Politique

janvier 2001

Commission Diocésaine Justice et Paix

Introduction : réhabiliter la politique (Mgr Albert Rouet)
1- A la rencontre des maires
2- Quelques réflexions pour une pratique de la politique
Pour conclure… provisoirement

Introduction : réhabiliter la politique (Mgr Albert Rouet)

Voici une quarantaine d’années, une association au nom prometteur « Dialogue et Rencontre » se proposait de faire se rencontrer des gens différents pour qu’ils échangent sur les questions essentielles de leur vie. Pourtant, l’article 2 de ses statuts précisait : « Au sein de l’Association, sont interdites toutes les discussions politiques et religieuses ». La politique ne relevait donc pas des questions essentielles de la vie d’un homme !

On devine l’image de la politique qui se cache derrière cet interdit : celle d’une activité dont on peut se dispenser – elle n’est pas « essentielle » – parce qu’elle génère des oppositions, voire des conflits. Elle risque de rompre l’unanimité supposée ou voulue dans un groupe. Sans se l’avouer, cette association faisait pourtant de la politique. Elle orientait la vie et le comportement de ses membres vers une manière de vivre ensemble. Elle suggérait une société dans laquelle la politique étant laissée à quelques spécialistes, l’organisation et les orientations publiques naîtraient par génération spontanée ou par un consensus sans contenu, puisqu’en discuter les termes soulèverait inévitablement des divergences amères.

Pourquoi la politique ?

Bien au contraire, la politique appartient aux questions essentielles de l’homme. Il faut donc en parler. Pourquoi? D’abord parce qu’un homme ne peut pas vivre seul. Il arrive à la vie dans une société organisée, avec une vie commune réglée par des valeurs qui le précèdent. Privé de sa dimension sociale, isolé, il ne développe pas sa pleine humanité. Il a besoin des autres pour devenir lui-même. Il lui faut donc composer avec les autres, c’est-à-dire trouver la meilleure manière de régulier leurs relations pour qu’elles favorisent l’émergence de chaque personne.

De plus, ces hommes sont tous différents les uns des autres. Si des règles n’établissent pas les droits de chacun et sa place dans la société, ce sont les plus forts, les plus hardis ou les plus rusés qui s’imposent aux autres. Par contrainte ou par démission, les uns se soumettront aux règles des autres et l’injustice s’établira. La justice sociale relève de la politique. Car il s’agit d’organiser, de manière continue, une vie commune qui reconnaisse à chacun une place positive, alors que les individus et les groupes se trouvent en compétition.

Enfin, parce que, si les hommes naissent libres et égaux en droit, il reste l’immense travail de rendre ces droits effectifs et accessibles. La dignité de tout être humain, homme ou femme, riche ou pauvre, en pleine santé ou handicapé, est inaliénable. Cette dignité le conduit à construire son existence et à devenir responsable de son histoire. Un tel travail exige une mise en oeuvre. L’humanisation est une tâche politique, celle de faire advenir une société vraiment humaine qui reconnaisse chacun de ses membres comme utile à son développement. L’histoire avance par le choix d’orientations et de moyens. Parmi les solutions disponibles, il revient à la politique de retenir et de promouvoir des options sociales, donc de sauvegarder le respect des êtres humains, alors que la violence reste toujours latente.

La politique en danger

La politique est mal vue aujourd’hui. Et pourtant : du fait qu’il vit en société, tout homme possède une dimension politique. La vie politique déborde les fonctions politiques, les charges exercées et les mandats obtenus. Cela est vrai, encore que la complexité croissante de la société appelle de plus en plus de compétences. Cependant l’activité politique ne se réduit pas au seul acte de voter pour déléguer à quelques-uns les affaires publiques. Elle concerne l’ensemble de la vie en commun : des mesures concrètes et immédiates à prendre, certes, mais surtout les grandes orientations et les choix fondamentaux de la vie sociale. De cette responsabilité, nul ne peut se décharger.

Cette attention est d’autant plus nécessaire que les lois du marché unique sont en train de prendre le pas sur les orientations politiques de la société. Telle est bien l’origine de tant d’ »affaires » qui, de manière excessive, disqualifient la vie politique. L’information multiforme livre plus de faits que d’analyses, rendant ainsi les gens impuissants à gérer les questions de société. Nous en conservons l’image réductrice d’un certain formalisme du politique alimenté par le désarroi et l’incertitude du citoyen face à l’avenir de la société. Ne pas réagir reviendrait à dépouiller la majorité des citoyens de leurs responsabilités.

L’économie ne retient qu’une dimension de la vie, alors que la politique envisage l’ensemble des composantes de la vie humaine. C’est pourquoi il convient de garder la distinction classique entre le politique (comme structuration de la vie commune en fonction de valeurs et d’objectifs), et la politique (comme conquête et exercice du pouvoir selon des modalités établies).

Partir d’un exemple proche

Pour rendre attentif aux enjeux de la politique, il a paru judicieux à la Commission Diocésaine « Justice et Paix » de réfléchir au premier échelon de la vie politique, celui qui reste le plus proche des habitants, le plus concret dans son exercice : le maire d’une commune. Il ne s’agit pas de tracer un portrait du maire, ni de dicter sa conduite, mais de montrer un point précis de la vie politique de manière à en rendre palpables les enjeux et les possibilités. A ce niveau, la politique est « affaire de tous ».

En examinant le rôle du maire, l’élu le plus proche des habitants, la politique apparaît en sa dimension première : créer les meilleures conditions possibles, réalistes, d’une vie en commun. Les réalisations concrètes sont immédiatement visibles. Le débat est à la portée de tous et il peut être le creuset d’un apprentissage de la politique. C’est le premier échelon de la responsabilité de chacun. Telle est la raison de ce choix pour « réhabiliter la politique ».

La foi a-t-elle une dimension politique ?

Mais pourquoi une Commission diocésaine s’intéresse-t-elle à un tel sujet ? Pour une raison très simple : mettre un homme debout, lui rendre la maîtrise de son histoire et lui reconnaître ses responsabilités, sont des exigences qui relèvent de la mission confiée par le Christ. Lui-même a vécu dans une société donnée, il a inséré des gens marginalisés et il a opté pour les pauvres. Nous ne pouvons que nous inscrire dans ce type de démarche et suivre l’engagement de Jésus de Nazareth. C’est un faux spiritualisme qui tente de séparer le peuple de Dieu de ses responsabilités civiques et ne sert en fin de compte qu’un conservatisme intéressé. La foi est aussi une relation pacifiée entre les hommes, comme oeuvre de réconciliation et signe de fraternité.

L’Eglise ne revendique aucun pouvoir temporel. Ce qui ne signifie pas qu’elle s’en désintéresse. Elle ne se situe pas de manière partisane, mais elle contribue à mettre en lumière les buts et les enjeux décisifs du politique. Sa mission, en ce domaine, consiste à rappeler l’existence de ceux et de celles qu’une société aurait tendance à oublier, de discerner avec d’autres quelles orientations servent le mieux les hommes. Le visage de Jésus de Nazareth présent parmi les pauvres et les petits, reste, pour l’Eglise, l’exigence première de toute politique.

Il est normal que les avis divergent, que des solutions s’opposent. Ce ne sont pas ces conflits qui sont gênants, mais de les rendre absolus. Alors l’esprit partisan l’emporte sur le service du bien commun. Mais vouloir une société humaine digne du projet de Dieu sur cette terre est une noble tâche. « La politique est une forme supérieure de la charité » (Pie XI).

