Mgr Wintzer : l’été, une saison pour voir de (parfois) bons films

Chaque année un certain temps sépare la projection des films au festival de Cannes de leur sortie en salle. Cette année, plusieurs des films furent visibles dès la fin du festival, je cite en particulier Parasite du coréen Bong Joon-Ho qui obtint la Palme d’or ; un film certes brillant dans son écriture et sa réalisation mais qui ne marquera sans doute pas l’histoire du cinéma en raison d’un aspect trop mécanique et répétitif. Douleur et gloire de Pedro Almodovar, à mon avis trop complaisant et autocentré, alors qu’Almodovar a si bien su se libérer de lui-même lorsqu’il regardait les autres, et enfin, Le jeune Ahmed, meilleur film de cette première salve, grâce à une mise en scène sobre, au service des personnages et, comme toujours chez les frères Dardenne, espérant en eux.

Depuis la mi-août, une deuxième livraison réjouira les cinéphiles. Bien entendu, il y a le film de Quentin Tarantino Once upon a time… in Hollywood. Amoureux du cinéma d’hier, dans son écriture et ses techniques – avant le numérique, Tarantino peut cependant décevoir, non pas tant par la violence de la fin du film, graphique et habituelle chez lui, mais par un scénario quelque peu paresseux. Les relations d’un acteur, sur le retour, et de sa doublure-cascade, sont comme souvent marquées par des images travaillées et des dialogues léchés, cependant, on peine à s’intéresser à ces personnages vides et vains, comme le sont beaucoup des « héros » tarantinesques. D’autres de ses films équilibraient ceci par un scénario plus construit. Cet « Hollywood » est plutôt à ranger parmi les plus faibles de ses films, avec Inglourious Basterds et Les huis salopards. Revoyez plutôt Kill Bill, la première partie.

Il en va tout autrement de deux autres œuvres cannoises visibles actuellement sur les écrans. D’abord Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin. Si le réalisateur retrouve un Nord qui lui est familier, son monde est bien différent de celui de la plupart de ses films. Ici, on suit le commissaire Daoud, excellent Roschdy Zem, avec les policiers qu’il dirige, dans leur travail ordinaire : violences familiales, trafics divers, meurtre également… expressions d’une ville enkystée dans la misère et l’échec. Daoud, homme seul et taiseux, mais cependant jamais désabusé, espérant même et faisant… ce qu’il peut.

Pour les habitués et amateurs de Desplechin, son film sera déroutant ; il fait penser aux films de Pialat et à certains Tavernier (L 627, Ça commence aujourd’hui) ; cependant, la finesse du regard, habituelle chez ce metteur en scène, s’exerce au bénéfice de chacun des protagonistes. Ceux-ci pourraient être caractérisés par le vide existentiel et moral, pourtant, à la différence d’un Tarantino, voire des frères Cohen, refusant le rire et l’ironie, Desplechin cherche toujours à comprendre, et ouvre ainsi un chemin pour, sinon aimer, du moins aider.

Enfin, je recommande Une grande fille de Kantemir Balagov.

Projeté dans la section « Un certain regard », ce film y obtint le prix de la mise en scène ; un prix pleinement justifié : le film est remarquable par ses images et ses couleurs, fruits d’un travail exceptionnel. Mais il faudrait aussi mentionner les deux actrices principales, magnifiques : Viktoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina, elles campent deux femmes détruites par la seconde guerre mondiale. Dans une Leningrad, certes victorieuse de l’Allemagne nazie, tout est détruit, les âmes et les corps, on ne peut que chercher à survivre ; alors, à quoi bon une vie naissante ? à quoi bon une vie handicapée… l’une et l’autre ne peuvent qu’être éliminées. On vous dit que ceci se passe en 1946 !

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers