Les jeunes et l’alcool

Commission Diocésaine Justice et Paix

Octobre 1997

1- Un constat qui fait réfléchir
2- Ce qu’ils disent de l’alcool
3- Le chemin d’abstinence est un long parcours
4- Changer de regard, accueillir, écouter
5- Propositions pour une meilleure prévention
6- A la découverte de la planète du bonheur
7- Quelques adresses pour la Vienne et les Deux-Sèvres

La commission «Justice et Paix» du diocèse de Poitiers a décidé de s’exprimer sur le problème de l’alcoolisme, et plus particulièrement sur les relations des jeunes à l’alcool.

Le groupe de réflexion constitué sous l’égide de cette commission comprend des membres de deux associations d’anciens buveurs, deux magistrats, un médecin alcoologue, un chef d’établissement scolaire, une assistante sociale et deux prêtres. Ce document est le fruit de leur expérience dans leur responsabilité propre et de leur travail en commun. Son but est d’alerter le public sur des situations urgentes et souvent dramatiques mais aussi d’inciter à une action concrète et à un engagement dans le cadre des associations et mouvements existants.

A la découverte d’une planète

La planète suivante était habitée par un buveur. Cette visite fut très courte mais elle plongea le petit prince dans une grande mélancolie : – Que fais-tu là ? dit-il au buveur, qu’il trouva installé en silence devant une collection de bouteilles vides et une collection de bouteilles pleines. – Je bois, répondit le buveur, d’un air lugubre. – Pourquoi bois-tu ? lui demanda le petit prince. – Pour oublier, répondit le buveur. – Pour oublier quoi ? s’enquit le petit prince qui déjà le plaignait. – Pour oublier que j’ai honte, avoua le buveur en baissant la tête. – Honte de quoi ? s’informa le petit prince qui désirait le secourir. – Honte de boire ! acheva le buveur qui s’enferma définitivement dans le silence. Et le petit prince s’en fut, perplexe. «Les grandes personnes sont décidément très très bizarres», se disait-il en lui-même durant le voyage. Le Petit Prince (Saint-Exupéry)

1- Un constat qui fait réfléchir

L’alcool contre la santé

Avant d’aborder directement le problème de l’alcoolisme chez les jeunes, il est nécessaire d’examiner la question de l’alcool dans un contexte national et de saisir ses conséquences sur la santé. En effet, l’alcoolisme atteint désormais tous les âges et toutes les couches de la société, et l’importance du milieu familial et social pour un jeune n’est plus à démontrer.

1. La France en tête de la consommation d’alcool
(sources : Association Nationale de Prévention de l’Alcoolisme ; Francoscopie 97 de Gérard Mermet)

Depuis le milieu des années 60, la consommation d’alcool décroît régulièrement en France et atteint, en 1989, 16,8 litres par personne de 15 ans et plus, alors que l’on observe une augmentation pour l’ensemble de nos voisins. Néanmoins, en consommation d’alcool pur dans le monde par habitant et par an pour l’année 1995, la France demeurait en première position avec plus de 11 litres, toutes populations confondues.

Le vin reste très largement la première source d’alcool consommé en France, malgré la régression sensible de sa part relative (recul des vins de table). En même temps, la bière est la boisson préférée des jeunes Français. La moitié des adolescents de 12 à 18 ans déclarent boire de l’alcool. Ils consomment en moyenne un peu plus de 3 litres d’alcool pur par an – cependant 30% d’entre eux ne boivent jamais d’alcool.

Avec l’Italie, la France est l’un des premiers producteurs mondiaux de vin. La population vivant directement ou indirectement de la production des boissons alcoolisées représente en France 510 000 personnes environ.

S’il est très difficile d’évaluer le coût réel de l’alcoolisme en France, on peut néanmoins être certain qu’il coûte à la nation plus qu’il ne rapporte à l’Etat.

