Il les envoya deux par deux. Lettre pastorale

Lettre pastorale de Monseigneur Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers

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Il les envoya deux par deux

« Parmi les disciples le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre. Il leur dit : ‘’La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson’’ » Luc 10, 1-2.

 Ces versets de l’Évangile selon saint Luc donnent sens à une nouvelle année pastorale, pour nous, comme la précédente, marquée par le synode diocésain dont nous avons célébré la promulgation des actes le 11 novembre 2018, puis, par les pèlerinages à Rome en février 2019 et à Paris le 14 septembre.

L’envoi en mission des soixante-douze exprime ce qui appartient à toute existence chrétienne : comme l’a souligné le pape François, en particulier dans Evangelii gaudium, chaque chrétien est un « disciple-missionnaire », la mission n’est pas un ajout, une option, elle est inscrite dans l’identité de chaque baptisé.

Cependant, revenant à saint Luc, je remarque qu’il précise ceci : « Parmi les disciples le Seigneur en désigna encore soixante-douze » ; autrement dit, soixante-douze sont désignés, et non l’ensemble des disciples. Ceci peut laisser ouverte la possibilité d’autres appels, d’autres vocations, et même de périodes diverses de sa vie où la vie chrétienne pourrait se déployer autrement que par un envoi en mission.

Ces deux versets de saint Luc, s’ils n’entendent pas tout dire de la mission chrétienne, en précisent cependant quelques caractéristiques ; nous pouvons les recevoir pour nous.

D’abord, le Seigneur envoie ces disciples deux par deux. Le chiffre deux est celui de l’humanité, il se réfère au premier récit de la création : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme » (Genèse 1, 27). Alors que nous pouvons penser que les missionnaires de l’Évangile seraient avant tout les prêtres, et c’est souvent dans cette logique que nous entendons le deuxième verset du texte que nous commentons – « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. », le chiffre 2 doit conserver sa richesse de lecture : gardons-nous de ne lire ces versets qu’au masculin ! Le couple, l’homme et la femme, sont les premiers missionnaires, c’est en eux que se réalise au mieux le chiffre 2 de ces versets de saint Luc.

Messagers de communion et de fraternité, les missionnaires sont deux afin de vivre ce qu’ils annoncent ; il peut en effet être facile à un être humain solitaire de parler d’abondance de fraternité, il est préférable qu’il la vive avec quelqu’un, son témoignage en recevra une autre pertinence.

Enfin, ce chiffre 2 désigne toute l’Église. C’est elle qui témoigne de l’Évangile, préservant quiconque de s’imaginer être le témoin par excellence du Seigneur ; verser dans ce travers c’est tomber sous le coup des diatribes que saint Paul adresse à ceux qu’il qualifie de « super-apôtres ».

Envoyés par le Seigneur, les soixante-douze le sont « en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre ». Le missionnaire annonce toujours quelqu’un d’autre que lui-même ; comme Jean-Baptiste, il doit apprendre à s’effacer pour que puisse se vivre la rencontre au service de laquelle il est tout entier, la rencontre avec le Seigneur.

Appels à être libres de nous-même, libres de telle mission pour en vivre une autre, libres surtout des modalités selon lesquelles chacun pourra vivre « sa » rencontre avec le Maître. Pensons à ces diversités de rencontres que nous rapportent chacun des Évangiles… combien de chemins pour chacune de celles-ci.

Dans la suite du passage les disciples font l’expérience de l’accueil mais aussi du refus. Ainsi, tout missionnaire de l’Évangile ne doit jamais oublier qu’il fait et fera cette double expérience. Il est bon que l’Évangile nous le rappelle, en effet, notre société peine à faire place à l’échec, elle met en vedette les « gagnants » conduisant celui qui vit un échec, et c’est notre cas à tous, ou bien à se le dissimuler ou bien à penser que toute sa vie serait sous le signe de l’échec.

« Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites : “Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.” » Luc 10, 8-11.

Ces versets situent face au mystère du refus, à la liberté de chacun, à notre capacité à nous mettre à distance de ce qui pourtant est au cœur de ce qui donne sens à notre vie.