1- A la rencontre des maires

Qu’avons-nous voulu faire par ce travail ? Quelque chose de bien modeste et de bien difficile en même temps : inciter nos concitoyens à voir toute la nécessité et toute la noblesse de l’engagement et de la conscience politiques. Il est de bon ton aujourd’hui de se détourner de la politique et des politiciens en se pinçant le nez, mais au-delà de la légitime réprobation que peut entraîner le comportement de quelques « élus », effacer la politique de nos préoccupations serait une erreur à ne pas commettre car elle est trop lourde de conséquences.
La commune apparaît comme le premier niveau où la politique se vit au quotidien. Cela est vrai pour les grandes agglomérations, cela est encore plus vrai pour les petites communes où les concitoyens suivent de plus près l’action de leur maire et de son Conseil.

Très concrètement, nous avons contacté une soixantaine de maires de la Vienne et des Deux-Sèvres en leur exposant notre projet et en leur demandant d’accepter de rencontrer l’équipe de Justice et Paix pour qu’ils puissent « se raconter » ; «Servitudes et grandeurs de la fonction de maire» aurait pu être le titre de cette prise de contact. Notre choix n’a obéi à aucun critère politique partisan, seul nous a guidé le souci de rassembler des représentants de communes très différentes par la taille et la situation géographique et économique.

Notre invitation a été favorablement et très largement accueillie. Nous avons ainsi pu organiser quatre rencontres (deux dans la Vienne, à Poitiers, et deux dans les Deux-Sèvres -une à Parthenay et une à Niort). Que tous les maires qui ont répondu favorablement sachent que leur collaboration a été très précieuse : leurs interventions ont permis de nourrir notre réflexion. Qu’ils en soient vivement remerciés !

Six aspects de la fonction de maire qui sont apparus comme importants lors de ces rencontres sont développés dans les pages qui suivent :
– il est un référent dans sa commune,
– il doit avoir le sens de l’intérêt général,
– il a un rôle éducatif, mais il doit aussi concevoir des projets, prendre des décisions et être un gestionnaire public.

Les citations en italique rendent compte, anonymement, des propos tenus par les maires lors des quatre rencontres.

1- Être un référent

« Dans la société actuelle, la commune est un repère stable, contrairement à beaucoup d’autres : couple, famille. Les gens se raccrochent à ce qu’ils peuvent », nous a dit un maire.
Le responsable de la commune, le maire, ne serait-il pas, lui aussi, un repère, un référent auquel la population peut s’adresser pour des problèmes très divers? Preuve de la confiance qu’on lui fait, le maire est à la fois confident, « assistante sociale », conseiller en tous domaines, médiateur. Cela suppose-t-il qu’on le croit qualifié pour tout : les questions de la vie privée, les difficultés sociales, familiales, tout ce qui relève de la justice, de la législation? Aurait-il des connaissances particulières dans tous les domaines?

Pourquoi lui fait-on confiance? D’abord parce qu’il est proche, connu, accessible. Ceux qui s’adressent à lui sont sûrs d’être entendus, au point qu’un maire reconnaît : « J’ai plus d’écoute pour mes administrés que pour mes proches. » Son écoute est très large. Elle lui permet d’avoir une connaissance approfondie de sa commune. Bien souvent le maire dispose d’informations à caractère privé et il se doit de ne pas les divulguer. Il doit être en phase avec ses concitoyens, mais sans céder aux modes, en gardant du recul, en n’abondant pas nécessairement dans le sens de l’autre.

Cette confiance est à la fois source de grande satisfaction et en même temps lourde de responsabilité. Peut-être aussi les interlocuteurs du maire trouvent-ils, outre une écoute, quelqu’un qui s’efforce de prendre du recul, qui « prend une situation telle qu’elle est et doit faire avec », c’est-dire l’évaluer et partir des éléments positifs pour tenter de la résoudre.

« Dans ma petite commune (moins de 300 habitants), tout le monde me connaît, m’appelle par mon prénom et me tutoie. Le lendemain de mon élection, de Pierre ou Jean, je suis devenu Monsieur le Maire, à qui on s’adresse en disant ‘vous' ».

Est-ce à dire que le rôle du maire n’est fondé que sur la confiance faite à sa personne, à titre individuel ? L’expérience rapportée par ce jeune maire est confirmée par plusieurs autres. Elle montre bien l’importance de l’image de la fonction de maire dans les mentalités. Même quand il est enfant du pays, connu de tous, le mandat qui lui est confié par le vote du nouveau conseil municipal – dont c’est le premier acte officiel – fait que, dorénavant, le maire n’est plus seulement lui-même, la personne qu’on connaissait bien. Il détient une autorité nouvelle, liée à la fonction : il agit au nom de la commune, dans la perspective du bien commun. Par ce mandat, ses concitoyens lui ont délégué leur pouvoir pour la gestion de la commune où ils vivent.

La commune est le lieu de la vie concrète, pratique, quotidienne : elle concerne tout ce qui touche à l’école primaire, aux services de proximité, à la part communale des impôts locaux. C’est donc normalement à lui, détenteur du pouvoir et donc responsable, que s’adressent les administrés. De plus, le maire, soutenu par son conseil dont il est l’animateur, engage l’avenir; en particulier par des projets à long terme, choisis bien avant la date de leur lancement, qu’il faudra expliquer maintes fois « en déployant des trésors de persuasion » pour les faire accepter. C’est le cadre de vie de demain qui est en jeu, avec l’environnement social, culturel, économique, prenant en compte les possibilités d’emploi, de logement, les facilités de déplacement, en d’autres termes c’est la qualité de vie de demain qui se prépare dès aujourd’hui.

2- Avoir le sens de l’intérêt général

« Chacun a besoin de s’inscrire dans le temps; cette recherche de racines conduit le plus souvent à un ‘espace commun’, celui d’une commune, berceau d’une famille. De même, l’installation dans une nouvelle commune se fait souvent avec l’idée d’une durée qui permet de bâtir des projets personnels mais aussi collectifs.

Les fêtes de village, les animations diverses organisées par les municipalités, sont des éléments qui permettent de signifier, d’exprimer et de satisfaire ce besoin. En effet les fêtes de village conjuguent la (re)découverte des racines et l’adhésion à un projet commun. En travaillant ensemble à une réalisation concrète, les habitants font connaissance, se rencontrent, y compris entre voisins qui jusque là s’ignoraient. Ils s’ouvrent alors à de nouvelles solidarités, de voisinage d’abord, puis élargies ».

La commune reste un repère social dans un monde déstabilisé; l’origine commune fédère. Faire vivre ensemble des générations aux intérêts contradictoires, leur permettre de se sentir « d’un même pays » grâce à des actions ponctuelles ou de plus longue durée, c’est un des objectifs du maire.

Les intérêts des particuliers sont à prendre en compte, car le maire oeuvre pour le bien de tous, à partir de la situation particulière de chaque administré. Il arrive que ces intérêts rejoignent l’intérêt général; dans ce cas la tâche est facilitée : il prend les moyens de réaliser cet intérêt général.

