« C’est lorsque l’Evangile devient nouveau pour nous qu’il est à nouveau force et joie, il est notre huile de salut et d’allégresse ».

Pôle communication.

Homélie de Mgr Wintzer lors de la Messe Chrismale du 15 avril 2019.

L’huile et la Parole

Dans un monde qui s’inquiète, dans une Eglise catholique qui reconnaît qu’elle n’a pas protégé des enfants et des femmes, qui a fermé les yeux sur certains crimes, peut-on avoir le cœur joyeux ?

Dans ce contexte qui marque et la société et l’Eglise catholique, rien ne conduit vraiment à la joie, elle pourrait même être interdite : a-t-on le droit de la connaître, de l’éprouver ?

Le grand péril ce serait d’identifier le réel aux scandales, bien réels, aux crimes, qui le sont aussi, à l’incertitude face à l’avenir, et cela aussi ce n’est pas le fruit de l’imagination.

Chaque année, la messe chrismale nous donne l’huile, ces huiles qui vont être bénies et consacrées.

Même si l’huile et le parfum sont importants, le sont davantage encore le Seigneur et son Esprit Saint dont elles sont le signe, et tout aussi important les personnes qui vont être en être marquées.

 

Dans la nuit de samedi, la plupart d’entre nous utiliserons la plus précieuse de celle huile, le Saint Chrême.

Nous allons être les témoins de Dieu qui appelle et témoins d’hommes, de femmes et de jeunes qui lui répondent.

Elle est là, la source de notre joie, elle n’est pas en nous-même mais dans cet émerveillement de voir des personnes choisir Jésus Christ, et même choisir son Eglise, pourtant bien blessée en ces jours.

Ce choix nous conforte dans notre vie.

Il exprime qu’à travers nous, et ne nous s’adresse à nous tous, les fidèles du Seigneur, des personnes ont reconnu, Celui, le Seigneur, qui donne sens à notre vie, à leur vie.

Refusons de nous laisser à l’abattement, ne nous laissons pas voler l’enthousiasme de la vie chrétienne, accueillons cette belle joie qui nous est offerte, et par le Seigneur, et pas tous ceux qui décident de lui répondre et de le suivre.

Oui, nous avons bien raison d’être joyeux.

Un autre motif de notre joie, je le reçois de nos engagements avec et pour les jeunes : participer à un événement, avec les catéchumènes, à une marche, à un rassemblement, est toujours une grande joie pour moi ; et ce sont aussi tous ces confirmands que je rencontre tout au long de l’année.

Dans toutes ces rencontres, je sais que je viens cueillir les fruits de ce que beaucoup d’entre vous avez semé et mettez en œuvre ; c’est vous qui accompagnez les jeunes au quotidien.

Pensez et priez pour les collégiens qui reviennent ce soir d’un week-end au Mont Saint Michel.

Ces engagements vous demandent du temps et de l’énergie ; surtout, je pense que ceci vous donne également de la joie.

Alors que nous pouvons nous laisser à trop regarder les traits fanés et ridés d’une Eglise qu’on nous présente comme dépassée, ou sclérosée, c’est des jeunes que nous devons recevoir sa jeunesse et ce qui la renouvelle.

Je vous lis quelques mots de l’exhortation apostolique du pape François, un texte qui fait suite au synode consacré aux jeunes et aux vocations.

Lisez le texte, il est plein d’énergie ; et, mieux que le texte, soyez présents aux jeunes.

Voici quelques propos de François :

« Demandons au Seigneur de délivrer l’Eglise des personnes qui veulent la faire vieillir, la scléroser dans le passé, la figer, l’immobiliser. […]

L’Eglise est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour » (35).

L’Eglise peut être tentée de perdre l’enthousiasme et de « chercher de fausses sécurités mondaines. Ce sont précisément les jeunes qui peuvent l’aider à rester jeune » (37). Christus vivit, n° 35 et 37.

Bien entendu, ce texte du pape François parle des jeunes et s’adresse à eux.

Notre synode, qui concerne l’Evangile et les générations nouvelles, parle aussi des jeunes, même si parler de générations nouvelles n’entend pas parler des âges.

Le pape François souligne également ceci :

« Avant d’être un âge, être jeune est un état d’esprit. Il en résulte qu’une institution si ancienne que l’Eglise peut se renouveler et se rajeunir aux diverses étapes de sa très longue histoire. En réalité, dans les moments les plus tragiques, elle sent l’appel à retourner à l’essentiel du premier amour. » Christus vivit, n° 34.