Parmi les caractéristiques de la mission, les propos de saint Luc peuvent susciter un certain étonnement. En effet, lorsqu’il est question de la mission des chrétiens, on pense spontanément que celle-ci consiste avant tout à annoncer Jésus Christ, à prononcer son nom. Or, dans ces versets, rien de cela ! La mission accomplie par les soixante-douze et déterminée par le Seigneur consiste à annoncer la paix : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison.” » (Luc 10, 5) et à guérir les malades : « Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” » (Luc 10, 9).

Loin de moi la tentation de dire que le missionnaire n’aurait pas à annoncer la personne de Jésus Christ, pourtant, on ne peut faire dire à ce texte ce qu’il ne dit pas.

Certainement que ces versets de l’Évangile, et c’est ici exprimé à nouveau, soulignent que la mission des soixante-douze consiste à préparer des cœurs, par la paix, par les bienfaits d’une guérison, de telle manière qu’ils pourront accueillir celui qui, lui-même, viendra à leur suite. « Il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre » (Luc 10, 1).

Notre rôle est de permettre que des portes s’ouvrent, à Dieu et non à nous-même. Nous sommes des médiations, un seul est le Médiateur.

Le disciple ne peut vivre la mission à moitié, c’est toute sa vie qui s’y trouve engagée, cependant, gardons-nous de porter sur nos engagements chrétiens un regard qui prendrait pour normes les évaluations qui sont devenues courantes dans bien des vies professionnelles. Marqués par les références du « monde », par les évaluations professionnelles, par les performances en fonction desquelles une carrière pourra évoluer vers un mieux, nous pouvons considérer notre vie chrétienne de manière analogue. Or, là aussi se joue quelque chose de la différence chrétienne qui apprend à regarder le prix d’une vie selon d’autres critères que ceux d’une société de compétition.

Ainsi, lorsque les soixante-douze reviennent de mission, voici ce que le Seigneur leur déclare : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux » (Luc 10, 20).

C’est tout le chapitre 10 de saint Luc qui parle de la mission et des attitudes du missionnaire de l’Évangile. Les versets 25 à 37, la parabole du bon Samaritain, puis 38 à 42, la visite de Jésus chez Marthe et Marie, le font en révélant un des aspects du visage de Dieu, manifesté dans les actes de Jésus Christ : Dieu est toujours celui qui demande l’hospitalité.

Tels ces envoyés qui demandent à être accueillis dans les villes et villages où ils passent ; l’homme blessé au bord de la route auquel le Samaritain porte secours et conduit dans une auberge, et enfin tel le Christ demandant hospitalité à Marthe et à Marie.

Certes, l’hospitalité est une vertu, mais elle est dans ce chapitre manifestée comme une qualité divine.

Dieu ne force jamais la porte, il sollicite d’être accueilli. L’Apocalypse l’exprime de si belle manière : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Apocalypse 3, 20).

Telle l’attitude du Seigneur, telle celle du missionnaire : il sollicite l’hospitalité, il ne force aucune porte, aucune conscience – on saisit davantage encore, si cela était nécessaire, que les crimes sexuels commis par des membres du clergé et des religieux sont l’exact opposé de ce qu’ils sont appelés à vivre.

C’est vrai, le passé montre qu’il n’en fut pas toujours ainsi. À certaines époques, l’annonce de l’Évangile fut faite sans respect ni des libertés, ni des cultures. Pensons à la conquête des Amériques, à la colonisation de l’Afrique ; évangélisation et occidentalisation allaient de pair. Sans juger le passé à l’aune du présent, les erreurs et les fautes, pourtant, instruisent et préviennent. Ainsi, un des grands apports du concile Vatican II concerne l’inculturation ; le prochain synode romain consacré à l’Amazonie développe une telle approche.

L’Évangile ne s’impose pas, il se propose. Or, notre époque a ceci de nouveau que, même en Occident, et singulièrement dans les pays de l’Europe de l’Ouest, dont la France, les chrétiens doivent apprendre à ne pas se considérer comme « chez eux ».

Pendant des siècles, foi chrétienne, culture chrétienne, et vie de la cité se sont identifiés, c’est ce que l’on désigne par le nom de chrétienté. Désormais, pour la majorité de la population française, le christianisme paraît étranger, lointain, voire hostile.

