Subsidiarité+synodalité=fraternité.

Pôle communication.

Afin d’expliciter l’addition figurant en titre de cet article, voici un retour en mots et images  sur la Journée diocésaine des mouvements apostoliques du 16 novembre à Chalandray.

Quelques constats:

-les organisateurs avaient disposé 80 chaises, il a fallu rapidement se mettre en chasse pour en trouver d’autres. Au final largement plus d’une centaine de participants, un vrai succès.

-tous les mouvements étaient présents, inégalement certes mais tous mobilisés.

-quelques visages jeunes mais une écrasante majorité de cheveux blancs: sans surprise et évocateur de l’âge d’or des mouvements apostoliques.

-des laïcs, quelques prêtres, de rares diacres et un archevêque.

-un relatif équilibre hommes-femmes.

Une matinée très enrichissante:

Après le café gourmand bien utile dans la grisaille de ce matin de novembre puis  la présentation par deux Françoise, Bouchet et Bilheu, membres de l’équipe d’organisation, du pourquoi et du comment de cette rencontre, la matinée a été consacrée à trois exposés suivis de discussion avec le nombreux et attentif auditoire.

-un exposé solide et clair du Père André Talbot sur le principe de subsidiarité et sur ce qu’il permet: « être au plus près des situations et de leurs évolutions rapides permet une plus grande réactivité et une plus grande créativité ». Après un rappel historique sur l’émergence du concept et du mot lui-même (le terme est proposé par Pie XI en 1931) et insisté sur la rôle joué par Jacques Delors pour le diffuser dans la sphère politique et par le Pape Benoît XVI dans ses écrits sur la gouvernance mondiale, le Père Talbot a conclu sur la fait que le concept de subsidiarité intègre celui de fraternité avec sa dimension d’amour, de gratuité, de bénévolat (quel beau mot), qu’elle impose un équilibre des pouvoirs et une participation active des citoyens, des solidarités effectives à tous les niveaux. Il s’est interrogé sur la mise en oeuvre de la subsidiarité dans l’Eglise catholique pointant le fait que la recherche de la communion puisse parfois en faire une préoccupation secondaire.

-Alain Claeys, maire de Poitiers et président de la communauté d’agglomération a d’entrée affirmé que pour lui, des trois devises figurant au fronton des mairies, c’est le mot fraternité qui est aujourd’hui le plus difficile à mettre en oeuvre et cela interroge comme élu et citoyen. De plus, la représentation démocratique est désormais mal acceptée de nos concitoyens. S’y ajoute l’impression que les responsables politiques n’ont plus de prise sur les réalités pour faire émerger le bien commun. Aujourd’hui, il ne suffit plus que la décision publique soit cohérente, il faut qu’il y ait adhésion populaire à cette décision et ceci impose donc de chercher et si possible trouver non seulement le bon niveau technique mais aussi celui d’adhésion, c’est à dire jouer sur les échelles et donc mettre en oeuvre le principe de subsidiarité. En effet la complexité croissante de notre monde, ses évolutions rapides interdisent désormais l’exercice vertical du pouvoir: « le bilan après 6 ans de mandat ne suffit plus »!  Elle impose le recours aux corps intermédiaires, des corps intermédiaires puissants, en particulier le tissu associatif. Comme déjà souligné par le Père Talbot, les corps intermédiaires ont été trop longtemps perçus, et le demeurent largement, comme de simples contre-pouvoirs alors que leur rôle va bien au-delà, c’est celui de « faire avec », avec les élus, faire avec les représentants des pouvoirs publics.

-Pierre-Yves Marolleau, maire de Mauléon (79) nous ensuite conté la belle aventure vécue dans le Mauléonais avec l’opération « Territoire zéro chömeur » .

