Gilets jaunes: nous sommes tous responsables du dialogue.

Christian Genre, pôle communication.

A la veille de la quatrième journée des gilets jaunes, Mgr Pontier, président de la Conférence des Évêques de France s’exprime dans un communiqué de presse du 6 décembre.

Vous trouverez également un écrit de Mgr Wintzer daté du 7 décembre qui s’interroge sur l’après …

A la veille d’une 4ème journée de mobilisation nationale, Mgr Wintzer s’interroge sur l’après…

Vendredi 7 décembre 2018

Combien de fois avons-nous vu s’effondrer les tours du World Trade Center ? De même les images des violences perpétrées à Paris et ailleurs en France tournent en boucle sur les écrans… et dans nos esprits. Les images violentes fascinent et sidèrent, elles rejoignent la « pulsion de mort » tapie au plus profond. Certes, elles disent des faits et un présent, mais empêchent d’inscrire un événement dans le temps. Or, il y a eu un en-deçà de la colère et de la violence, et il y aura un au-delà, après-demain, dans une semaine, plus tard…

L’en-deçà de la violence et de la colère ce sont les fractures qui défont la société française et divisent sa population. Ce sont aussi tous ces objets sans cesse proposés à notre convoitise : pendant que les gilets jaunes campent sur les ronds-points et que brûlent des voitures, la publicité pour la nouveau smartphone ou le parfum dernier-né ne cessent d’être diffusées. Le besoin et le manque que cela entretient exacerbent les frustrations. On ne saurait cependant réduire à cela et à la seule demande de l’augmentation des revenus, dont le but serait l’acquisition de nouveaux objets, les motivations des manifestants : l’attente de reconnaissance et de considération est bien plus décisive.

Il y aura un au-delà, mais celui-ci ne sera juste et durable qu’à la mesure où il apporte des réponses précises et concrètes aux souffrances et aux colères. Cet au-delà doit interroger dans leurs pratiques ceux qui exercent une responsabilité : celle-ci ne peut se mettre en œuvre qu’en prenant en compte le temps et la concertation.

Bien entendu qu’il faut réformer, soi-même comme le pays, c’est la vie, mais on ne peut le faire sans ceux qui sont concernés, c’est le principe de la subsidiarité.

De plus, même si ce qui n’a pas été fait hier appelle à l’action résolue, le critère de l’urgence n’est pas opératoire : lorsque tout devient urgent, rien ne l’est vraiment.

Un homme, un quinquennat, ne peut penser tout faire en seulement quelques années ; il y a eu des prédécesseurs, qui n’ont pas été sans agir, et il y aura des successeurs qui eux aussi agiront.

Le rapport au temps et à soi-même, à l’image que l’on a de soi-même, déterminent la mise en œuvre, ou non, de la subsidiarité et de la concertation.

Déniant à quiconque d’être leur représentant, les gilets jaunes signifient l’attente d’une concertation où chacun est pris en compte dans sa qualité de citoyen de plein droit. On ne fera cependant pas l’économie d’une interrogation portant sur les modalités des représentations sans lesquelles la décision et l’action seront vite impossibles.

           Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers.

Vous pouvez retrouver ici son texte déjà publié sur notre site « N’oublions pas l’espace ».

N’oublions pas l’espace…

NOUS SOMMES TOUS RESPONSABLES DU DIALOGUE

Notre pays est secoué depuis plusieurs semaines par des manifestations importantes
de personnes exprimant leur souffrance et leurs peurs. Des changements profonds qui
marquent notre société, des choix politiques mal compris accentuent le sentiment
d’exclusion. Cette crise montre à l’évidence un déficit d’écoute et de dialogue dans
notre pays, des ruptures et des incompréhensions que vivent beaucoup de nos
concitoyens, une méfiance croissante dans toute institution et la perte de confiance
dans les corps intermédiaires.

Nous sommes témoins des violences qui ont émaillé les manifestations de ces
dernières semaines. Elles ne mènent à rien et ne peuvent être en aucun cas un mode
d’expression du malaise ressenti. Nous les condamnons sans réserve. Aujourd’hui,
nous appelons chacun à assumer ses responsabilités et à accepter les voies de dialogue qui sont possibles pour que les choix nécessaires puissent être assumés dans le respect de chacun. Nous redisons que la solidarité doit être au cœur des relations humaines,tout spécialement vis-à-vis des plus fragiles. Seul, un dialogue courageux et constructif pourra contribuer à la recherche du bien commun.

J’appelle les catholiques à porter notre pays dans la prière en ce temps où nous
attendons la venue du Prince de la Paix et à être chacun, là où il est, artisan de ce
dialogue respectueux de l’autre.

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille
Président de la Conférence des évêques de France