Nous, catholiques, devons réapprendre à frapper aux portes, j’entends à solliciter d’être accueillis, non pas dans quelque pays lointain mais dans nos propres villes et villages. Nous devons proposer le Christ et l’Évangile à des personnes, parmi lesquelles les membres de nos familles, pour lesquelles le christianisme est perçu comme exotique.

Les chrétiens doivent se garder de penser et de vivre comme s’ils étaient partout « chez eux », tel Dieu lui-même qui se tient à la porte de chacun et n’entre qu’à la mesure où on l’y invite. Quelle délicatesse ceci demande-t-il ! Mais il en va de la véracité de l’Évangile et de la qualité de son annonce.

Cette lecture de l’Évangile de saint Luc offre opportunément quelques caractéristiques générales pour notre vie de missionnaires de l’Évangile ; pour l’année pastorale qui s’ouvre, c’est le synode diocésain qui oriente les accents de cette mission.

En novembre 2018, nous avons choisi de retenir deux visées du synode : « inventer le visage d’une Église en sortie » et « répondre aux attentes spirituelles de nos contemporains ».

Ces visées demeurent nos orientations générales. En effet, il avait été dit que nous les retenions pour au moins deux ans.

Cependant, pour l’année à venir, toujours inscrits dans ces deux visées, je propose que trois appels plus précis soient retenus, de manière à nous donner des repères plus nets et vérifiables dans leur mise en œuvre pour ce que nous allons continuer à entreprendre.

  • La lecture de l’Evangile (orientation n° 12).
  • Les jeunes (orientation n° 13).
  • L’écologie intégrale (orientation n° 5, 12, 13).

Ces trois appels donnent de la chair aux deux visées retenues ; ils peuvent également être des outils de relecture ou de réécriture des projets pastoraux des paroisses : nous avons besoin de nous doter d’objectifs précis, ciblés, qui peuvent plus aisément être mis en œuvre et évalués, au terme de l’année pastorale.

 

  • (Re)découvrir l’Évangile comme source de vie chrétienne

Annoncer Jésus Christ, vivre la mission, c’est avant tout connaître et dire sa Parole. Elle est le trésor de nos vies, notre compagne quotidienne, notre guide le plus sûr ; nous ne pouvons dès lors que nous sentir appelés à donner à la connaître et à l’aimer.

Nous ne pouvons plus penser qu’elle est un bien communément partagé.

La première mission d’un chrétien, c’est donc de lire, d’aimer et d’annoncer Jésus Christ dont l’Évangile est le témoin certain et fiable.

« L’ange du Seigneur adressa la parole à Philippe en disant : « Mets-toi en marche en direction du sud, prends la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. »
Et Philippe se mit en marche. Or, un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer.
Il en revenait, assis sur son char, et lisait le prophète Isaïe.
L’Esprit dit à Philippe : « Approche, et rejoins ce char. »
Philippe se mit à courir, et il entendit l’homme qui lisait le prophète Isaïe ; alors il lui demanda : « Comprends-tu ce que tu lis ? »
L’autre lui répondit : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » Il invita donc Philippe à monter et à s’asseoir à côté de lui.
Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Comme une brebis, il fut conduit à l’abattoir ; comme un agneau muet devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche.
Dans son humiliation, il n’a pas obtenu justice. Sa descendance, qui en parlera ? Car sa vie est retranchée de la terre.
Prenant la parole, l’eunuque dit à Philippe : « Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ? De lui-même, ou bien d’un autre ? »
Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus.
Comme ils poursuivaient leur route, ils arrivèrent à un point d’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau : qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? »
Il fit arrêter le char, ils descendirent dans l’eau tous les deux, et Philippe baptisa l’eunuque.
Quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur emporta Philippe ; l’eunuque ne le voyait plus, mais il poursuivait sa route, tout joyeux. » Actes 8, 26-39.

Alors que nombre de nos contemporains sont tels le serviteur de la reine d’Éthiopie, lisant ou écoutant sans comprendre, nous ne pouvons nous contenter de le constater. Tel le diacre Philippe, nous devons lire ensemble l’Écriture et y découvrir, non d’abord des règles de comportement ou des normes, mais les manières dont Dieu est présent à chaque vie.