Mais souvent les administrés ont beaucoup de mal à laisser arbitrer leurs intérêts particuliers par l’intérêt général. Le maire et son conseil se doivent pourtant de défendre l’intérêt général, d’en faire valoir les exigences et de le faire passer avant l’intérêt particulier, car les habitants d’une même commune ont des intérêts contradictoires. S’ils habitent bien le même territoire, ils n’entendent pas toujours l’utiliser de la même manière. Entre un agriculteur qui souhaite installer un nouveau silo à grains et l’estivant qui recherche un cadre bucolique, les discussions peuvent être rudes. L’écoute et la compréhension de chacun ne suffit pas toujours et le conseil municipal est souvent amené à trancher puis à s’expliquer. On peut citer deux exemples :

– Dans une commune rurale, le conseil municipal décide l’implantation d’un lotissement ; pour cela il faut acquérir un champ loué par un agriculteur opposé à sa vente. Le conseil municipal maintient le projet d’acquisition, estimant que la situation de la parcelle servirait un ensemble de familles souhaitant construire à proximité des services : mairie, école, église, commerces. L’agriculteur n’a pas apprécié la décision, bien qu’il ait été naturellement indemnisé par la commune, selon la réglementation.

– Le conseil municipal a décidé la démolition, au centre bourg, d’un bâtiment relativement récent (35 ans), propriété de la commune, qui provoquait une retenue d’eau en cas de pluie et entraînait l’inondation de maisons situées en bas bourg. Quelques administrés, non riverains, se sont opposés à la démolition, arguant du peu de vétusté de ce bâtiment. Le projet de démolition a été maintenu et réalisé, afin d’éviter toute inondation du bas bourg.

Cet intérêt général est censé être encadré par une réglementation, par exemple celle qui concerne le Plan d’Occupation des Sols, souvent lieu de confrontation. Or il arrive parfois que le maire, qui est proche des réalités, se risque à outrepasser la loi si une situation l’exige. L’un d’eux a raconté ce fait :

« Dans ma commune une maison bâtie au milieu des champs était devenue trop petite du fait du handicap d’un membre de la famille qui l’habitait. Le P.O.S. ne tolérait pas qu’elle puisse être agrandie au sol en raison de la proximité d’un chemin. Solution de la D.D.E. : construire un étage, avec un monte-charge, ce qui entraînait des frais que la famille ne pouvait manifestement pas supporter. Devant cette situation, j’ai contourné la loi et délivré le permis de construire cet agrandissement au rez-de-chaussée; pour moi, l’impératif social a été déterminant ».

Mais le maire qui se met en porte-à-faux avec la réglementation peut se sentir très seul.

3- Éduquer

Le maire a un rôle éducatif vis-à-vis de ses administrés. « Je souhaite faire de mes administrés, qui se comportent souvent comme des clients ou des consommateurs, des citoyens ». Le maire est regardé comme un modèle : « Quand on fait passer l’intérêt général avant le particulier, on éduque déjà à la citoyenneté ». Il est appelé à voir plus loin que l’intérêt individuel et même, parfois, que celui de la commune : « On a souvent à aller contre les individus ». « Il faut obliger les gens à des choix de société». «Je suis pour le primat de la personne, mais nous avons besoin d’un projet d’ensemble ».

Le sens du devoir s’effrite, le collectif n’appartenant à personne en propre, personne ne se sent responsable. Pour lutter contre cela et créer une prise de conscience, il faut donc beaucoup informer. Conscients de ce besoin, nombre de maires ont créé un organe d’information, journal local, gazette, bulletin. Pour certains, c’est malheureusement la source de nouveaux problèmes, la mauvaise compréhension entraînant parfois des actions en justice à cause d’un mot mal employé ou mal compris. La transparence est nécessaire, mais n’est pas à elle seule un gage de réussite de l’action du maire.

Dans cette perspective d’éducation à la citoyenneté, la vie associative permet l’expression des identités, des projets et des idéaux communs. Les associations sont une importante école de la responsabilité civique et elles animent très efficacement le tissu social local. Conscient de cette richesse, le maire doit stimuler les équipes, convaincre ceux qui hésitent à s’engager, permettre aux associations de remplir pleinement et efficacement leur rôle social.

4- Concevoir des projets

Le rôle d’animateur d’équipe, qui lui est reconnu dès son élection, permet au maire de mettre ses concitoyens en mouvement, de les amener à se parler, à élaborer des projets communs. Il peut créer des lieux de parole, d’échange, de consultation, comme les conseils municipaux des jeunes, par exemple.

De ces structures émanent souvent des projets ou des désirs. Le maire peut les soutenir ou au contraire les combattre suivant l’importance des besoins exprimés et selon les objectifs que lui-même s’est donnés pour sa commune. « Il y a des gens qui sont prêts à s’investir quand on leur en donne l’occasion ». Certaines communes mettent en place des festivals, des spectacles son et lumière ou d’autres actions dont la renommée dépasse souvent les limites des cantons.

D’autres projets reviennent au maire lui-même ou à son conseil municipal. Ils nécessitent parfois d’engager des sommes importantes, de se lancer dans de longues démarches, de se battre pour obtenir des autorisations et des subventions… et de se justifier auprès de concitoyens qui ne comprennent pas l’intérêt des projets en question.

La communauté de communes, enfin, est le lieu où des projets collectifs peuvent voir le jour. Elle permet de se répartir les tâches, de mutualiser les compétences et de faire aboutir des travaux d’envergure qui ne seraient pas à la portée d’une petite commune isolée.

La recherche de l’intérêt général peut amener le maire à replacer son action dans ce cadre qui déborde la commune. C’est ainsi, par exemple, que des communes péri-urbaines ont pu bénéficier d’un service de bus autour d’une agglomération plus importante.

Cependant cette notion de communauté de communes n’est pas encore bien entrée dans les mentalités. « Aux premières difficultés, les habitants se retournent vers leur propre maire, non vers le responsable de la structure mise en place ». Certains maires ont mis un bémol à l’enthousiasme « inter communautaire » : l’intercommunalité ne peut se faire qu’à l’intérieur d’un même département; malheur, donc, aux communes « frontalières ». « On est à la frontière du département », « on se sent au bout ». Dans les cantons péri-urbains, quelle est la réalité cantonale, de quelle unité cantonale peut-on parler ?

L’esprit de clocher reste vivace, mais comme on ne peut plus rester aujourd’hui chacun chez soi, malgré tout on ne peut pas rejeter l’intercommunalité : « Elle nous oblige à dialoguer. Mais le centre de décision s’éloigne un peu plus. Et tout le monde ne peut pas s’exprimer lorsqu’on est tous réunis… »

5- Décider

Le maire a des pouvoirs qui sont limités géographiquement et légalement mais n’en sont pas moins reconnus comme agissant directement sur la vie de ses concitoyens. On lui demande de plus en plus souvent de prendre des décisions face à des problèmes sociaux. S’il accorde un permis de construire, modifie l’éclairage ou la circulation, s’il met en place des actions concernant les scolaires ou les personnes âgées, la qualité de la vie dans la commune s’en trouvera modifiée.

L’autorité du maire s’appuie d’abord sur son mandat électif. En même temps qu’il devient le premier magistrat de la commune, il lui est conféré un statut de représentant de l’Etat, ce que symbolise l’écharpe tricolore qu’il revêt lors des actes de représentation officielle ou dans des circonstances particulièrement graves, où il veut peser de toute son autorité.

Le fait qu’il représente l’Etat (il est officier d’état civil, il organise les élections) lui donne un prestige certain. Il est également chargé d’une fonction de police allant jusqu’au pouvoir de faire interner un individu qui trouble l’ordre public et devient un danger pour les autres. Il en appellera ensuite à la justice habituelle, mais il a les pouvoirs pour agir dans l’urgence. Il doit savoir ce qui est exigible, ce qui est permis dans la collectivité humaine dont il a la charge.