2. La situation en Poitou-Charentes
(sources : Observatoire Régional de la Santé)

Notre région est une productrice importante d’alcool distillé (14% de la production nationale). Cependant la mortalité par maladies dues à l’alcool y est plus faible qu’à l’échelon national. Mais la mortalité par suicides et morts violentes (consécutifs a l’alcool) y est plus importante qu’au niveau national (de l’ordre de 20% de plus).

Par ailleurs, une étude récente (publiée en janvier 1997) menée sur les lycées de Niort a montré que les jeunes qui s’alcoolisent précocement recherchent un état d’ivresse répétée, s’intégrant volontiers dans un processus de toxicomanie – augmentation de la consommation de tabac, de médicaments, de drogues illicites – mais aussi de conduites délictuelles ou «à risque».

Les constats établis dans les unités d’alcoologie montrent que l’influence du milieu socio-professionnel s’estompe, que la population est de plus en plus jeune, de plus en plus féminine, et que les conduites d’ivresse à répétition représentent un mode d’entrée dans l’alcoolo-dépendance de plus en plus fréquent.

Ces conduites augmentent de façon très importante dans la «tranche» des 16-18 ans. Les lycéennes consommant régulièrement de l’alcool sont 13% en seconde et 20% en terminale (7 et 11% dans une enquête nationale équivalente) ; les lycéens 21% en seconde et 42% en terminale (11 et 24% dans l’enquête nationale). A Niort comme dans le reste de la France, 33% des lycéens de terminale ont connu plus de 10 ivresses dans l’année ; en revanche, ce phénomène concerne 17% des lycéennes de terminale, contre 9% au plan national.

Il y a donc lieu d’être attentif à un phénomène qui semble toucher de plus en plus de jeunes.

3. Les maladies imputables à l’alcool

Trois affections représentent la plus grande partie des décès imputables à l’alcool : cyrrhose du foie, psychose alcoolique et alcoolisme, cancers des voies aéro-digestives supérieures (bucco-pharynx, oesophage, larynx). Pour cette dernière cause, un autre facteur peut également intervenir : le tabac.

Plus de 60 000 personnes meurent en France chaque année des suites d’un abus d’alcool. L’alcool serait responsable d’un tiers des décès liés aux maladies de l’appareil digestif et aux troubles mentaux et de 13% des décès par cancer.

4. Les risques d’accidents

Les accidents, et particulièrement ceux de la circulation, impliquent souvent une personne qui présente une alcoolisation importante. Ainsi, le réseau de surveillance de la gendarmerie a permis d’estimer à 38% le pourcentage d’accidents mortels dans lesquels est impliqué un conducteur dont l’alcoolémie est supérieure à la norme autorisée, c’est-à-dire 0,8 g/litre (norme actuelle 0,5 g/litre).

De nombreuses morts violentes (homicides ou suicides) sont également liées à l’alcool. Plus d’un tiers des personnes qui font une tentative de suicide sont en état d’ébriété. La corrélation de la carte du suicide avec celle de l’alcoolisme est évidente. L’alcoolisme est, de plus, un facteur important de récidive. Le taux de suicide des jeunes est en constante augmentation depuis les années 60.

On connait également le risque pour le foetus lié à l’alcoolisation maternelle et les nombreux cas de sévices aux enfants ou au conjoint après une alcoolisation excessive. Cependant, tant au niveau national que régional, ces études sur la morbidité restent trop peu nombreuses et devraient être développées.

L’action violente est un alcool

L’alcoolisation et la violence se manifestent le plus souvent ensemble. Elles signifient une réelle volonté, d’un côté comme de l’autre, de transgresser la loi, de violer le sacré, d’avoir mainmise sur la puissance de vie, autant de perversions qui atteignent l’intelligence au plus profond d’elle-même…. L’action violente est un alcool. L’intelligence qui y a goûté a bien du mal à s’en déshabituer…»

Jean-François Six

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2- Ce qu’ils disent de l’alcool

1. Des jeunes

Dans le cadre d’une réunion du mouvement «Vie libre», des jeunes sont interrogés :

– Ressens-tu le besoin de boire ?
– Oui, on a besoin de boire. Etant donné que je suis timide et réservé, l’alcool m’aide pour draguer.