Ceci a déjà été exprimé : chacune de nos rencontres doit être ouverte par un temps de lecture méditée de la Bible. Je pense ici à une lecture gratuite du texte : il ne s’agit pas d’y rechercher des indications immédiatement applicables, mais d’entendre ce que Dieu révèle tant de lui-même que de notre existence, dans sa profondeur. Cette lecture aide à s’inscrire dans le temps : l’expérience démontre que les fruits que porte la Bible naissent parfois longtemps après la lecture ou l’audition d’un texte.

Ensuite, il revient à chaque paroisse, chaque communauté locale, chaque groupe de trouver par quelles formes il peut proposer la découverte de la Bible.

Maison d’Évangile, B’Abba, Alpha, groupe biblique, etc. Les chemins sont multiples et les outils, diocésains ou autres, ne manquent pas. Nombre de communautés locales et de paroisses proposent déjà ces chemins ; partager les expériences est toujours enrichissant et stimule les nouvelles initiatives.

Les services diocésains du pôle formation, en particulier ceux de la formation et de la vie spirituelle vont accompagner et soutenir vos initiatives. Ils ont ainsi élaboré un module « Ouvrir la Bible ». Sous formes de fiches, il propose des outils simples aidant à la découverte et à la lecture des Écritures saintes.

« Chaque jour devrait commencer par la méditation de l’Écriture. Avant que nous ne rencontrions des êtres humains, c’est Christ que nous devons rencontrer. Avant de rien décider, c’est sa décision qui doit nous précéder. Cette méditation de l’Écriture est un véritable travail et non une rêverie. Il ne s’agit pas de formuler de nouvelles et grandes pensées, mais de l’écoute simple des anciennes pensées à mettre en mouvement et à garder dans son cœur. Nous n’avons pas le droit de prétendre que quelque chose en particulier intervienne dans la lecture priante. Nous n’en attendons pas d’illumination ou d’expériences particulières. Nous n’avons qu’à accomplir ce service. Dieu veut que sa Parole soit lue et priée. Nous lui confions ce qu’Il en fera. Que le pasteur soit en cela seulement fidèle et obéissant. »  Dietrich Bonhoeffer, La parole de la prédication. Cours d’homilétique à Finkenwalde. Labor et Fides, 1992, p. 48.

Il est opportun de reproduite ici le texte de l’orientation n° 12 ; il doit servir de repère et de critère pour les choix pastoraux de l’année qui s’ouvre ; il doit être privilégié dans l’ensemble des orientations pastorales et projets pastoraux.

On lira aussi avec profit les numéros 222 et 223 des Actes synodaux.

ORIENTATION 12

  • (Re)découvrir la Parole de Dieu comme source de vie chrétienne
  • L’Écriture est source de vie. Nous voulons encourager chacun, individuellement et en communauté, à en faire l’expérience.
  • Quelques propositions pour aller en ce sens…
  • Encourager et accompagner des groupes de lecture de la Parole de Dieu : ceux qui lisent un Évangile en continu, se réunissent autour des textes liturgiques du dimanche, les Maisons d’Évangile…
  • Proposer des outils simples et diversifiés de lecture de la Parole de Dieu et promouvoir ceux qui existent déjà (par ex. dans les Guides de travail).
  • Proclamer la Parole de Dieu à chaque rencontre pastorale et en favoriser le partage.
  • Apprendre à prier à partir des Écritures.

 

  • Reconnaître toute leur place aux jeunes

Vous savez le titre et le thème du synode : Avec les générations nouvelles, vivre l’Évangile. Ce titre a suscité quelques compréhensions tronquées du synode, conduisant à le regarder comme un synode consacré aux jeunes ; il n’est pas besoin de revenir ici sur le sens de l’expression « générations nouvelles ».

Pourtant, ces compréhensions réductrices ne peuvent être taxées d’erronées : parmi les orientations du synode, les jeunes ont toute leur place ; en tout cas, ils doivent, avec la Parole de Dieu, avoir une place privilégiée dans nos choix pastoraux.

De même que pour le paragraphe précédent, il convient que les choix, de projets, de temps, de finances, privilégient des actions pour et avec les jeunes. Déjà le pôle diocésain des jeunes a élaboré un projet diocésain qui entend mettre en œuvre les appels du synode ; des appels ont aussi été adressés pour que de nouveaux acteurs s’engagent pour cette mission.