Au nom de l’intérêt général, le maire peut être amené à prendre des décisions impopulaires. En voici un exemple :

– A l’intersection d’une route départementale et d’une route communale, beaucoup d’accidents sont à déplorer : cinq morts en deux ans. Le maire provoque une réunion publique avec les riverains et propose d’instaurer un sens interdit sur la route communale, puisqu’un détour est possible et que cette route est utilisée comme voie de passage par des conducteurs dangereux qui peuvent échapper ainsi à un contrôle de vitesse. Tollé des riverains : « On ne peut pas changer nos habitudes», «ça allonge de 500 mètres ». Faut-il alors attendre de nouveaux accidents et en rendre le maire responsable pour que cette route puisse être effectivement sécurisée? Le maire a tranché en faveur de ce qui lui paraissait être l’intérêt général : le sens interdit fut établi. Certaines décisions impopulaires pour une catégorie d’administrés peuvent coûter cher lors d’élections ultérieures, mais « Il ne faut pas dire oui à tout, il faut avoir le courage politique de dire non ».

Puisque nous sommes dans le concret, donnons encore un petit exemple :

– un maire fait prendre par le conseil municipal les décisions encadrant les horaires d’utilisation des tondeuses à gazon dans une zone pavillonnaire aux jardins nombreux : simple moyen de faire respecter des temps de silence. Cela rappelle aux habitants qui l’auraient oublié la nécessité de tenir compte des autres, de respecter les moments de repos, voire de sommeil ou de travail différent de leurs voisins : c’est toute une éducation civique à faire passer dans les actes !

Mais il peut arriver que le maire se trompe, même s’il suit l’avis d’une partie de la population de sa commune. Il lui faut savoir rectifier une mauvaise décision. On ne peut en vouloir à un maire de se tromper – qui ne se trompe jamais? – mais il faut qu’il sache le reconnaître. Qu’il soit parfois seul, c’est dans l’ordre des choses : c’est lui qui impulse souvent les choix, qui les fait avancer à force de débats, de conviction, de patience; mais il sera jugé comme celui qui a su ou n’a pas su prévoir, préparer l’avenir et faire évoluer les mentalités à son niveau.

Il est vrai que le maire se sent souvent seul au moment des prises de décision; mais un travail d’équipe est possible si existe une réelle volonté du maire de partager les tâches, et donc le pouvoir. « Je dois savoir m’entourer d’adjoints et de conseillers actifs et compétents, à qui faire confiance ». Cela suppose en retour l’engagement d’un grand nombre d’hommes et de femmes au service de la commune.

Quelques exemples qui vont dans le même sens, empruntés à une actualité récente : l’accueil des gens du voyage dans des conditions décentes, la création de logements sociaux ou la mise en place d’actions d’insertion se heurtent souvent à la méfiance, voire à l’hostilité des habitants d’une ville ou d’un quartier. Les bénéfices attendus de ces actions semblent bien minces face à leurs inconvénients réels ou supposés. Un long travail d’explication, d’éducation des mentalités, de mise en relation des communautés, est indispensable pour que des liens se forment là où les a priori dominaient.

Les étrangers habitant la commune connaissent également une situation particulière, car ils ne prennent pas part au vote. Ils sont cependant citoyens de la commune : ils y vivent, y travaillent, sont les clients des commerces, envoient leurs enfants à l’école, paient des impôts et participent à la vie communale de diverses manières. Certaines municipalités ont choisi de reconnaître leur importance et ont mis en place des conseils municipaux associés, en attendant qu’une juste décision au niveau national leur accorde enfin le droit de vote pour l’élection municipale.

6- Gérer, c’est quoi ?

Il importe dans un premier temps de bien comprendre ce que signifie « gérer ». L’étymologie de ce verbe peut nous y aider. Le terme est un emprunt au latin gerere « porter sur soi ». Le verbe comporte l’idée d’activité propre du sujet et signifie aussi « prendre sur soi, administrer » pour le compte d’autrui, d’abord, puis pour son propre compte. Il serait trop facile de dire que pour bien gérer il suffit de ne pas confondre ses propres intérêts et ceux de la communauté. L’éthique de l’engagement politique est incontournable, mais l’acte de la gestion politique est infiniment complexe.

Gérer une communauté humaine avec ses structures administratives, fonctionnelles, ses réglementations locales, nationales, européennes et extra-européennes, n’est pas simple. Les règles de la gestion publique sont lourdes et contraignantes, mais elles sont nécessaires : à la fois garde-fous et garanties. Le décideur politique est enfermé dans un système auquel il ne peut échapper sans être immédiatement sanctionné. Faire des choix l’expose de facto à être critiqué et il est comptable de sa gestion auprès de ceux qui la lui ont confiée.

« Les élus sont accaparés par des tâches non politiques : la gestion ». Cette observation formulée par un maire pourrait laisser penser que gestion et politique s’opposent, alors qu’elles sont indissociables et complémentaires. Toute gestion est politique et toute politique implique des choix qui doivent être concrétisés; cette réalisation ne peut être menée à bien que par une gestion bien conduite. Qu’y a-t-il de plus « gestionnaire » que l’établissement du budget de la commune? Qu’y a-t-il de plus politique que les choix prévus dans ce même budget ?

Le responsable politique doit gérer au quotidien et à moyen ou long terme. Certes, le maire n’est pas isolé car il est à la tête d’une équipe dont il est l’animateur et il s’appuie sur des services. Il doit savoir écouter, s’informer des opinions de ses conseillers, proposer aussi, tout en étant tolérant face à la contradiction : « Sans opposition, on ignore si on a pris une bonne décision ». Sage réflexion !

Qu’il soit humain ou strictement technique, le problème reste concret avec ses données bien réelles qu’il faut comprendre dans toutes leurs dimensions pour se donner les moyens de le résoudre. Il faut prendre le recul nécessaire pour analyser un problème ou une situation le plus objectivement possible. « Pour le conseil, je demande des hommes capables, indépendamment des tendances politiques. Il faut qu’ils soient au courant de tout… Au départ il y a l’équipe, puis le maire doit s’investir de plus en plus : on lui abandonne les décisions ». Cela implique une bonne connaissance du terrain et une grande liberté d’esprit. « Il faut savoir résister, pour convaincre il faut savoir avoir raison , vaincre l’affectivité, résister aux schémas culturels habituels ». Cela n’est guère aisé et prête le flanc à la critique. Il faut, de plus, rester d’une honnêteté totale.

« La satisfaction, elle vient d’où ? [elle apparaît] surtout lorsqu’on arrive à résoudre un problème humain difficile… mais aussi lorsqu’on arrive à faire construire une route goudronnée là où il y avait de la boue après chaque pluie…« 

Qui exerce la responsabilité de la gestion ?

Dans un système démocratique le pouvoir appartient au peuple et c’est l’ensemble des citoyens qui est censé l’exercer. Il apparaît immédiatement que dans des sociétés aussi complexes que nos sociétés industrielles modernes la gestion concrète par l’ensemble des citoyens est une illusion : le pouvoir de gestion est donc délégué. « L’essentiel des décisions passe dans des structures intermédiaires que le citoyen ignore et qui ne sont pas électives ». L’Etat, c’est-à-dire les responsables politiques qui mettent en oeuvre une « politique », décident pour une majorité qui les a élus. Le citoyen est dessaisi de sa responsabilité collective et peut perdre la conscience de son pouvoir souverain. Sans aller jusqu’à des formes despotiques de gouvernement, le « pouvoir » en place peut négliger les intérêts légitimes des minorités et des individus, et opérer dans une sphère élitiste et privilégiée, où la classe politique, au-delà des clivages idéologiques, ne gère que ses propres intérêts et ne respecte plus le contrat social passé avec l’ensemble des citoyens.

