« Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. »

Pôle communication.

Pâques 2019

Aujourd’hui, nous sommes au premier jour, non pas simplement le premier jour de la semaine, mais le premier jour, celui où tout commence, où tout recommence.

Cette nuit, dans l’obscurité, nous avons réentendu le premier chapitre de la Genèse, le récit de la création ; ce matin, même si nous célébrons la messe presque à midi, à la pleine clarté du soleil, au matin de Pâques, tout est encore plongé dans l’obscurité.

Lorsque Marie-Madeleine se rend au tombeau, c’est de grand matin, « c’était encore les ténèbres » vient de préciser l’Evangile.

Il faut donner à ce mot toute sa force ; les ténèbres sont celles du monde avant la création, et ce sont aussi les ténèbres du monde plongé dans la mort et le péché.

Le matin de Pâques est l’heure de la sortie des ténèbres, l’heure d’un passage vers la lumière, mais un passage lent, timide.

Marie-Madeleine ne sait pas… les disciples n’avaient pas compris… les interrogations parsèment les récits de la résurrection.

Et cependant, cette lente quête, toutes ces questions ne stoppent pas les disciples dans leurs déplacements.

Avez-vous noté que tous les protagonistes de cette scène courent ?

C’est Madeleine qui court trouver les disciples pour leur dire ses questions.

Ensuite ce sont Pierre et l’autre disciple qui courent vers le tombeau, l’un distance l’autre, mais il l’attend cependant avant d’entrer dans le tombeau.

Il y a comme une contradiction entre l’incertitude quant à ce qui se passe et la course des disciples.

Sans doute que si l’incertitude peut couper les énergies, elle peut aussi les décupler, et il en est ainsi au matin de Pâques.

Parce qu’on ne se satisfait pas des questions, vite, il faut chercher, découvrir peut-être, comprendre éventuellement.

La rapidité dans les mouvements, la course des uns et des autres, signalent que, ce matin de Pâques, survient comme une césure temporelle ; quelque chose de neuf, d’inédit commence.

Déjà la même chose s’était passée au moment de la naissance de Jésus ; les récits de l’Evangile de la nativité insistent déjà sur les déplacements et la rapidité de ceux-ci.

A Pâques, il en est de même.

Oui, il y du nouveau, un nouveau d’une nouveauté absolue, à laquelle nul ne pouvait s’attendre.

Comme la naissance de Jésus sonnait la fin du temps de l’attente, la résurrection du Seigneur réalise et communique cette nouveauté à chacun.

Pourtant, rien n’avait préparé les disciples à cela.

C’est vrai, la Bible rapporte des retours à la vie, Jésus en a opérés. Pensons à Lazare bien entendu.

Mais rien de commun avec ce qui se passe ce matin de Pâques.

Jésus n’est pas sorti du tombeau entouré de bandelettes, comme Lazare : le tombeau est vide et les linges et le suaire se trouvent à l’intérieur de ce tombeau.

Le tombeau vide, c’est bien entendu le signe que celui qui s’y trouvait n’y est plus, c’est le signe que le lieu de la mort est vide, et définitivement vide.

Comme Marie-Madeleine et les disciples, désormais la vie court, la vie ne peut plus être arrêtée.

Il y a comme une forme d’urgence au matin de Pâques, mais la course peut revêtir plusieurs significations.

Bien sûr la course peut être une vaine agitation, ne produisant rien sinon son propre mouvement.

A Pâques, il n’en est pas ainsi.

D’abord la course de Madeleine et des apôtres est une quête, une recherche, ils veulent apaiser leurs doutes, leurs questions, chercher des réponses.

Mais courir, on le fait aussi pour annoncer ce qui a changé sa vie ; c’est ce qui va se passer dans cinquante jours, au terme du temps pascal, après la Pentecôte : ce que nous avons vu, nous ne pouvons le taire : Christ est ressuscité.

L’important, c’est donc de courir, soit pour chercher, soit pour annoncer.

A l’opposé, il y a la paralysie, la sidération, l’absence de toute énergie, pour le dire d’un mot, la mort.

Or, la mort est morte, la vie est sortie du tombeau.

Peut-être est-ce la seule chose à dire et à redire sans cesse en ce jour de Pâques.

Bien sûr, il y a des inquiétudes qui marquent nos vies, notre pays aussi avec ces troubles qui semblent ne jamais devoir se terminer.

Il y a aussi ces crimes qui ont été commis dans l’Eglise catholique par des membres du clergé.

Oui, on peut s’en sentir accablés ; ceci peut conduire au mutisme ; les prêtres, les évêques, vous peut-être, avons-nous encore le droit de prendre la parole ?

Jeudi Saint, nos pieds ont été lavés, libérés pour la course et la mission ; cette nuit, nous avons été replongés dans l’eau du baptême… rien ne saurait éteindre la mission.

Et ce jour de Pâques désigne cette mission, la première, la principale, peut-être même la seule : annoncer l’événement qui a transformé l’histoire du monde, qui a transformé nos vies : Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité.

Pâques est la clef de tout, et c’est avant tout la clef de tout l’Evangile, de toute la Bible.

Il y a des paroles de Jésus qui trouvent en ce matin de Pâques leur sens le plus certain, le plus profond, ainsi ces paroles de l’Evangile de saint Luc :

« Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.

En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira » Luc 11, 9-10.

Ce matin, il s’agit pour nous, à la suite de Madeleine, de Pierre et de Jean de chercher, de frapper ; soyons-en certains la porte est ouverte, et c’est le Ressuscité lui-même qui nous trouve et vient à notre rencontre.

Pascal Wintzer

Archevêque de Poitiers

Cathédrale de Poitiers

21 avril 2019

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21 avril 2019 Pâques