Le projet diocésain peut être un appui pour les paroisses, les communautés, les groupes, leur permettant que leur propre projet décline cette priorité aux jeunes.

Pour ma part, c’est toujours avec joie et intérêt que je participe aux événements locaux et diocésains destinés aux jeunes. J’y suis toujours admiratif des adultes, jeunes et moins jeunes, qui, tout au long d’une année, se dévouent à ces jeunes, travaillent avec eux à organiser tel événement, et sont à leur écoute.

Tout ceci, loin d’être un poids, des « choses à faire », nourrit la foi et donne forme à notre vocation missionnaire.

Cependant, s’il s’agit d’accompagner les jeunes, il convient bien davantage de montrer, par nos attitudes, qu’ils ont toute capacité à prendre la parole et à s’engager, ainsi que le souligne le pape François dans les lignes qui suivent. Le projet pastoral du pôle diocésain des jeunes n’a pas été écrit « pour eux », ils en sont les premiers auteurs, et pas simplement les destinataires. Cette attitude doit prévaloir dans les paroisses, les mouvements, les groupes divers.

Au sujet des jeunes, comment ne pas inviter à lire l’exhortation apostolique du pape François qui conclut le synode romain d’octobre 2018 consacré aux jeunes et aux vocations : Christus vivit. En voici quelques courts passages.

Je le souligne, ce texte parle aussi des vocations. Il est alors pour nous tous un appel à ce que cette réalité, dans ses diverses formes, soit aussi présente, ordinairement, simplement, dans les propositions destinées aux jeunes. Faire résonner les appels de Dieu à vivre et à annoncer l’Évangile, appeler à la mission, c’est toujours, en même temps, dire les expressions concrètes que peut prendre la mission dans la vie de chacun, c’est parler de la diversité des vocations.

« Si, pour beaucoup de jeunes, Dieu, la religion et l’Eglise semblent des mots vides, ils sont sensibles à la figure de Jésus, lorsqu’elle est présentée de façon attrayante et efficace. C’est pourquoi il est nécessaire que l’Eglise ne soit pas trop attentive à elle-même mais qu’elle reflète surtout Jésus Christ. Cela implique qu’elle reconnaisse avec humilité que certaines choses concrètes doivent changer, et que pour cela il faut aussi prendre en compte la vision, voire les critiques des jeunes. » Christus vivit, n° 39.

« Je tiens à souligner que les jeunes eux-mêmes sont des agents de la pastorale de la jeunesse, accompagnés et guidés, mais libres de rechercher de nouveaux chemins avec créativité et audace. » Christus vivit, n° 203.

« Aujourd’hui la plupart des jeunes sont difficilement attirés par ces programmes pastoraux. La pastorale des jeunes doit acquérir une autre flexibilité, et réunir les jeunes pour des événements, des manifestations qui leur offrent chaque fois un lieu où ils reçoivent non seulement une formation, mais qui leur permettent aussi de partager leur vie, de célébrer, de chanter, d’écouter de vrais témoignages et de faire l’expérience de la rencontre communautaire avec le Dieu vivant. » Christus vivit, n° 204.

 « La pastorale des jeunes doit toujours inclure des temps qui aident à renouveler et à approfondir l’expérience personnelle de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ vivant. Cela se fera par divers moyens : des témoignages, des chants, des moments d’adoration, des espaces de réflexion spirituelle avec les Saintes Écritures, et même par diverses incitations à travers les réseaux sociaux. Mais jamais cette joyeuse expérience de rencontre avec le Seigneur ne doit être remplacée par une sorte “d’endoctrinement”. » Christus vivit, n° 214.

« Je vous demande d’être révolutionnaires, je vous demande d’aller à contre-courant ; oui, en cela je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui, au fond, croit que vous n’êtes pas en mesure d’assumer vos responsabilités, elle croit que vous n’êtes pas capables d’aimer vraiment » (Rio, 28 juillet 2013). J’ai confiance en vous, et pour cela je vous encourage à opter pour le mariage. » Christus vivit, n° 264.

