« C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste (…) » Rom 10, 8-13

Homélie de Mgr Wintzer en ce premier dimanche de Carême: appel décisif des catéchumènes.

10 mars 2019 – 1er Dimanche de Carême

Appel décisif des catéchumènes

Il y a quelques jours, je déposais au creux de vos mains un signe avec l’huile des catéchumènes.

Aujourd’hui, vous venez à nouveau présenter vos mains au Seigneur, des mains comme encore enduites de cette huile, des mains pleines de l’amour que le Seigneur vous a donné et veut encore vous donner.

Vous renouvelez le geste dont Moïse vient de parler :

« Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu ».

Quand nous allons vers Dieu, nos mains ne sont pas vides, nos vies ont du prix pour lui, même si, parfois, on peut estimer qu’elles sont fragiles, marquées par des fautes, des erreurs, des faiblesses.

Oui, à la fois, vos mains ont été marquées par l’huile, et aussi elles sont le signe de la richesse de chacune de vos vies.

Vous allez vers Dieu pour recevoir de lui amour et force, mais vous allez vers lui avec déjà ce qu’il vous a donné, ce que vous avez vécu.

La vie chrétienne ne vient pas supprimer ce que vous êtes, elle vient développer des richesses qui attendaient de recevoir une force nouvelle.

Je ne sais pas comment se manifestera cette force pour vous, comment Dieu vous fera signe.

Mais, soyez-en certains, Dieu vous apportera des biens auxquels vous ne vous attendiez peut-être pas, vous adressera un signe, un appel… je ne le sais pas, mais je sais qu’il le fera.

Oui, la vraie force, elle vient de Dieu ; et c’est encore ce que dit Moïse au peuple : « Le Seigneur nous a fait sortir d’Egypte à main forte et à bras étendu. »

Une nouvelle fois, il est question des mains, ici, celles de Dieu, pleines de force et de vigueur, non pas pour attaquer, pour blesser, mais pour défendre.

N’est-ce pas le sens du signe qui a été posé il y a quelques jours : l’huile dont vos mains ont été enduites est un signe de cette force que Dieu donne, une huile qui assouplit la main, pour que celle-ci puisse se tendre, non comme un poing fermé, mais comme la main qui se tend pour en serrer une autre, ou bien pour se joindre en former les mains de la prière.

Peut-être connaissez-nous une des belles sculptures d’Auguste Rodin, elle a pour titre La cathédrale.

Elle représente en effet une cathédrale, mais de manière symbolique.

Ce sont deux mains qui sont jointes et forment comme la voute d’une cathédrale.

Mais, mon geste ne correspond pas tout à fait à cette sculpture, car les deux mains jointes sont deux mains droites.

Autrement dit, pour qu’existe une cathédrale, il faut au moins deux personnes ; au contraire, il n’est possible à quiconque, à soi tout seul, de vouloir être l’Eglise, le monde, la société.

Votre appel aujourd’hui est une rencontre.

Votre rencontre avec le Seigneur, mais aussi une rencontre qui s’est installée grâce à de multiples autres rencontres.

La rencontre s’exprimer par des mains qui se rendent, se rencontrent, se joignent ; la rencontre s’exprime aussi par la parole.

Dans un instant, vous allez entendre une voix vous appeler, une voix prononcer votre prénom ; une voix… mais aussi de multiples voix, celles de toute notre assemblée, et aussi, une autre voix, non plus perçue par vos oreilles, mais dans votre cœur, la voix de Dieu, l’appel de Dieu.

Ensuite, vous allez écrire votre nom, donner votre nom. C’est là bien plus que quelques traits écrits sur un livre, c’est votre vie que vous offrez au Seigneur, parce que vous avez confiance en lui.

Alors que le peuple hébreu offrait au Seigneur les prémices de ses récoltes, c’est votre vie même que vous donnez.

En effet, quelle autre réponse pouvons-nous donner au Seigneur qui, lui, donne tout, lui, se donne tout entier ?

Pour Dieu, c’est vrai, tout est donné, tout de suite, en un seul instant ; pour nous, il nous faut toute notre vie pour apprendre à donner, surtout pour apprendre que, si nous avions cru tout donner, nous avions gardé la main sur beaucoup de nous-même.

Donner tout, se donner… oui… la première lecture parle des mains, de tout ce qu’elles expriment ; saint Paul, ensuite, parle du cœur et de la bouche :

« C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste ; c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. »

Mais il y aura la tentation, la tentation de reprendre, de garder, de douter, ou bien d’oublier.

Chacun de vous la rencontrera, sans s’y attendre, et de manière qui le surprendra.

Mais, voyez, si nous entendons bien que Jésus est tenté, comprenons surtout qu’il est victorieux, il ne se laisse pas prendre par les ruses du diable.

Comme lui, surtout avec lui, si nous sommes tentés, nous pouvons résister, combattre, et triompher.

Mais… pas tout seul.

Vous le savez profondément : dans vos lettres, vous me parlez, en les nommant le plus souvent, des personnes qui vous accompagnent sur votre chemin de catéchumènes.

Vous me dites votre reconnaissance pour ce qu’elles vous apportent, le temps donné, l’attention, l’estime qu’elles ont pour vous ; et bien entendu, vous les recevez comme des témoins de Dieu.

Ces personnes, qui vous entourent ce matin, qui vous relaient l’appel du Seigneur, ne font pas cela « en plus ».

Vous accompagner, être témoins de l’Evangile, c’est cela être chrétien : on ne suit pas le Christ, on n’est pas son disciple sans parler de lui.

Elles vous donnent leur main, vous nous donnez la vôtre… voilà la cathédrale que le Seigneur bâtit avec chacun de nous.

Je termine en précisant que, si l’on tend une main pour apporter une aide, cette main doit toujours rester entrouverte, jamais elle ne doit empêcher la main que nous tenons de choisir de continuer autrement son chemin.

Nous, équipes, accompagnateurs, et nous-mêmes, prêtres et archevêque, ne perdons jamais conscience que nous conduisons à un Autre que nous-mêmes, Jésus Christ, et sachons pareillement que l’Eglise est toujours plus vaste que nous.

Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
Eglise Saint-Pierre
Loudun
Paroisse Saint Jean-Charles Cornay en Loudunais
10 mars 2019

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10 mars 2019-1er dimanche de Carême