Il a rappelé que tout avait débuté en 2013 par une rencontre avec le représentant d’ATD Quart Monde venu proposer le projet à Mauléon et il n’a pas caché qu’il y avait vu alors « une belle utopie ». En effet l’idée était séduisante: la prise en charge d’un chômeur longue durée « coûtant » à la société une somme (18 000€) peu inférieure à celle d’un emploi au SMIC avec les charges. Il doit donc être possible de leur donner un emploi en adaptant cet emploi aux situations de ces chômeurs et ceci à travers un nouveau type d’entreprise, l’entreprise à but d’emploi. Mais de l’idée à la réalité, il y avait un pas immense à franchir.

C’est après son élection comme maire en 2014 que le projet « zéro chômeur » a commencé à émerger en réunissant employeurs, associations et chômeurs de longue durée. Même si le territoire concerné connaît un chômage inférieur de moitié à la moyenne nationale (un peu moins de 5% aujourd’hui dans le Bocage) il y avait alors 200 chômeurs de longue durée inscrits à Pôle emploi et justement du fait du faible taux de chômage il s’agissait de personnes considérées pour la plupart comme « inemployables » dont 30% étaient reconnues comme travailleurs handicapés. La Maison de l’emploi de Mauléon a alors proposé à chacune de ces personnes de venir pour un entretien. La démarche était ici à l’inverse des habitudes: il ne s’agissait pas de les rencontrer pour voir s’ils pouvaient s’adapter à es emplois disponibles mais de partir d’eux pour construire de nouveaux emplois. Les questions posées étaient: Que voulez-vous faire? Qu’est ce que vous aimeriez faire? Qu’est ce que vous pouvez faire et enfin Qu’est ce que vous pouvez apporter à la vie de Mauléon. 130 volontaires ont répondu à l’appel, les entretiens prévus pour une heure ont souvent duré deux heures tant ces personnes avaient besoin d’être écoutées, avaient besoin de parler.

Mais pour créer ce nouveau type d’entreprise, il fallait un cadre réglementaire. Les parlementaires contactés les ayant convaincus que pour faire passer une loi facilitant la création de ce type de dispositif, il a fallu alors montrer que c’était possible dans un territoire précis, une équipe s’est alors formée pour porter le projet. PY.Marolleau n’a pas caché que de nombreuses bonnes fées se sont penchées sur ce qui n’était qu’une expérience: le tissus économique local, l’esprit d’initiative et les solidarités propres au Bocage qui ont conduit à la mobilisation générale des employeurs,  l’arrivée d’un directeur alliant la compétence d’un chef d’entreprise et l’appétence pour une telle aventure, « je ferai tout pour donner un emploi à des personnes que je n’aurais jamais recrutées en tant que DRH », l’opportunité de trouver des locaux vastes et pas trop chers et aussi la mobilisation des chômeurs eux-même puisqu’il s’agissait de changer de vie en se lançant dans une vraie aventure.

Cette mobilisation pionnière du du Mauléonnais a porté ses fruits puisque le Parlement a voté à l’unanimité des deux chambres la loi d’expérimentation le 29 février 2016 promouvant l’opération « Territoire zéro chômeur ». Ouverte initialement sur 4 territoires, elle en compte aujourd’hui 10 et plusieurs sont en gestation dont une à Poitiers et une en Châtelleraudais.

Dès janvier 2017, l’entreprise à but d’emploi de Mauléon a commencé à fonctionner. Aujourd’hui 80 personnes y sont employées. L’entreprise reçoit une aide de l’état de 18 000€ (réduite hélas en 2019 à 17 000€) qui correspond aux coûts réels de ces chômeurs et c’est à l’entreprise de trouver par son activité le complément pour verser aux salariés un salaire niveau SMIC et payer les charges sociales habituelles. Avec une montée en puissance programmée, le point d’équilibre financier est prévu en 2022. Si l’expérience est devenue aujourd’hui une réalité en Mauléonnais, l’entreprise demeure fragile. Mais la transformation vécue par ces chômeurs redevenus des salariés, certains ont d’ailleurs quitté l’entreprise pour en rejoindre une autre, est telle que les efforts consentis sont payés au centuple.