« Dans le discernement d’une vocation, il ne faut pas exclure la possibilité de se consacrer à Dieu dans le sacerdoce, dans la vie religieuse ou dans d’autres formes de consécration. Pourquoi l’exclure ? Sois certain que, si tu reconnais un appel de Dieu et que tu le suis, ce sera ce qui te comblera. » Christus vivit, n° 276.

Certainement que peu de jeunes liront cette lettre pastorale dans cette forme, leur accès à la lecture et à la réflexion passe par d’autres vecteurs, le plus souvent électroniques.

Vous qui me lisez et êtes donc plus âgés, comme je le suis, je me permets de vous inviter à accepter que celles et ceux qui sont acteurs de la mission au milieu de vous, prêtres, diacres, ministères reconnus, surtout lorsqu’ils sont plus jeunes, vous consacrent moins de temps pour être davantage auprès des jeunes.

Nous le savons, tel est le chemin privilégié de l’Évangile, il est celui des rencontres. Comment donner priorité aux jeunes sans y consacrer le temps nécessaire ?

ORIENTATION 13

Accompagner les jeunes générations dans leur recherche du sens de leur vie

Beaucoup de jeunes aujourd’hui disent leur difficulté face à l’avenir : leur orientation scolaire et/ou professionnelle, les choix qu’ils ont à poser pour leur vie personnelle sont souvent des étapes délicates voire douloureuses. Même s’ils gardent fondamentalement confiance en l’avenir et en leur capacité, beaucoup cherchent à se structurer intérieurement et à mieux connaître la diversité des vocations. Il s’agit d’aider à progresser dans la foi comme recherche, sans se durcir.

Quelques propositions pour aller en ce sens…

  • Honorer les questions vocationnelles lors des temps forts diocésains par des témoignages, des échanges, des enseignements. Que chacun puisse réfléchir à son projet de vie et exprimer ses attentes et son espérance. Que, par le partage, les plus assurés puissent encourager les plus hésitants.
  • Promouvoir une pastorale scolaire (collèges et lycées) qui soutienne et accompagne les choix d’orientation et de vie à la lumière de l’Évangile.
  • Favoriser les rencontres entre générations afin que les anciens puissent partager leur expérience, proposer leur écoute, dire leur fidélité et entendre ce que les plus jeunes cherchent et désirent.

Je me permets d’ajouter au texte synodal – il invite à le faire – (en mentionnant) les mouvements de jeunes, par exemple, les scoutismes, le MEJ, la JOC, etc. Pour beaucoup ils sont des lieux qui leur sont adaptés, où ils sont éduqués à prendre des responsabilités. Mouvements de laïcs, dans leur encadrement et dans leurs membres, ils permettent de s’initier et de mettre en œuvre la plénitude de la vocation baptismale.

  • Développer des pratiques d’écologie intégrale

Nos générations sont celles de la découverte des conséquences d’une exploitation irraisonnée de la planète et de ses ressources.

Cette prise de conscience peut conduire à une forme de désespérance quant à l’humanité elle-même : n’est-elle capable que d’exploiter et de détruire ? Certains en viennent à penser que le caractère exponentiel des dérèglements (climats, diversité biologique, déforestation, etc.) serait tel que l’avenir même de la planète serait en cause, et ce à relativement court terme.

Le risque est alors de baisser les bras, de ne plus rien attendre de bon de l’humanité. La tentation du désespoir se mesure à l’aune de la tentation de l’orgueil et de la toute-puissance des siècles précédents qui ont vu, surtout l’Occident, puiser sans compter dans les ressources naturelles.

Une prise de conscience est toujours salutaire, mais à la mesure où elle éveille des énergies.  Certainement que nous, chrétiens, avons, à notre mesure, à être porteurs d’espérance, mais en posant, dans le même temps, des actes concrets qui expriment nos engagements.

Là aussi, nous sommes disciples-missionnaires, nous mettant à la suite de celui qui se fait Serviteur, Jésus Christ, qui sans cesse espère en chacun, et en même temps l’appelle et l’envoie.

La mission des chrétiens porte, certes, sur la personne du Seigneur, sur l’Évangile, mais cette mission doit aussi aider à saisir la parole et le regard de Dieu sur la création et sur l’humanité. L’écologie n’est pas uniquement une éthique, elle est une expression d’un regard de foi sur tout le créé.