– Faut-il boire pour faire la fête ?
– Oui, on a besoin de boire pour avoir une bonne ambiance. Mais boire est dangereux : on fait n’importe quoi. On boit pour essayer d’oublier quelque chose, pour se masquer les réalités difficiles.

– Quelles réactions as-tu devant un copain ou une copine qui boit ?
– Avant, j’aurais bu avec lui. Maintenant, je lui dirais que c’est de la « connerie », que l’alcool vous fait perdre votre lucidité et peut vous entraîner à faire n’importe quoi. Je lui dirais : « regarde les choses en face et essaie de les affronter ».

– L’alcool du samedi soir peut-il amener à la dépendance ?
– En ce qui me concerne, c’est ce qui s’est passé. Avec l’habitude, la dose d’alcool augmente, et le samedi ne suffit plus. On recommence le dimanche. – Pour moi, dit un autre, l’alcool du samedi soir ne rend pas dépendant.

– Sais-tu ce qu’est la dépendance ?
– Oui. C’est quand on est dominé par quelqu’un ou quelque chose. C’est l’alcool qui y conduit.

Paroles de jeunes recueillies par l’association « La Croix d’Or » :

– Je suis choquée par le comportement des jeunes du groupe. Ces excès dans la fête me font peur. Je refuse d’y participer. Mais le refus de boire contribue à me mettre à l’écart. – Autrefois, les maçons avaient l’habitude de boire, dit ce jeune maçon. Il y avait toujours de l’alcool sur les chantiers. Aujourd’hui, c’est terminé ces temps-là. On ne boit plus là où je travaille. – Parfois, on abuse de l’alcool le samedi soir au café. Il arrive qu’on aille se libérer dans une discothèque, et là on risque d’aller trop loin. Mais entre jeunes, on s’entraide en sachant les risques possibles. Certains jours, on boit pour oublier ou pour lutter contre le stress.

Dans une cave à vin, quelques jeunes habitués s’expriment :

– On se retrouve ici pour être ensemble, pour discuter. C’est une habitude. Boire, ça modifie le tempérament de la personne. Il arrive qu’on boive aussi pour faciliter le rapport avec une fille. On boit pour trouver un certain bonheur de vivre. – C’est vrai que l’alcool est pour des jeunes un moyen de s’éclater. Ce n’est pas toujours facile d’y résister. Mais maintenant, je me suis définitivement détourné de l’alcool et j’ai réalisé mon rêve : avoir une voiture. – Boire, c’est un besoin de s’affirmer. On est conscient que la pente est dangereuse mais on ne se sent pas concerné par le long terme. On s’imagine qu’on va s’arrêter progressivement. L’alcool peut devenir une prison, mais une prison dont on peut sortir. – L’alcool n’est pas une amie permanente, ni une source d’inspiration. Les embêtements, les échecs, la peur sont des éléments qui poussent à boire. Pour moi, le sport est un bon moyen de me défoncer, de m’éclater.

2. Une animatrice de groupes d’adolescents

«Je constate une alcoolisation de plus en plus précoce chez les adolescents. Pour certains, le rapport à l’alcool n’est pas tellement une relation de convivialité, mais s’apparente plutôt à une drogue. Au début, les jeunes passent par la fête, mais très vite, ils boivent seuls et ont alors un rapport de toxicomanie à l’alcool. Il y a un clivage aujourd’hui. Avant, l’alcool était connu comme un rite initiatique : ‘Bois, si tu veux être un homme’. On sait maintenant que des jeunes touchent à l’alcool à 12 ans. Mais le processus peut se faire en deux temps : à 16 ans commence l’alcoolisation, à 18 ans les soins. Je pense que cela est dû à un mal-être. Par rapport à l’avenir, les jeunes sont en situation d’insécurité. Il y a de plus en plus de familles éclatées. Un certain nombre de jeunes n’ont plus les repères d’autrefois : famille, amour, vie toute simple… L’adolescence est une période où l’on se structure en partie en relation avec les adultes. C’est difficile de le faire quand les adultes ne sont eux-mêmes pas bien dans leur vie sociale – avec le chômage -, dans leur vie affective, dans leur vie relationnelle.»

