Extension de la PMA : pourquoi je dis « non »

Même si la loi de bioéthique en débat au Parlement aborde diverses questions, chacune complexe et technique, c’est l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, voire aux femmes seules qui est le sujet qui retient majoritairement l’attention.

  • Mariage pour tous, enfants pour tous

Cette éventualité est dans la suite directe et logique de la loi du 17 mai 2013 permettant le mariage de personnes de même sexe ; un des arguments majeurs de ceux qui souhaitent cette nouvelle pratique est celui de l’égalité : puisque la même réalité est vécue par des personnes hétérosexuelles et des personnes homosexuelles, pourquoi les uns et les autres n’auraient-ils pas les mêmes droits ? C’est cette logique qui conduira, je le pense en le redoutant, dans quelques années, à demander la GPA pour les couples d’hommes. En effet, lorsqu’une réalité reçoit la même dénomination, en l’occurrence « mariage », pourquoi poser quelque limite ?
On ne peut nier la réalité : des personnes sont homosexuelles, elles se découvrent ainsi, et peuvent choisir une vie de couple ; pour autant, fallait-il que cette vie, familiale, soit aussi appelée « mariage » ? La Loi de 2013 en a fait le choix, elle appelait des développements, il ne pouvait en être autrement.
Etant donné la pensée majoritaire qui habite les esprits à notre époque, on ne reviendra pas « en arrière » ; même si l’on ne croit plus au progrès en matière de justice sociale, celui-ci a trouvé hébergement dans les domaines sociétaux, on se console comme on peut !

  • L’archipel français, vers une société d’individus

Il importe cependant de mesurer les conséquences, non seulement de cette extension éventuelle de la pratique de la PMA mais de ces revendications de libertés toujours plus grandes dans le domaine de l’intime et des liens affectifs ; encore une fois, lorsque la vie sociale est bloquée, à la fois engoncée dans des règlements de plus en plus tatillons et pourtant développant la précarité – l’« ubérisation » – ne  reste à l’individu, comme champ de libertés encore à conquérir, que son intimité. On comprend dès lors que les propos qui refusent voire condamnent ces évolutions sont refusés : ils voudraient empêcher les seules libertés nouvelles encore possibles.
Cependant, il faut interroger, il faut réfléchir. Alors que la France, de par son histoire sociale et politique, s’est toujours montrée hostile au libéralisme économique, elle le revendique dans le champ sociétal. Pourtant, la logique n’est-elle pas la même ? Celle de désirs toujours nouveaux qui devraient être satisfaits. Oui, on répond au désir, mais l’être humain est-il plus épanoui pour autant ?

  • L’avenir d’une illusion, un être humain auquel il ne manquerait rien

Ceci contrarie ce qui est constitutif de tout être humain : le manque. Aucun de nous ne peut être tout, ni à la fois, ni successivement. Mais c’est justement ceci qui est montré comme intolérable par… les marchands. Ils font naître le désir, et sont bien entendu présents pour y répondre, contre monnaie sonnante et trébuchante. Lorsqu’il s’agit des choses, chacun paie directement, avec ses propres deniers ; pour les biens qui ne sont pas des choses, on paie quand même, mais par le truchement de l’argent collectif.
Le plus grave, à mon avis, revient à ne pas aider chacun à vivre avec la richesse qu’il est sans le conduire à constamment déplorer ce qu’il n’est pas. Bien entendu, mon propos ne peut aucunement être interprété comme appelant à la résignation face à la maladie, aux injustices sociales, j’entends souligner un donné anthropologique fondamental que l’on ne peut nier sans mentir.
Dès lors, tout désir d’enfant doit-il trouver une réponse ? Même si l’on dispose des moyens techniques pour cela. La loi doit-elle se limiter à être une mise en forme juridique des désirs individuels ?
Pour ma part, je réponds « non », mais ceci conduit à se demander si un pays estime devoir encore promouvoir un modèle de vie sociale, collective, ou simplement organiser la vie entre groupes et individus. Un tel modèle est libéral, loin de ce que la France entend défendre dans le domaine de l’économie.
De telles questions, avec d’autres – je mentionne, sans m’y arrêter, la filiation, le caractère sexué de l’être humain et de ses relations, le risque de marchandisation de certains éléments du corps humain – conduisent à douter du bien-fondé de l’extension de la PMA.

  • Manifester, se manifester

L’archevêque qui signe ces lignes estime qu’il n’est pas dans son rôle, ni dans celui des pasteurs des communautés chrétiennes, d’appeler, par un appel en chaire, à manifester sur la voie publique. Les parvis des églises sont les lieux où une éventuelle publicité peut être faite pour cela.
Mon rôle est de rappeler que le devoir de chacun est de s’informer, de chercher à comprendre, de rencontrer des personnes d’avis différents, et aussi d’exprimer son point de vue.
Chacun le fait avec qui il est, la parole, l’écrit, voire la manifestation, expression assez ordinaire des revendications de telle ou telle catégorie de la population, sur les sujets les plus divers.

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
Le 24 septembre 2019

Téléchargez le texte en PDF