Dès lors, la préoccupation pour l’écologie intégrale ne concerne pas seulement quelques spécialistes ou bien un champ bien spécifique de l’existence : « tout est lié » rappelle sans cesse le pape François. A l’opposé d’une attitude de puissance et de domination, la foi chrétienne appelle à d’abord se soucier de ce qui est fragile, dont bien entendu la vie humaine, lorsqu’elle est en souffrance, de fait d’une maladie, à l’approche de la fin de vie, et jusqu’au migrant dépouillé de tout.

L’écologie, qualifiée d’intégrale, autrement dit qui prend en compte et la création et les créatures, introduit également dans un nouveau rapport au temps. En effet, les choix que nous faisons aujourd’hui, pour limiter l’empreinte-carbone, développer une agriculture durable et de nouveaux modes de consommation, etc., ne porteront de fruits que dans, souvent, plusieurs dizaines d’années. Alors que l’immédiateté préside nombre de comportements, cette inscription dans le temps long, au-delà du temps de sa propre existence terrestre, soutient une forme de résistance à des impératifs qui altèrent les capacités de réflexion, de décision et la liberté.

Un critère d’attention porte sur la qualité de ce que nous vivons et entreprenons ; ce critère peut aussi conduire à opérer certains choix, bien concrets.

Ainsi – je prends l’exemple de notre immobilier, souvent hérité d’une époque où il nous fut nécessaire – plutôt que de conserver des immeubles, des salles, des locaux, qui ne servent qu’occasionnellement, et que l’on ne peut entretenir, ni rénover, ni surtout mettre aux normes d’accessibilité et d’environnement, qui engendre souvent des coûts importants (entretien, chauffage, éclairage, etc.) il est bien préférable de nous séparer de tel bien, voire de le mettre en location, pour disposer de locaux plus adaptés, mais aussi plus accueillants, plus beaux mêmes (le beau ne coute pas plus cher que le laid !). Pour cela, il faut cependant se défaire de cet impensé selon lequel les murs seraient un critère d’activité : des murs où rien ne se vit sont une illusion et une charge ; ils ne répondent pas à leur vocation : être de simples outils au service de l’essentiel : la vie et la rencontre.

Vous le constatez, même si l’écologie intégrale concerne l’ensemble de nos comportements et de nos activités, elle fournit des repères de choix très opératoires.

Comme pour l’orientation précédente, celle-ci peut vous conduire à lire ou à relire la Lettre encyclique du pape François Laudato si’. Elle demeurera sans doute un des grands textes de l’actuel pontificat.

« S’il est vrai que, parfois, nous les chrétiens avons mal interprété les Ecritures, nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte, avec une herméneutique adéquate, et de se souvenir qu’ils nous invitent à  »cultiver et garder » le jardin du monde (voir Gn 2, 15). Alors que  »cultiver » signifie labourer, défricher ou travailler,  »garder » signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature » Laudato si’ n° 67.

« Le sentiment d’union intime avec les autres êtres de la nature ne peut pas être réel si en même temps il n’y a pas dans le cœur de la tendresse, de la compassion et de la préoccupation pour les autres êtres humains […].

Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l’environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagement constant pour les problèmes de la société » Laudato si’ Laudato si’ n°91.

« Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature » Laudato si’ n° 139.

« La disparition de l’humilité chez un être humain, enthousiasmé malheureusement par la possibilité de tout dominer sans aucune limite, ne peut finir que par porter préjudice à la société et à l’environnement. Il n’est pas facile de développer cette saine humilité ni une sobriété heureuse si nous nous rendons autonomes, si nous excluons Dieu de notre vie et que notre moi prend sa place, si nous croyons que c’est notre propre subjectivité qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mauvais » Laudato si’ n° 224.

Avec d’autres Églises chrétiennes, l’Église catholique a formulé des propositions très concrètes pour aider des groupes, des paroisses, des diocèses, à inscrite dans leurs comportements des choix qui mettent en œuvre une écologie intégrale. Il s’agit de ce que l’on dénomme « l’Église verte ».

