« N’importe qui peut devenir pape, regarde-moi! » Saint Jean XXIII

Vous trouverez ci-dessous l’homélie de Mgr Wintzer pour ce 8ème dimanche du temps ordinaire.

3 mars 2019  –  8ème Dimanche du temps ordinaire

Paroisse Sainte Radegonde en Haut Poitou

 Ce dimanche, il est question du jugement. L’Evangile développe les versets entendus dimanche dernier, en particulier ceux-ci, rappelez-vous : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés ».

Pourtant, il faut plutôt entendre cet ordre, non comme une interdiction de tout jugement, mais plutôt comme une mise en garde opposée à nos jugements prématurés.

En effet, les versets qui suivent vont nuancer cette interdiction en dévoilant un certain nombre de conditions nécessaires avant l’émission d’un quelconque jugement.

Mais il y a bien d’abord une mise en garde : mesurons-nous les conséquences de nos jugements ? Pour les autres ? Et aussi pour nous-même ? « Le jugement que vous portez contre les autres, sera porté aussi contre vous. », dit Jésus.

Nous arrêter là pourrait restreindre cet appel de l’Evangile à n’être qu’une incitation à la tolérance, à une tolérance qui s’interdirait toute limite et tout discernement. Et puis, ce pourrait aussi être entendu comme nous disant le chemin de notre tranquillité : si vous voulez que les autres vous laissent tranquille, laissez-les eux-mêmes tranquille, interdisez-vous de porter quelque appréciation sur eux et sur leur agir.

En aucun cas, l’Evangile n’interdit le jugement, sinon il n’aurait rien à dire, si ce n’est d’ouvrir la porte à tous les comportements et à leur contraire.

Si l’Evangile et les chrétiens n’ont rien à apporter au monde, nous n’avons plus qu’à fermer boutique !

Le sens de ces versets est plutôt, s’ils nous mettent d’abord en garde, de nous proposer quelques critères nécessaires à un jugement, à une appréciation, qui s’efforce d’être juste, et qui s’efforce d’apporter du bien à autrui et à soi-même.

D’abord, il nous est dit qu’avant de parler – ou avant de juger – il faut d’abord écouter, regarder, il faut aussi se regarder et se juger.

« Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? »

Avant de porter un quelconque jugement, il faut d’abord que nous acceptions de nous placer sous le jugement de celui qui peut retirer la poutre, ou la paille, qui est dans notre œil.

La lumière de l’Esprit-Saint, la grâce de Dieu, la foi chrétienne, les commandements de la Bible, la relation vivante à une communauté chrétienne, sont autant de moyens qui nous sont donnés pour purifier notre cœur, notre vie et notre regard.

Les jugements que nous pouvons porter, ou plus exactement et positivement, l’aide que nous pouvons et devons apporter, ne viennent pas de nos mérites, de notre plus grande perfection, mais de la manière dont nous laissons Dieu agir en nous.

C’est à la mesure où nous laissons Dieu retirer de nos yeux les pailles, les poutres, ou simplement les brindilles, qui les obscurcissent, que nous pourrons voir clair et retirer la paille qui est dans l’œil d’un frère.

C’est à une prise de conscience que nous appelle l’Evangile aujourd’hui : si nous voulons voir de manière juste, il fait sortir de notre cécité : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? »

Porter un jugement, ou bien opérer un discernement, suppose que nous laissions notre regard, notre conscience, notre intelligence être éclairés.

Le verset suivant affirme : « Une fois bien formé, chacun sera comme son maître. »

Si nous étions incapables de juger, de discerner, comment penser que nous pouvons conduire notre vie, agir sur la société, agir dans l’Eglise ?

Cependant, nul ne peut penser qu’il est capable de faire cela tout seul ; penser que nous aurions raison contre tout le monde est une illusion, et parfois même, c’est une faute grave.

Cette attitude, condamnée par l’Evangile, ce sont ces deux aveugles qui s’égarent, me semble caractériser certains traits du caractère français.

Nous sommes un peuple de principes, des principes que nous percevons comme des absolus et non comme des appels, des orientations, des énergies.

On vit souvent avec l’idée que les choses pourraient être telles que le disent la devise de notre pays ; faut-il la rappeler ? Liberté, égalité, fraternité.

Qui peut penser que ces trois mots, ces trois éléments de notre devise, pourraient un jour être pleinement réalisés ?

Il en est de même d’une autre « devise » – j’emploie ici ce mot avec des guillemets – je pense à ce que nous disons de notre Eglise et que nous proclamerons dans un instant :

« Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique ».

L’actualité démontre qu’il est bien difficile de parler de la sainteté de l’Eglise.

Faut-il alors abandonner toute ambition ? Ou bien faut-il penser que la fraternité, la sainteté, sont des illusions, voire des mensonges ?

Certes non.

Le synode que nous venons de célébrer nous aide à saisir cela.

Nous n’avons pas édicté des mots d’ordre, mais, et j’emploie le mot utilisé, des « visées ».

Comment alors dire qu’un synode a porté du fruit ? Simplement s’il nous a mis en route, s’il a développé du dynamisme et de la créativité en nous.

Pour un chrétien, l’erreur la plus grave, la plus dangereuse, c’est de croire l’être… de croire que nous « sommes » chrétiens.

S’il en est ainsi, se tait alors en nous toute tension, tout désir, tout élan.

Ni vous ni moi ne sommes chrétiens, mais nous essayons de le devenir, et c’est le chemin de toute notre vie, tendre vers l’Evangile, marcher vers le Christ et marcher avec lui.

La modestie, l’humilité, ce n’est pas le manque d’ambition ou d’énergie, mais c’est la reconnaissance que nous sommes toujours en route.

Au contraire, la pire des choses, c’est toujours de se prendre pour quelqu’un ; ce risque peut même s’accentuer lorsque quelqu’un est au service de Dieu : la grandeur de Dieu, que l’on sert, peut nous conduire à penser que, la grandeur, elle ne serait pas en Dieu mais en nous, et cela conduit à se prendre au sérieux.

Il est toujours bon de revenir à la vie et aux paroles du pape saint Jean XXIII.

Au cours d’une visite dans un hôpital, Jean XXIII demandait à un enfant ce qu’il voudrait faire plus tard. Le garçon lui répondit: « Policier ou pape ». « Je choisirais la police si j’étais toi, rétorqua le pape. N’importe qui peut devenir pape, regarde-moi! »

A quelques jours du Carême, choisissons de reprendre notre route de sainteté, de vérité, de charité.

Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
Eglise Saint Martin
Chabournay
Paroisse Sainte Radegonde en Haut Poitou
3 mars 2019

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8ème Dimanche – 2019