La finalité de la bonne gestion est de régler l’existence commune des citoyens, d’assurer la cohésion et la sécurité de la société. L’élu politique a le devoir moral de créer, d’inventer et non de dominer. Son pouvoir n’est pas absolu, il a des limites qu’il ne saurait franchir. Ces limites sont celles de l’Homme lui-même : il n’existe qu’en compagnie des autres, il est concerné par « la morale générale », la liberté d’expression (vote, manifestations, référendum), son libre-arbitre, sa prise de conscience de l’ordre du monde, la participation aux objectifs collectifs, à la définition d’idéaux et d’une utopie collective.

Considérations en forme de conclusion partielle

Arrivés au terme de cette rencontre avec les maires de la Vienne et des Deux-Sèvres nous pouvons tourner notre regard vers nous-mêmes, simples citoyens. Nous ne sommes investis d’aucun mandat électif, sommes-nous concernés par la « gestion » ?

Et d’abord qu’entendons-nous ordinairement aujourd’hui par le mot « gestion » ? Devons-nous continuer à le prendre dans l’acception de « gestion d’affaires », publiques ou privées ? C’est celle que nous avons considérée jusqu’ici dans notre rencontre avec les maires ; le mot est synonyme d’ »administration ». Ne faudrait-il pas revenir à la signification première du verbe « gérer », celle que nous avons donnée plus haut : « porter sur soi », « se charger de ». On peut le rapprocher du mot « geste », mouvement du corps, mais aussi action, acte remarquable et qui frappe l’esprit. Aujourd’hui, tout est « gérable », l’emploi du temps, la carrière, la vie. Un beau geste n’est pas nécessairement l’envol d’une main ou la courbe gracieuse d’un bras de danseuse.

Hommes et femmes, nous sommes sont constamment confrontés à des problèmes qu’il nous faut résoudre (« gérer » ?) en tant qu’individus. Ces problèmes peuvent être de peu d’importance, ils peuvent être vitaux et la façon dont nous les traitons peut engager toute notre vie; ils ont toujours des conséquences sur nous-mêmes et sur notre environnement. Nous ne sommes pas toujours conscients de l’étendue de ces conséquences : une décision qui peut nous sembler anodine et de peu d’importance, peut avoir sur d’autres des répercussions considérables. Nous devons nous méfier de la routine, de l’habitude, c’est souvent sur les routes familières que surviennent les accidents mortels. Notre esprit doit rester vigilant. Il est devenu banal aujourd’hui de dire que toute activité humaine doit être « gérée » et que personne ne peut échapper à cette nécessité, la mère de famille au centre de ses activités domestiques, le P.D.G. à la tête de son entreprise, l’étudiant ou le lycéen au seuil de son année d’études, le maire à la tête de son équipe municipale, le simple citoyen au sein du mouvement associatif où il s’est engagé. Tous, à des degrés et à des niveaux différents, nous sommes responsables de nos actes ; ces actes, nos gestes, nous engagent et nous définissent, nous nous devons de les gérer correctement et nous sommes redevables de cette gestion à la communauté dans laquelle nous inscrivons notre action. Ne pas agir c’est déjà agir négativement. Comme aurait pu le dire Monsieur Jourdain, nous faisons tous de la politique sans le savoir.

Il est donc essentiel pour chacun de nous de bien cerner les données des situations dans lesquelles nous sommes amenés à nous trouver. L’analyse est toujours personnelle et les choix qui en découlent le sont également, à tous les niveaux, du plus humble au plus important, du plus individuel au plus collectif. Notre engagement en dépend. Il y a des décisions qu’on ne peut pas déléguer. Et si délégation il y a, elle ne doit en aucun cas être considérée comme un blanc-seing accordé une fois tous les cinq, six ou sept ans. Cela ne doit nullement signifier que nous devions remettre en question la confiance accordée un jour d’élection à tel ou tel de nos élus, mais nous devons accompagner leur action par une participation à la vie de la cité. Cette participation peut prendre des aspects très variés, l’engagement dans un parti, dans un syndicat, dans une association, dans notre milieu de travail, de loisir. Les occasions sont multiples de montrer de l’intérêt pour notre environnement social et d’intervenir dans son évolution, même à une toute petite échelle.

La souveraineté de l’individu reste un principe primordial face à l’autorité politique, au « pouvoir qui gère ». Il lui faut à la fois se soumettre au pouvoir politique qu’il a contribué à mettre en place pour favoriser « l’ordre et la paix sociale », et à la fois démystifier ce même pouvoir politique pour rester ACTEUR et conserver les valeurs de la démocratie.

Sommaire

2- Quelques réflexions pour une pratique de la politique

Nous présentons dans cette deuxième partie, trois contributions pour aider à la réflexion de nos lecteurs. Le domaine de la politique est trop vaste pour qu’on puisse prétendre le cerner dans son ensemble, d’où ce choix de trois éclairages différents, volontairement juxtaposés, qui mettent chacun l’accent sur une dimension particulière de la vie politique.

– La première contribution évoque les modalités variées d’une participation responsable aux choix politiques qui engagent la construction de l’avenir.
– La deuxième rappelle les cadres institutionnels qui régissent une société moderne et l’adhésion que le citoyen doit leur accorder, adhésion qui implique un effort d’information.
– Enfin la troisième souligne les exigences de la démocratie et l‘importance d’un apprentissage précoce à la vie démocratique.

UTOPIE, UTOPIE… ESPECE D’UTOPISTE !
Pour un regard neuf sur l’avenir

La caricature du Français frondeur, râleur et resquilleur ne suffit pas à expliquer le fossé qui se creuse entre les citoyens et la politique; l’ésotérisme du langage, la fameuse langue de bois, les affaires ou le foisonnement des partis et des tendances n’expliquent pas non plus complètement la désaffection du citoyen envers la politique. Le rapport de défiance que les hommes et les femmes ont avec le pouvoir, de même que les engagements non tenus, accroissent encore la distance entre citoyens et politiciens, tandis que de vieilles traditions, plus ou moins libertaires, défavorisent l’engagement de l’individu dans les organisations structurées. Le manque de perspectives, de projets propres à susciter l’enthousiasme et, par conséquent, le manque d’espoir accroissent encore la distance avec la politique.
C’est à l’échelon local et singulièrement municipal que l’action politique s’avère la plus perceptible au citoyen : la proximité, les besoins très concrets et très proches auxquels elle doit répondre, offrent de réelles possibilités de lisibilité, de contrôle et d’intervention.

Pour autant, l’action politique ne saurait se limiter à ce niveau et encore moins à la seule administration quotidienne, pas plus locale que nationale ou internationale. En observant les grandes crises actuelles, qui s’expliquent par l’histoire des pays concernés, leurs conditions de vie, leur culture ou leur religion, on voit bien que des solutions durables exigent un projet d’avenir qui va bien au-delà de la seule gestion des conflits.