Les critères proposés sont à la fois généraux et précis ; ils peuvent être différemment déclinés selon les lieux, urbains ou ruraux. De plus, notre diocèse, rural avant tout, devrait être plus attentif aux enjeux de ces territoires : agriculture, modes de vie, déplacements, etc.

J’ajoute que, comme le pape le souligne dans un des extraits rapporté plus haut, c’est la lecture de la Bible, singulièrement du livre de la Genèse, qui doit être faite à la lumière des prises de conscience de notre époque.

Enfin, j’informe que la session diocésaine de théologie, les vendredi et samedi 14 et 15 février 2020, sera consacrée à la théologie de la création et à l’écologie.

ORIENTATION 5

Convertir les communautés à une écologie intégrale

Dans l’encyclique Laudato si’, le Pape François nous appelle à préserver la Création, car elle est don de Dieu aux hommes. Ce faisant, nous contribuons à mettre en cause la toute-puissance et voulons œuvrer pour la paix en rendant possible la vie des générations futures.

Quelques propositions pour aller dans ce sens…

  • Recevoir l’encyclique Laudato si’ en interrogeant et modifiant nos pratiques. Le pôle « Charité, Familles et Société » veillera à ce point.
  • Modérer l’impact de nos activités diocésaines et paroissiales sur l’environnement à travers des gestes simples : recyclage, utilisation de matériels écologiques et durables, dématérialisation, etc. Là où cela est jugé opportun, une personne référente pourra spécifiquement prendre en charge ce travail.
  • Mettre en œuvre des solutions de mobilité douce ou qui permettent de modérer l’empreinte écologique de nos déplacements : covoiturage, transports collectifs, etc.
  • Un label « Église verte » permet de mesurer l’impact écologique de sa communauté et/ou de sa paroisse. Encourager les communautés et/ou paroisses qui le souhaitent à adopter cette démarche : https://www.egliseverte.org (ex. paroisse St Jacques des Hauts de Poitiers).
  • Proposer, à l’occasion de dates spécifiques (Journée de la Terre, Fête de Saint-François d’Assise), des temps de réflexion ou de sensibilisation, en s’appuyant sur Laudato si’, et sur les mouvements qui ont développé une expertise sur ce thème (et notamment Justice et Paix, Pax Christi, Scouts et Guides de France, CCFD-Terre solidaire…).
  • Faire connaître les engagements sociaux des chrétiens aux membres de la communauté.
  • Travailler spécifiquement la question de l’eau dans les deux départements du diocèse. Les mouvements apostoliques de la pastorale rurale, avec d’autres associations, pourraient faire profiter de leurs expériences, de leurs réflexions et de leurs engagements les paroisses, les groupes et les personnes.

Frères et Sœurs, entrons pleins d’enthousiasme dans la nouvelle année pastorale. Elle sera faite de fidélités, de surprises, d’engagements nouveaux.

Avant tout qu’elle soit pour chacun une suite aimante et dynamique du Seigneur, heureux de notre vie chrétienne, réjouis de la partager avec des frères et des sœurs, ardents pour la mission.

Cette lettre est publiée à quelques jours du mois missionnaire extraordinaire voulu par le pape François. Ce temps, auquel donne écho la lettre pastorale, signifie que la mission est notre œuvre à chacun et que, c’est d’abord ici, chez nous, que nous sommes des missionnaires.

J’invite enfin à reproduire et utiliser la prière proposée pour le mois missionnaire :

Notre Père,

Ton Fils Unique Jésus-Christ
ressuscité d’entre les morts

a confié à Ses disciples le mandat
d’« aller et de faire des disciples de tous les peuples ».

Tu nous rappelles que par le baptême
nous participons tous à la mission de l’Église.

Par les dons de Ton Saint-Esprit,
accorde-nous la grâce d’être des témoins
de l’Évangile, courageux et ardents,

pour que la mission confiée à l’Église,
encore bien loin d’être réalisée,

puisse trouver des expressions nouvelles et efficaces
qui apportent au monde la vie et la lumière.

Aide-nous à faire en sorte que tous les peuples
puissent rencontrer l’amour salvifique
et la miséricorde de Jésus-Christ,

notre Seigneur et notre Dieu,
qui vit et règne avec Toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
aujourd’hui et pour les siècles des siècles.

Amen.