Que souhaiter pour les catholiques français en 2019 ?

Par Mgr Pascal Wintzer

Je souhaite que 2019 voit les catholiques, et les évêques qui sont aussi des leurs, parler de l’Evangile et moins de pédophilie.La première raison en sera qu’il n’y aura pas d’enfants abusés par des prêtres ou des religieux, c’est cela qui est intolérable. S’il m’arrive d’éprouver de la lassitude à entendre parler de ce sujet dans nombre de réunions d’évêques, je dois cependant ne jamais oublier que celle-ci, et le poids psychologique et spirituel qu’elle occasionne, est peu de chose au regard de ce qu’ont subi, et dont ils portent encore la blessure, les enfants et les adultes qui ont été victimes d’un abus.

J’ajoute que j’aimerais que ma parole publique d’évêque se concentre sur l’Evangile, sur la beauté des êtres humains et du monde, sur le dynamisme de la mission et moins sur les turpitudes réelles ou supposées commises des clercs.J’ai le sentiment, peut-être erroné, que nous sommes passés d’un excès à un autre : hier, certains ont cherché à protéger l’institution en taisant des délits et des crimes, en ne protégeant pas des victimes ; aujourd’hui, aussi pour protéger l’institution, pour la montrer intraitable, on risque de trop vite stigmatiser des prêtres ou des religieux. Ils le sont déjà par l’opinion, des humoristes, voire des insultes sur la voie publique… c’est plutôt la confiance et l’estime qu’ils attendent de leurs évêques. Puis-je écrire que j’aimerais que le quotidien qui publiera peut-être cette tribune montre un peu de retenue dès qu’un fait de suspicion se fait jour ?Tant que des faits ne sont pas avérés, peut-on faire peser un soupçon quelconque sur qui que ce soit, prêtre ou autre ? J’ajoute qu’en France, les cas qui ont été sanctionnés touchaient des individus, il n’y a pas eu de système organisé visant à protéger voire à encourager ces pratiques déviantes et criminelles. Toujours il faut tenir au principe de la responsabilité personnelle, il est un élément fondamental tout à la fois du Droit français et de la Bible.

Même si la loi leur enjoint de porter à la connaissance de la justice des faits qui leur sont rapportés, il ne revient pas aux évêques d’enquêter sur leur véracité, ceci relève de la police et de la justice ; je sais que ces institutions peuvent diligenter une enquête qui restera totalement secrète tant que des faits allégués n’auront pas été démontrés, et surtout qualifiés dans leur gravité éventuelle, elles savent les méfaits produits par des soupçons rendus publics ; il n’y a rien de pire que d’accrocher au dos de quelqu’un ou sur son visage un soupçon, quel qu’il soit. S’il s’avérait que l’évêque, et je n’engage que moi dans ces lignes, n’avait pas agi aussi rapidement qu’il l’aurait dû, et de ce fait qu’il aurait pu laisser des victimes en danger, il devra assumer cela, devant la justice si c’est répréhensible, devant ceux pour lesquels il exerce sa mission. Est-ce si terrible de reconnaître que l’on n’a plus la capacité d’exercer de bonne manière sa charge ? Que l’on a perdu une certaine confiance de la part de ses diocésains ? Cependant, ici également, il faut à tout prix résister aux sirènes qui jettent l’opprobre, bien rapidement, sur quelqu’un, fut-il évêque.

Ces réflexions me conduisent à penser qu’il faudrait remettre en cause une conception « mondaine » de l’épiscopat, tout ce qui conduit à voir celui-ci comme une récompense ou bien l’aboutissement d’une « carrière » ; après avoir été évêque d’une petite ville, on le sera d’une plus grande, puis on sera archevêque, et ainsi de suite…L’épiscopat est un sacrement, il marque de la plénitude du sacrement de l’ordre, mais il est aussi un service. Tout comme, au-delà de soixante-quinze ans, un évêque le demeure, même s’il est en retraite – on peut désormais le dire d’un pape, depuis le renoncement de Benoît XVI – ne peut-on envisager, et pas seulement du fait d’une perte de confiance, voire d’une faute, qu’un évêque, après un certain nombre années d’exercice de ce ministère, puisse remplir un autre service où il n’aurait plus la juridiction sur un diocèse : formateur, missionnaire, directeur spirituel, prédicateur, aumônier d’hôpital, etc.

L’évêque reçoit la mission de veiller sur tous ceux qui lui sont confiés, les uns ont pour lui autant de prix que les autres : les enfants, les familles, les consacrés, et aussi les prêtres.

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
Le 1er janvier 2019

 

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