La politique consiste, en effet, à rechercher la meilleure adéquation possible, d’une part, entre les communautés humaines, et d’autre part, entre l’homme et son environnement, tant naturel, économique et matériel que culturel et spirituel. Elle n’est donc limitée ni dans son objet, ni dans le temps, et touche tout l’humain. Elle a besoin pour vivre d’une utopie dynamique, jamais figée, créatrice, mobilisatrice de l’initiative et de l’engagement de tous au service du bien commun.

Toute décision politique est sous-tendue par une conception de l’homme, de sa place dans la société, de son développement. Aucun choix ne peut être neutre. Ou bien on considère l’individu comme un outil, un moyen et, dans ce cas, seul le résultat économique, voire chiffré, dicte les orientations et les décisions à prendre; ou bien l’Homme avec la satisfaction de ses besoins, son épanouissement culturel, spirituel et social est au centre des préoccupations. D’autres priorités dicteront alors de nouveaux choix dans tous les domaines.

On le voit bien, par exemple, dans des domaines aussi divers et éloignés que l’agriculture, avec le choix de la productivité à tout prix et ses conséquences sur la santé et l’environnement, ou le sport, dans lequel le dopage permet des performances inégalées au prix de graves risques pour la santé et de la vie des sportifs eux-mêmes. Ce sont deux exemples parmi tant d’autres, où les décisions politiques engagent plusieurs avenirs possibles pour les individus comme pour la société entière.

Il n’est pas acceptable que le seul souci de l’efficacité économique, de la seule rentabilité financière, l’emporte sur celui de l’épanouissement humain; nous avons la responsabilité de construire ensemble un monde solidaire. Cette construction n’est-elle qu’un rêve ou s’agit-il du projet d’un autre avenir à construire, en deux mots d’une utopie réalisable ?

Les institutions républicaines ont l’ambition de donner du pouvoir aux citoyens à travers diverses structures (municipales, départementales, régionales et nationales) élues au suffrage universel. Certes on peut toujours en discuter les modalités, mais l’élection demeure un moment essentiel de débats, de confrontations, de choix. Prendre part à l’élection proprement dite reste un devoir civique. Cependant se contenter d’écouter des débats et déléguer ensuite ses pouvoirs pour une période plus ou moins longue, tout en distribuant bons ou mauvais points en lisant son journal ou en regardant l’écran de la télévision, ne saurait suffire. Les problèmes qui se posent chaque jour concernent notre vie, celle de nos enfants, de nos voisins proches ou lointains. Des solutions nous sont proposées, mais comprendre, avec d’autres, les enjeux humains, économiques, environnementaux des solutions envisagées, écouter et partager pour faire d’autres propositions plus en rapport avec la solidarité et la conscience du bien commun est une attitude responsable.

Comment, par exemple, concilier la soif de construire notre propre avenir, en fonction de nos goûts, de notre conception locale ou nationale de la vie et le souci indispensable de l’économie des ressources naturelles, de la survie et du développement des autres peuples de la planète à l’heure de la mondialisation ? Comment envisager l’avenir de l’humanité sans tenir compte de la répartition des richesses et de leur usage ?

Où et comment le citoyen peut-il formuler des projets ? Dans quelles instances peut-il discuter de leur efficacité, de leur validité, des choix humains qu’ils impliquent et des conséquences qu’ils engagent ? L’engagement dans un parti politique, un syndicat, une association, peut constituer une réponse.

Une confrontation indispensable

Des maires nous ont dit l’enrichissement de leur réflexion au contact d’autres élus dans les districts ou les communautés de communes. De nombreux militants disent le besoin d’élargir leur horizon, d’échanger leurs expériences. Peut-on alors, se contenter de ne considérer les partis politiques ou les élus que comme un moyen de régler ses problèmes personnels ou d’obtenir un avantage quelconque? La confrontation des rêves, des utopies, des expériences est indispensable à tout projet de vie commune, à tout projet de société .Il est impossible d’envisager la totalité de l’intérêt général avec la seule lunette de sa réflexion personnelle. Il est souhaitable dans une démocratie, que chaque citoyen s’exprime et puisse peser de son propre poids, mais il est tout aussi souhaitable que ceux qui ont fait l’effort humain et matériel de l’écoute des autres, de la réflexion et de l’élaboration collective, et qui pour cela se sont groupés en parti politique, proposent leurs analyses, leurs projets, et sollicitent des électeurs le pouvoir de les mettre en œuvre. Ainsi se manifeste la fonction la plus élevée du parti politique.

Pour autant, la délégation de pouvoir aux élus ne saurait s’assimiler à un chèque en blanc, encore moins à une démission ; elle appelle, en permanence, à la réflexion, à la vigilance, à la proposition, à l’intervention même ; en un mot, à la participation. Il s’agit là d’un échange permanent, responsabilisant et solidaire, essence d’un pouvoir au service du bien commun, appuyé sur une opinion publique informée, consciente et responsabilisée. N’est-ce pas là une utopie citoyenne opposée à celle d’un pouvoir arbitraire, confisqué, basé sur une majorité silencieuse résignée ou manipulée ?

Les chrétiens, comme tous les autres hommes, peuvent avoir dans tous les domaines, des opinions diverses, des points de vue très éloignés les uns des autres, quelquefois opposés. Leur foi ne propose pour l’organisation de la société aucune solution toute faite, elle ne vise aucun consensus mou, véritable « paix des cimetières ». Elle exige l’amour de l’autre, c’est la base de « l’utopie » chrétienne. « Mon commandement est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés ». Cet amour de l’autre est vécu en actes concrets par de nombreux hommes qui ne se réclament pas du christianisme mais coopèrent ainsi à la construction d’un monde fraternel.

Femmes et hommes responsables nous devons avoir la volonté d’affronter la difficulté du dialogue et de combattre, en excluant la haine, pour des solutions justes. A soi seul, cela semble aujourd’hui une utopie. N’est-ce pas une utopie nécessaire ? N’est-il pas urgent d’inventer, de construire du neuf, quand un tiers de l’humanité souffre de la faim et quand, même chez nous, tant d’êtres humains sont exclus et crient justice ?

LA VIE POLITIQUE DANS SON CADRE FORMEL, SES RÈGLES…
« Le postulat de confiance »

L’espace politique d’exercice du pouvoir est un espace balisé par des lois, malgré les soubresauts et les crises périodiques qui le secouent. Comme tout organisme vivant, une société moderne – tout comme les sociétés anciennes – affronte ses défis, ses doutes et ses chances, qu’ils lui soient intrinsèques ou imposés de l’extérieur. Nous vivons désormais dans une société moderne et pluraliste qui refuse une pensée unique, qu’elle soit idéologique, religieuse ou éthique. Cette société englobe de ce fait une multiplicité de formes autonomes, de sous-espaces, de groupes, dont aucun ne peut revendiquer la légitimité du pouvoir a priori.
Le lieu du pouvoir étant par définition considéré comme « vide », il a vocation à être occupé provisoirement par tout représentant dûment mandaté. Ainsi, une société démocratique aujourd’hui se trouve en permanente délibération, certains disent même en permanente instabilité. Elle s’adapte aux techniques nouvelles qui émergent sans cesse ainsi qu’à l’évolution des relations sociales. La société moderne a fait son deuil d’un âge d’or idéal à retrouver, d’une société pacifiée, ou d’une réconciliation à venir. « La ‘crise’, au sens de la critique de soi, lui est consubstantielle [c’est-à-dire inhérente à sa nature, ndlr], de même qu’elle instruit toujours le procès d’elle-même » (cf. P.Valadier, L’Eglise en procès, ch.1, §3 : Société moderne, société de délibération; Flammarion, 1989).