Et la fraternité est au coeur même de l’expérience puisqu’elle vise en priorité à redonner sa pleine dignité à la personne humaine malgré ses limites, ses handicaps. 

Ensuite les deux élus ont répondu aux nombreuses questions de l’assemblée.

Après cette solide matinée, il était temps de mettre la salle en ordre de bataille, plutôt de repas, ce qui fut réalisé en peu de temps et de main de maître par les organisateurs.

La fraternité en action….

A nouveau, on fait tourner les tables et chaises pour nous mettre en position « cinéma » afin d’aborder le second thème de la journée: la synodalité.

C’est Mgr Wintzer qui a ouvert l’après-midi en posant en préalable la question: « un pouvoir peut-il exister sans abus? ».

Au plan de la cité, pour pouvoir mériter le nom de démocratie, un état se doit de mettre en oeuvre la reconnaissance de l’égale dignité de chaque personne, et de leur égale capacité car ce sont des préalables incontournables.  Même si la démocratie directe a été souvent avancée comme solution par les gilets jaunes, la démocratie représentative lui semble un mode de pouvoir à privilégier, ainsi que la présence d’organisations intermédiaires permettant aux groupes humains de se fédérer pour porter des projets et pas uniquement  se comporter comme des contre-pouvoirs.  Pour assurer à la fois la représentativité et la responsabilité des élus, il est plus que souhaitable que les mandats soient donnés pour un temps et non révocables et que ce soit des mandats représentatifs et non impératifs.

Et en Eglise?

La synodalité exprime le fait que l’Eglise est un « nous » car elle est communion et expression de l’identité d’un Dieu trinitaire.

La mise en oeuvre du Nous sur un territoire, le diocèse, suppose l’existence d’instances propres, les conseils diocésains que l’évêque doit consulter même si au final il est seul à décider. Elle recourt aussi à une forme plus exceptionnelle qu’est un synode diocésain c’est à dire la consultation de tous les fidèles de ce territoire à travers des assemblées représentatives.

Mais pour pouvoir vivre ce « nous », le Pape François relève la nécessité pour notre Eglise d’avoir certaines attitudes: 1) écouter plus qu’entendre, développer une écoute réciproque, écouter l’Esprit saint 2) reconnaître l’égalité de chacune et chacun 3) Prendre en compte les réalités. 4) être un signe pour tous. 

Pour pouvoir vivre ce « nous » il nous faut donc vivre en frères et soeurs du Christ, enfants d’un même Père et animés par un même Esprit Saint, c’est notre dignité et notre responsabilité de baptisés, prêtres, prophètes et rois.

Ensuite c’est l’équipe en charge du suivi de notre synode diocésain qui a pris le relais, équipe représentée par le Père Julien Dupont, vicaire épiscopal et Martine Pineau de la paroisse Saint Jacques en Gâtine..

La projection du dessin animé présentant la démarche synodale puis d’autres vidéos réalisées en lien ave le synode a montré que la fréquentation des outils de communication diocésains reste très modérée…

Tous deux ont rappelé les visées et orientations de notre dernier synode, les priorités pour leur mise en oeuvre année après année, les accents spécifiques apportés par Mgr Wintzer dans sa dernière lettre pastorale. Rappels mais aussi informations sur ce qui se met en place dans différentes paroisses du diocèse, une mise en place où les mouvements ont toute leur place. Un travail en petit groupe a permis de faire remonter interrogations et demandes de précisions car la prise en compte des apports du synode demeure encore partielle.

C’est donc avec une tête bien pleine et aussi la joie d’avoir vécu un grand moment de fraternité que nous avons repris la route, si possible en covoiturage à défaut d’être venu en vélo ou à pied.  Un appel à faire de notre Eglise une Eglise verte comme nous y appelle le Pape François et notre archevêque dans sa dernière lettre pastorale, un nouveau chantier, et pourquoi pas un sujet pour une prochaine rencontre des mouvements apostoliques?