« Aimez vos ennemis ». Luc 6,27.

Pôle communication du diocèse de Poitiers.

Du 24 au 28 février, les pèlerins du diocèse de Poitiers en compagnie de Mgr Wintzer sont à Rome pour remettre au Pape François les Actes de notre synode « Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile ».

En ce dimanche 24 février, ils ont célébré la messe dans les catacombes de saint Calixte.

Vous trouverez ci-dessous l’homélie de Mgr Wintzer en ce 7ème dimanche du temps ordinaire.

« Aimez vos ennemis ». Cet appel résonne avec force dans ce lieu qui consacré aux martyrs des premiers siècles.

A-t-il été facile pour eux d’aimer ceux qui les persécutaient ?

J’ajoute cette autre question : pourquoi ont-ils été persécutés ?

Qu’avaient-ils fait de mal ? Quel danger représentaient-ils ?

Pour les persécuter, on les a tout simplement qualifiés d’ennemis du peuple.

C’est pour se protéger que le peuple de Rome, ses chefs, ont mis à mort des chrétiens, comme d’ailleurs d’autres groupes, à la même époque.

Entendez bien : « pour se protéger ».

Oui, l’histoire des hommes manifeste une constante : des régimes politiques, des groupes ont toujours cherché à désigner des ennemis du peuple.

Croyez-vous que les choses soient si différentes aujourd’hui ?

Lorsque les choses vont mal, et parce que l’on pense qu’elles ne peuvent pas ailler mieux, on dénonce ceux, personnes, groupes, qui seraient les responsables des malheurs du peuple.

A l’époque de Néron, l’incendie de Rome était le fait des chrétiens, a-t-on prétendu.

Plus près de nous, le malheur de l’Allemagne, c’était la faute des Juifs, des francs-maçons, des tziganes, des homosexuels, qui sais-je encore ?

Nous vivons une période qui voit resurgir ces passions tristes.

D’abord, le peuple… qu’est-ce que le peuple ? Ceux qui portent un gilet jaune ? Ceux qui n’en portent pas ?

Si le peuple va mal, c’est la faute des banques, de la mondialisation, et à nouveau des Juifs.

Quand on dénonce les élites mondialisées, on ne fait que marcher sur les traces de ceux qui, dans les années 1930, dénonçaient la juiverie internationale.

Comment résister à ces passions tristes, à la tentation de chercher des boucs-émissaires ?

Je souligne d’abord qu’il existe de mauvaises manières de répondre à ces attitudes.

D’abord, ce serait en entrant dans un comparatif entre les victimes : plutôt que de dénoncer l’antisémitisme ou le racisme, on dira que l’on persécute les chrétiens.

Une telle attitude compare les victimes les unes aux autres, veut établir des grades en disant que certaines victimes ont plus de droit que d’autres.

Une autre attitude serait de se boucher les yeux et les oreilles ; finalement, ceci ne me concerne pas directement, pourquoi prendrais-je la parole ?

Sans doute faut-il rappeler cette histoire, assez terrible. Son auteur est le pasteur Martin Niemöller qui dénonça par ce texte la lâcheté des intellectuels allemands face au nazisme.

« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »

Les chrétiens d’hier, vénérés dans ces catacombes, comme d’autres chrétiens persécutés encore aujourd’hui, n’ont qu’une réponse à donner : l’amour, autrement dit le refus d’entrer dans le cycle de la violence.

Un texte célèbre, écrit au IIe siècle, en pleine époque des persécutions, la Lettre à Diognète, exprime cette attitude des premiers chrétiens.

Ce texte, si éloigné de notre époque, résonne toujours cependant avec une étonnante actualité.

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier […].

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois.

Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie.

Ils sont pauvres et font beaucoup de riches.

Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance.

On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification.

On les insulte, et ils bénissent.

On les outrage, et ils honorent.

Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs.

Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent ; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité.

En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde » (A Diognète, 5-6).

 

Le refus de répondre à la violence par la violence, comme le refus de se taire devant les injustices, est une attitude de droiture morale, beaucoup d’hommes et de femmes de bonne volonté, vivent cela.

Pour nous, c’est aussi une manière d’être fidèle à Dieu, de témoigner en quel Dieu nous croyons.

« Aimez vos ennemis… alors vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et pour les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ».

 

Les martyrs d’hier ont vécu en enfants du Père, et de ce fait, en frères et sœurs de tous, même de ceux qui les persécutaient.

Ils montrent, ils nous montrent que seul l’amour triomphe de la haine et de la violence.

Pascal Wintzer

Archevêque de Poitiers

Catacombe de saint Calixte

Rome

24 février 2019

Vous trouverez ci-dessous le lien pour télécharger l’homélie.

7ème Dimanche – 2019