Le paysage institutionnel de la vie politique, notamment dans sa forme démocratique, repose sur quelques éléments de base légaux, et sur les règles qui en résultent.

L’élément premier est une loi fondamentale, dans la plupart des cas sous la forme d’une constitution écrite, dont la caractéristique essentielle est la volonté, tacite ou avouée, d’une certaine sacralisation du cadre des Pouvoirs Publics (voir Ph.Braud, La vie politique, p.48, PUF, Que sais-je, 4e édition corrigée, 1996). Sa révision ou sa modification exige souvent une majorité plus forte que pour le vote des lois ordinaires, au sein des instances législatives. En France, d’après l’article 89 de la Constitution, cela nécessite la réunion du Congrès ou l’organisation d’un référendum.

Des compétences bien réparties

L’organisation de l’espace institutionnel proprement dit consiste à distribuer les compétences dans le domaine propre à la politique, qui est celui des pouvoirs sociaux d’injonction (police, prison, fisc, etc.) et d’élaboration d’actes normatifs. La distribution des compétences structure la vie politique, et définit le système d’exercice des pouvoirs. Deux aspects fondamentaux entrent en jeu dans tous les cas :

1) la distribution des compétences entre un Centre et une Périphérie dont résultent différentes configurations bien connues (État unitaire centralisé, État admettant un certain degré de décentralisation effective, système (État) fédéral) ;

2) la distribution des compétences entre organes de décision et organes de contrôle.

C’est ce deuxième point qui a marqué profondément la réflexion politique en Occident et la forme démocratique « moderne » de l’Etat qui subsiste dans diverses incarnations concrètes. La question radicale posée par Locke et Montesquieu aux XVIIe et XVIIIe siècles a été la suivante : qu’est-ce qui est bon, unité ou séparation des pouvoirs ? Le principe de distinction et de séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, élaboré par ces deux philosophes et leurs successeurs, sa laborieuse réalisation dans nos régimes démocratiques qui sont des régimes à séparation des pouvoirs, génèrent des mécanismes de contrôle et d’équilibre qui visent à éloigner autant que possible le spectre d’une concentration excessive des pouvoirs, dans leur totalité, le spectre des « totalitarismes »…

Le régime à séparation des pouvoirs est défini par le politologue Ph. Braud comme celui où « différentes institutions partagent l’exercice des compétences régaliennes (étatiques), se trouvant à la fois en situation d’interdépendance. Toutes ensembles, en effet, elles concourent à l’achèvement d’un processus décisionnel, de la préparation à l’adoption, de l’exécution au contrôle. » (Ph. Braud, ibid., p.52). Dans ce cadre, les spécialistes appellent régime présidentiel le régime américain où l’équilibre vient du fait que le Congrès (détenteur du pouvoir d’adopter les lois) et le Président, chef de l’exécutif – les deux issus du suffrage universel – bénéficient théoriquement d’une légitimité comparable. Un équilibre différent caractérise le régime parlementaire, de type britannique ou celui de la Ve République en France.

Il n’est pas question ici d’approfondir cette problématique et de décrire les évolutions – en France et ailleurs – et les luttes qui ont façonné ce que les jeunes générations considèrent souvent comme un cadre « normal », acquis et presque évident… Il s’agit seulement d’évoquer un autre élément-clé qui conditionne l’équilibre institutionnel évoqué plus haut, généré par le principe de séparation des pouvoirs. Ce sont les procédures d’accès aux instances de pouvoir, autrement dit la (les) réponse(s) à la question suivante : si on écarte la sélection par la violence, l’antique tirage au sort sous le regard des dieux, et d’autres modes d’acclamation par un cercle d’initiés, comment devient-on chef d’Etat, député, conseiller d’Etat, juge, maire, conseiller général ou régional, chef d’Etat-major, ministre ?

Le suffrage universel

La notion de suffrage universel direct appliqué en France depuis cinquante-cinq ans (ce n’est qu’à partir de 1945 que les femmes votent en France) constitue un mode d’investiture de différents représentants (chef de l’Etat, député, conseillers généraux et régionaux) avec des types de scrutins variés (majoritaire, proportionnel avec correction, etc.) Le suffrage restreint régit l’investiture des sénateurs. D’autres membres de nombreux Corps d’état (assemblées délibératives, juridictions, administrations, états-majors des cabinets ministériels et autres) sont nommés ou cooptés. Derrière tout ce système des grandes et petites investitures se trouve le tissu légal des lois électorales, imposant ici la représentation proportionnelle, là le système majoritaire uninominal ou plurinominal (liste).

La vie politique ainsi structurée implique des acteurs et des groupes dont le but est d’obtenir par l’acquiescement des citoyens une légitimation de l’accès aux Pouvoirs Publics et au choix des gouvernants. Tout le réseau des partis politiques, des clubs, des associations et des groupes d’intérêts dans une société pluraliste contribue à ce que le citoyen éclairé et informé (en théorie) puisse – dans le cadre de liberté qu’il possède – poser un acte de choix. Le langage politique est un univers fascinant, porteur de signes, de sens, de symboles, d’affirmation d’identité. La parole et l’image sont des instruments de la vie politique, exercée, vécue, subie… Tout le problème de l’information, des media, de leur utilisation, voire de de leur manipulation, se pose alors.

Nous ne développerons pas davantage ce point. Nous touchons cependant à quelque chose de capital lorsque nous évoquons l’ensemble des signes qui constituent le débat politique. Les lois normatives, le paysage institutionnel, et les procédures constituant le tissu formel de la vie politique dans une société moderne seraient caducs si cette chose à peine dicible mais fondamentale qu’on peut appeler confiance, crédit positif, ou au moins adhésion accordée par le citoyen à ses institutions faisait défaut…

C’est une banalité de dire que l’institution du suffrage universel ne s’est pas faite en un jour. Ce droit, qui est une conquête, n’est jamais totalement acquis, comme le montrent différentes péripéties du passé et du présent. Ainsi, toute fraude électorale avérée et tolérée porte en elle un danger de régression de la démocratie, précisément parce qu’elle remet en cause la confiance que les citoyens accordent à leur constitution.

La finalité et l’importance de la vie politique, son enjeu central, sont déjà lapidairement résumés par Aristote dans sa Politique : « Ce n’est pas seulement pour vivre ensemble, c’est pour bien vivre ensemble qu’on s’est mis en État ». Ainsi, la démocratie pluraliste ne pourra jamais se réduire à l’arithmétique des scores et des chiffres. Le postulat de « crédit positif » ou de confiance élémentaire du citoyen vis-à-vis des institutions et des règles dépasse bien le cadre formel. C’est cette confiance – même si elle reste modeste, lucide, sans charge affective – qui porte l’édifice. Sans elle, aussi élémentaire et invisible soit-elle, cet édifice ne peut que se désagréger, même si l’effet n’en est pas immédiatement perceptible.

VERS UNE PÉDAGOGIE DE LA POLITIQUE
ou comment résoudre la « crise de confiance »

C’est bien un constat de désintérêt, de désaffection vis-à-vis de la politique qu’il faut faire. Les raisons en sont sans doute multiples, liées aux hommes, aux méthodes et aux comportements.

Cette confiance perdue ne reviendrait-elle pas si les enjeux étaient plus clairs, mieux expliqués ?

