit « pratiquant » va à la messe une fois par mois. Cela pourrait être un bon point de repère dans l’articulation à chercher entre eucharistie et assemblée de prière. Mais ne risquons pas de laisser dicter nos réflexions et nos pratiques par les statistiques de la sociologie. Même si elles donnent des informations utiles et qu’il convient de les prendre en compte, c’est l’Ecriture sainte, la théologie et la pratique de l’Eglise qui doivent nous guider. On ne peut ainsi que s’interroger au sujet de personnes dont la prière liturgique ne se vivrait que dans le cadre d’une assemblée de prière, ne participant alors qu’exceptionnellement à l’eucharistie.

Lorsqu’une eucharistie rassemblant toute la paroisse est proposée, elle est bien sûr à privilégier. Un « dimanche autrement » peut aussi être proposé soit pour toute la paroisse soit pour la communauté locale ou pour un groupe de communautés locales, une fraternité de communautés locales, il est bon aussi de pouvoir s’y associer.
C’est donc avec toutes ces données que chaque communauté locale en concertation avec l’équipe pastorale et le curé va devoir discerner le rythme à adopter et annoncer clairement heures et lieux des messes et assemblées de prière dans la paroisse.

Certains seront invités de manière exceptionnelle (les nouveaux baptisés, les enfants du catéchisme et leur famille…) : Que leur proposer ? La messe ? Des vigiles ? Une assemblée de prière qui met l’accent sur la liturgie de la Parole et peut les aider à entrer davantage dans la Parole de Dieu ? Une étape vers un sacrement ? Ceci est encore affaire de discernement pastoral à partir des personnes invitées et en lien avec le délégué à l’annonce de la foi de la communauté locale et le curé de la paroisse.

En conclusion, la dimension eucharistique de nos vies à la suite du Christ

C’est bien la manière de vivre au quotidien qui dit la fécondité de l’eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. L’eucharistie n’est ni un droit, ni un devoir, elle est un don, une grâce dont le manque nous dit la valeur. Parfois, le jeûne eucharistique – choisi ou non – peut aiguiser le désir de l’eucharistie et interroger quant à sa place centrale dans nos vies. La réalité actuelle nous amène à conjoindre cette double réalité : « vivre l’eucharistie chaque dimanche » et « vivre de l’eucharistie ».

Vivre de l’eucharistie, c’est laisser la Parole de Dieu prendre toute la place et transformer l’être profond, la manière de vivre comme une action de grâce, c’est-à-dire comme une réponse au don gratuit de Dieu pour nous.

Vivre de l’eucharistie, c’est aussi vivre l’offrande de soi unie à celle du Christ non seulement au moment de la présentation des dons, de la prière eucharistique et de la communion mais dans toute la vie : seul ou avec les autres, au travail, en maison de retraite, en famille… là où je suis. C’est devenir offrande avec le Christ à la gloire du Père dans toute sa vie et toutes ses relations, c’est aussi intercéder, prier, supplier.

Vivre de l’eucharistie, c’est enfin rendre grâce et donc s’ouvrir à la gratitude, à l’émerveillement, devant la beauté de la création, les paroles bonnes dont je suis témoin, les gestes et actes d’entraides, de soutien… devant l’amour de Dieu pour nous tel qu’il se révèle en JC, Parole du Père « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. » 1Jn 4.

1 : Présentation Générale de la liturgie des heures chapitre premier 1
2 : Prière eucharistique et communion eucharistique

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