Tribune : Quand la Bible en dit quand même trop peu !

La Bible en dit quand même trop peu !

La Bible manque tout de même de précisions !
Il m’arrive de me faire cette réflexion lorsque je constate la soif éprouvée par certains, sans cesse à la recherche de révélations nouvelles ou de signes extraordinaires.
Il y a quelques années, le film M et le troisième secret  attira les personnes en quête de messages particuliers ; ces derniers jours, près de Poitiers, c’est une conférence consacrée à Maria Valtorta qui répond aux attentes d’un semblable auditoire.

De telles choses ne sont pas nouvelles, dès les premiers siècles, des auteurs « complétèrent » les écrits apostoliques, ce qui donna lieu aux Evangiles apocryphes. Notre époque ne saurait échapper à ces phénomènes. Désormais ils s’appuient sur des choses bien contemporaines, en particulier le complotisme. En l’espèce, il s’agit de suspecter les évêques et même le Vatican de cacher une prétendue vérité à laquelle ils auraient accès. S’ajoutent des phénomènes de peur : les violences, les troubles météorologiques, etc. suscitent la recherche de significations plus ou moins cachées dont certains « prophètes » et « prophétesses » pourraient livrer la clef. Il faut aussi mentionner les inquiétudes liées au changement du monde religieux : la fin de la chrétienté en Europe, et singulièrement en France bouleverse des repères qui semblaient immuables. On en recherchera alors les causes ou bien dans quelque complot, ou bien dans une quelconque apostasie… d’un mauvais clergé. Puis, on attendra un « retour » de la foi, à la mesure où l’on saura se livrer à des pratiques ou des dévotions, certes respectables, mais qui sont comprises et vécues comme des remèdes magiques.

Je dois dès lors rappeler que le seul chemin proposé, celui où Dieu parle, c’est la Bible, reçue et vécue dans l’Eglise. La Bible sera toujours un appel à la foi et à l’espérance, ne conduisant jamais à imaginer un Dieu qui agirait en direct, faisant fi des libertés et des médiations.
« Un grand vent soufflait, et la mer était agitée. Les disciples avaient ramé sur une distance de vingt-cinq ou trente stades (c’est-à-dire environ cinq mille mètres), lorsqu’ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Alors, ils furent saisis de peur. Mais il leur dit : ‘’C’est moi. N’ayez plus peur.’’ » Jean 6, 18-20.

Il est aussi utile de rappeler cette parole célèbre de saint Jean de la Croix, dans La montée du Carmel. « Dieu est devenu en quelque sorte muet. Il n’a plus rien à nous dire, puisque ce qu’il disait jadis en déclarations séparées, par les prophètes, il l’a dit maintenant de façon complète, en nous donnant tout dans le Fils. Concluez-en que désirer sous la nouvelle Loi visions ou révélations, ce n’est pas seulement faire une sottise, c’est offenser Dieu, puisque, par là nos yeux ne sont pas uniquement fixés sur le Christ, sans chercher chose nouvelle ».

La mission des chrétiens du XXIe siècle est la même que celle confiée aux apôtres : scruter le Christ dans les Ecritures. Mesurons la richesse qu’elles recèlent, c’est elles que nous avons mission de partager plutôt que de courir, sans discernement, à la suite de « visionnaires » dont le succès d’audience, s’il peut exister, n’est en rien un critère évangélique.

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
1er septembre 2019

 

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