Clarifier les enjeux

Beaucoup de nos concitoyens en âge de voter n’ont connu que la démocratie d’après 1968, avec une grande évolution des moeurs et des usages. Pour eux, la vie démocratique est une évidence qui ne peut être remise en cause. Ils ne peuvent imaginer d’être privés des droits et des libertés durement acquis… par d’autres avant eux.

Nous pouvons nous réjouir d’une telle situation, mais elle engendre des comportements individualistes, le combat collectif pour la défense des libertés n’étant plus vraiment à l’ordre du jour. Le citoyen n’est plus l’acteur de la mise en place du régime démocratique. Il assiste parfois, avec quelque frayeur, à des événements ou à des prises de position qu’il pressent comme des dangers potentiels (comme la montée en puissance de l’extrême-droite dans les années 1980), mais il finit par en accepter une banalisation rampante sous prétexte, justement… de démocratie.

Ceux qui, dans d’autres pays, combattent pour la mise en place de régimes démocratiques, savent la difficulté de ce combat et apprécient, à leur juste valeur, les progrès qu’ils voient se réaliser sous leurs yeux.

Peut-être pourrions-nous réapprendre à nous émerveiller de cette vie communautaire démocratique possible dans notre pays ?

Mais la démocratie a aussi ses exigences. Elle n’existe que si elle avance, nourrie de la réflexion et de l’action de chacun à son niveau. Le sens du bien commun n’est pas réservé à l’homme politique. Chaque citoyen peut et doit se sentir concerné par le débat démocratique avec ses conflits, ses arbitrages, ses difficultés.

Encore faut-il que ce débat existe de manière intelligente et intéressante, et pas seulement au moment des élections. On peut penser que le citoyen pourrait être plus souvent consulté, et c’est là, peut-être, une voie d’avenir pour la démocratie locale.

Il y a d’ailleurs ici ou là des tentatives de mise en place de « démocratie participative » où le citoyen ne serait plus seulement « usager et client » [rencontre de Poitiers du 26 octobre 1999], mais aussi acteur et constructeur.

Organiser l’apprentissage et… la formation continue

« On peut faire un constat, mais on peut aussi prendre les moyens… ». Cette remarque énoncée par un maire lors d’une de nos rencontre à poitiers en octobre 1999, pour évoquer le partage des responsabilités dans le travail municipal, et l’éventuelle solitude du maire dans ce travail, peut aussi s’appliquer à la notion d’apprentissage.

Il y a une nécessité de l’apprentissage de la vie démocratique dès le plus jeune âge. Il faut en prendre les moyens. On devrait apprendre à voter comme on apprend à lire ou à écrire! L’éducation civique comme matière d’étude à l’école vient d’être réintroduite; il faut cependant veiller à ce que l’enseignement proposé corresponde à la réalité de la vie des jeunes d’aujourd’hui. On ne peut pas, d’un côté, encourager le fonctionnement de la démocratie et, de l’autre, continuer à fonctionner dans certaines structures scolaires ou associatives sans tenir compte des enseignements de la démocratie. C’est une question de cohérence…

On peut ainsi prendre un exemple simple pour illustrer ce propos : un abribus est régulièrement saccagé jusqu’au jour où sa décoration est confiée à un groupe de jeunes, encadrés, s’y retrouvant ; il ne subit plus de dégradations. Il est légitime de penser que l’association de ces jeunes au projet de décoration les a rendus plus responsables : ils sont devenus citoyens. Pourquoi ne pas appliquer cette façon de faire à bien d’autres domaines ?

La famille aussi devrait être un des premiers lieux de cette réflexion indispensable sur le fonctionnement de la société. Lorsque qu’elle existe (mais c’est là un autre problème, d’une urgente réalité), il y est malheureusement plus souvent question de dénigrement systématique du « politique » à l’aide de clichés ou d’arguments fournis par… les politiques eux-mêmes ! Réédition de la farce de l’arroseur arrosé.

On pourrait voir là l’influence prépondérante des médias nationaux et régionaux qui, bien qu’ils s’en défendent, cherchent le plus souvent, dans le domaine de la politique, une information choc, rapide, sans recul sur l’événement, sans toujours le souci de la vérité. C’est le sensationnel qui paie ! On peut d’ailleurs remarquer la disparition à la télévision, aux heures de grande écoute, des émissions politiques au profit d’émissions de variétés (audimat oblige… ) dans lesquelles se produisent les « acteurs » de la politique. On confond ainsi malheureusement communication et politique, et par là même on dénature la politique.

Il y a là une réflexion à poursuivre.

Dans ce contexte, le meilleur « formateur en politique » ne serait-il pas l’homme politique lui-même, et singulièrement celui dont la proximité est réelle, palpable, le maire. Il y a là, peut-être, un problème de fonctionnement dans le travail municipal lié aux contraintes techniques et bureaucratiques énoncées précédemment.

L’image du « politique »

Nous devons tous réviser nos jugements sur le fonctionnement de la politique et des hommes et des femmes qui la servent plus « professionnellement ». L’apprentissage ou le ré-apprentissage pourrait recentrer le regard du citoyen sur l’importance et la difficulté du travail à effectuer.

Ceux qui s’engagent dans la politique ont, pour la plupart, le sens du bien commun, mais ils sont aussi confrontés aux demandes particulières du citoyen qui, lui, voit surtout son intérêt à lui, sans forcément appréhender l’ensemble du problème posé par une situation donnée. Les choix, difficiles à faire, ne peuvent contenter tout le monde et, pour un élu, la sanction électorale est toujours à craindre.

Le comportement du responsable politique doit donc être irréprochable en ce qui concerne son intégrité et la façon dont les décisions sont prises, car la difficulté est bien de décider, et de décider dans le meilleur des sens. Même si des abus et des fautes ont été commis par un petit nombre d’élus, il n’est pas juste d’étendre la réprobation à la classe politique dans son ensemble et de les voir qualifiés de « tous pourris ».

Nous devons mener campagne à notre tour, pour une meilleure connaissance de nos élus et de leur travail.

A cette condition, le débat politique pourra renaître « en vérité ».

Pour conclure… provisoirement

« Faire de la politique » c’est donc dépasser scepticisme et défiance pour travailler à l’avènement d’une société plus juste et plus humaine. C’est prendre en compte l’intérêt général et les témoignages des maires ont montré ce que recouvre cette notion au quotidien. La politique est bien « l’affaire de tous » et tous les ouvriers sont appelés à cette vigne, sans attendre la onzième heure.

Les formes d’engagement sont multiples. A chacun de faire ses choix, éclairé par les débats que favorisent les échanges entre chrétiens. Nous invitons donc les communautés locales, les conseils paroissiaux, les divers groupes d’Eglise, à poursuivre la réflexion entamée ici : comment dépasser le désarroi qu’inspirent les « affaires » ? Comment donner une dimension chrétienne à des engagements diversement situés sur l’échiquier politique ? Comment aider les jeunes à participer à la vie démocratique ? Autant de questions qu’il faut poser si l’on est persuadé que faire de la politique ne se limite pas à déléguer à d’autres la responsabilité de la « gestion » de notre société.

Notre hardiesse a été bien grande de nous attaquer à cette question si vaste par toutes ses implications. Le chantier est bien complexe mais nous avons construit une petite barque. Aujourd’hui nous la lançons vers vous. Que Dieu lui fasse trouver un vent favorable pour la conduire à bon port.

Bien amicalement, l’équipe de Justice et Paix.

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