« Lorsque tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi ».

Homélie de Mgr Wintzer pour l’entrée en Carême de la paroisse Saint Jean-Charles Cornay en Loudunais.

     Mercredi des Cendres 2019

Le jour des cendres, parmi les appels du Seigneur, il y a celui de ne pas chercher à agir pour se faire remarquer des hommes :

« Lorsque tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. »

Cette préoccupation de l’image que nous donnons de nous-même paraît très actuelle.

Bien sûr les motifs et les lieux ne sont plus les mêmes.

Excepté pour quelques catholiques plus affirmés, il est rare que l’appartenance religieuse soit aujourd’hui ce que l’on met en avant pour donner une bonne opinion de soi.

Les croyants sont regardés avec condescendance, plutôt que d’être enviés ou jalousés.

Les scandales sexuels de l’Eglise catholique, qui nous accablent, nos divisions qui nous écrasent, nous conduisent moins à nous rengorger qu’à raser les murs la mine basse.

Cependant, le souci de soi et de son image demeure.

Ce ne sont plus les synagogues et les églises qui en sont le théâtre, mais les médias, et avant tout l’écran de télévision.

J’ai noté que les quelques fois où ma tête a été vue sur un écran de télévision, pour peu de temps, et pour ne dire que peu de chose, j’y ai gagné en notoriété infiniment plus que pendant plus de vingt ou trente ans d’homélies quotidiennes !

Sans doute convient-il de répondre, aujourd’hui, aux sollicitations des médias et des chaînes de télévisions.

Les chrétiens ne peuvent déserter, par une sorte de purisme presque pharisien, ces lieux qui permettent d’être vus en entendus.

Mais s’il convient de se laisser filmer, il faut le faire en ayant à la mémoire les mises en garde qui sont au cœur du carême, mais qui ne sont pas réservées au seul temps du carême : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

Ne nous recherchons pas nous-même.

Ne cherchons pas à faire dire du bien de nous.

N’ayons pas ce mauvais goût de mendier après la bonne ou la mauvaise opinion que les autres se font de nous.

C’est un autre que nous servons : seul son service nous rendra libres, et d’abord libres de nous-même.

Dans un instant le geste des cendres nous rappelle à cela. En recevant ces cendres, nous entendrons ces paroles : « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile », ou celles-ci : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. »

Cette dernière phrase nous rappelle à la vérité de notre vie, elle nous appelle à l’humilité, au retour à notre « humus ».

Mais surtout, de manière plus profonde, cette phrase nous place à l’origine de tout, de notre vie, et du monde.

Le début de toute chose, le début de la vie, c’est en effet la poussière, c’est cette poussière à partir de laquelle Dieu a créé la vie, a créé l’homme et la femme.

Dieu a donné son souffle, le souffle de l’Esprit Saint, sur cette terre, pour créer la vie, pour créer chacune de nos vies.

Le geste des cendres nous invite donc à nous abandonner à nouveau aux mains de Dieu.

Le carême est ce temps où nous acceptons de nous laisser façonner à nouveau par notre créateur.

Selon la belle image du prophète Jérémie, Dieu est un potier qui modèle chaque vie humaine, il les modèle à son image et à sa ressemblance, à l’image et à la ressemblance de son Fils.

Pourtant, comme Adam et Eve qui venaient de sortir des mains de Dieu, nous allons affronter la  tentation.

Dès le 1er dimanche de Carême, nous suivrons Jésus au désert où il est tenté par le diable.

Et voyez comment la première des tentations fait revivre à Jésus la première tentation de l’histoire de l’humanité.

Comme pour Adam et Eve, il y est question de nourriture.

Pour eux, il s’agit de manger ou de ne pas manger un fruit.

Pour Jésus, il est question de changer des pierres en pain.

Au-delà des aliments, c’est de la vie dont il est question : l’homme accepte-t-il ou non de ne pas être l’auteur de sa propre vie ?

Acceptons-nous de nous laisser aux mains de Dieu ? Cette question est celle de la confiance, c’est la question de la foi.

Alors qu’Adam et Eve ont douté de Dieu, Jésus, à chacune des tentations, réaffirme sa foi en son Père et en sa Parole.

Les tentations du diable peuvent se comprendre de cette manière : « Existe par toi-même ! »

« Puisque tu es le Fils de Dieu, agis tout seul, n’attends rien de Dieu ! »

Or, la vie avec Dieu, la vie du Royaume, ne sont pas entre nos mains.

Nous ne pouvons pas nous donner à nous-même la résurrection, nous retournerons à la poussière nous  rappelle aujourd’hui le geste des cendres.

En recevant dans quelques instants les cendres sur notre front, recevons le carême comme le don que le Seigneur nous fait ; le don d’un chemin de remise de nos vies entre ses mains, pour qu’il les remodèle, les reforme à son image.

Et puis, recevoir sa vie comme un don, c’est reconnaître que ce que nous sommes, ce que nous avons, nous n’en sommes pas les propriétaires.

Tous nos biens, notre vie, notre argent, comme nos terres, sont des dons.

De même que nos responsabilités et nos engagements dans la paroisse et dans l’Eglise.

Tout cela nous est confié, mais pour que cela soit utile, à nous bien sûr, à nos familles, mais aussi aux autres.

En nous donnant la vie et tout le reste, Dieu nous ouvre ses mains ; puissions-nous aussi savoir faire de même.

« Oui Seigneur, je crois que c’est toi qui donne la vie en abondance.

Aide-moi à ouvrir mon cœur pour moins dépendre de moi et me recevoir tout entier de ton amour ».

Aide-moi à ouvrir mes mains pour, comme toi, donner et partager. »

Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
Eglise Saint-Pierre
Loudun
Paroisse Saint Jean-Charles Cornay en Loudunais
6 mars 2019

Pour imprimer l’homélie:

Mercredi des Cendres 2019