Je dois reconnaître que notre synode n’a pas choisi la facilité pour sa mise en œuvre ; puisqu’il ne propose aucun changement institutionnel ou d’organisation, nous ne disposons pas de repères pour nous dire que nous avons fait quelque chose, ou bien rien du tout.

Les outils proposés pour accompagner la réception du synode sont semblables à ceux proposés pour son élaboration, il s’agit, tout particulièrement, des sets de tables.

Ceux-ci n’existent que pour une seule chose, permettre la parole, donner la parole.

En effet, pour parler, même entre proches, même en famille, même entre chrétiens, même entre prêtres, nous avons besoin d’une médiation.

Celle des sets de table, ou bien un film, ou bien un livre.

Se parler est certainement une des attentes fortes de notre époque.

Ce qui se vit dans notre pays le manifeste.

Sur les ronds-points, les gilets jaunes ont peut-être construit des cabanes, filtré la circulation, surtout, ils se sont parlé.

C’est aussi ce qui s’est exprimé dans le grand débat, la parole, la possibilité de parler.

Ce besoin est impérieux, et il se révèle comme tel alors que l’on avait le sentiment que nous vivions une époque où l’on se parle en permanence… on se parle, mais le plus souvent sur des écrans, de téléphone, de tablette, d’ordinateur.

Si la parole ne passe que par des écrans, si nos seuls échanges sont électroniques, ils sont une illusion.

Or, un synode c’est une parole échangée, et le fruit du synode, c’est aussi la parole échangée.

Pour nous, chrétiens, mentionner la parole c’est d’abord reconnaître que nous sommes construits, nourris, par une autre parole que le nôtre, celle de Dieu, cette Parole que nous recueillons dans l’Ecriture.

Cette liturgie de la messe chrismale insiste tout autant sur les huiles et sur la parole.

« Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du Sabbat, et il se leva pour faire la lecture ».

La parole peut être dite, elle peut être entendue, si tant est que l’on apprenne à exercer l’oreille de son cœur, et pas simplement à être sensible aux décibels, ou bien d’une voix, ou bien des slogans et des cris.

La parole c’est l’écoute, mais la parole c’est aussi la lecture ; j’espère que vous savez entendre ce que les livres disent du monde, de la vie, de la vie des autres, de chacune de nos vies.

Pour moi, les livres, s’ils sont parfois une évasion, et nous en avons besoin, sont aussi des fenêtres sur la vie ; un bon livre, lu avec attention, nous apprend combien de choses, sur la vie, sur nous-même.

Alors, si l’on voulait proposer une mise en œuvre concrète du synode, celle-ci tournerait autour de la parole, l’écoute de la Parole de Dieu avant tout, et aussi la parole échangée entre nous.

En faisant de choix, nous continuons à nous inscrire dans une des caractéristiques de notre diocèse, la place première donnée à l’Ecriture, à la Bible.

Saint Hilaire en montre le chemin : c’est dans la Bible, dans sa lecture, son écoute, son étude, qu’il a puisé tant de ressources, et pour sa mission d’évêque, et pour dire la foi en Jésus Christ et à Dieu Trinité.

Plus près de nous, notre diocèse sait la richesse de nombreux groupes bibliques qui ont nourri, et nourrissent tant de personnes ; il sait aussi ce que lui apportent certains, qui sont parmi nous, par leur étude quotidienne de l’Ecriture et par leur enseignement.

Lire la Bible, la comprendre, éviter des lectures immédiates ou littérales, demande un travail, une initiation, c’est vrai.

Mais c’est là que nous trouvons la joie, que nous trouvons non pas des règles ou des principes, mais la vie, le mystère de Dieu, sa beauté, et aussi notre propre vie, son sens, les appels qui nous sont adressés.

Alors que nous voyons dans l’Eglise une vieille femme qui marche avec lenteur et parfois peu d’enthousiasme, recevons de la Bible jeunesse et renouveau.

Oui, c’est lorsque l’Evangile devient nouveau pour nous qu’il est une force et une joie, il est notre huile de salut et d’allégresse.

Pascal Wintzer

Archevêque de Poitiers

Cathédrale de Poitiers

15 avril 2019

 

 

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15 avril 2019 Messe Chrismale

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Messe chrismale 2019