3. Un chef d’établissement scolaire

«La population qu’il m’est donné de connaître est constituée de lycéens, donc de jeunes de 15-16 ans à 18-19 ans. Je les vois vivre en milieu scolaire, donc en milieu ‘encadré’. Je n’ai pas connu d’élèves dont on puisse dire ‘c’est un alcoolique’ (comme on peut dire d’un élève ‘il se drogue’). Bien sûr, il y a des élèves vivant en milieu alcoolique. Dans certains établissements, des personnes ont été formées à l’écoute (par le biais de la constitution d’une équipe d’adultes-relais), ceci peut aider ces élèves ; mais les services de formation ont établi des priorités entre les établissements, ce qui fait que, malgré les demandes, l’établissement dans lequel je travaille n’a pu bénéficier de ces formations.

En revanche, des élèves en état d’ébriété, cela arrive, mais un certain nombre de distinctions doivent être faites :

  • Un alcoolisme occasionnel :

Profitant d’une heure de liberté, un groupe d’élèves se rend au café du coin (ou au supermarché voisin), et célèbre à sa façon un anniversaire ou tout autre événement de ce genre. (On peut trouver un aspect initiatique ou un désir naturel de transgression dans ces occasions). Quand le groupe rentre au lycée, il peut y avoir un élève particulièrement éméché. Souvent, les camarades essaient de ‘cacher’ cet état de choses. Quand on s’en aperçoit, l’élève éméché est dirigé sur l’infirmerie, et on prévient la famille.

  •  Un alcoolisme lié à des critères d’ordre sociologique :

Dans les petites villes, les élèves internes sont en général ‘libres’ le mercredi après-midi. C’est une nécessité pour eux de sortir du cadre habituel, et donc ils sont amenés à déambuler en ville, désœuvrés. Souvent, les petites villes n’offrent comme possibilités que les bars et les cafés. (Quand d’autres possibilités existent, généralement, des contraintes sont à respecter). Le problème se pose différemment dans les grandes villes. Les élèves susceptibles de s’alcooliser s’arrangent pour ne pas être internes, mais pour avoir une chambre en ville. Lorsqu’un élève interne rentre le mercredi soir en état d’ébriété, dans la mesure où la ‘solidarité’ des camarades ne réussit pas à masquer cet état, l’élève est dirigé sur l’infirmerie, la famille est prévenue, mais en général on essaie de ne pas en faire un drame ; on n’en parle plus, du moins pendant une certaine période. Ce n’est qu’après un laps de temps assez long, au hasard d’une rencontre fortuite (mais le fortuit peut être prévu, calculé), qu’on s’inquiétera de sa santé et qu’une relation détendue pourra s’établir. En outre, le fait pour l’élève en question d’être connu et reconnu peut être un facteur de motivation.»

4. Un médecin alcoologue

Il mentionne trois modes d’entrée dans l’alcoolisation des jeunes :

  • La consommation d’alcool en famille

Les jeunes boivent moins dans les familles unies et structurées. L’encadrement familial joue un rôle considérable. Le rôle des parents est essentiel, celui des camarades aussi, mais celui de la société compte beaucoup. Le système familial est fortement structuré autour d’un père alcoolique, qui impose sa loi à la maison. Quant à l’alcoolisme de la femme, il prend souvent racine dans des blessures ressenties pendant l’enfance et l’adolescence.

  •  L’alcoolisation pour intégrer un groupe

Il est parfois nécessaire de transgresser la règle pour devenir adulte. L’oisiveté peut être le motif de rejoindre le groupe, et le manque de possibilités de loisirs pour le groupe une cause de l’absorption d’alcool.

L’importance du groupe est constamment exprimée dans les témoignages des jeunes.

«J’ai commencé à boire étant jeune, dit cette jeune femme, par ennui et par peur de la solitude. Je ne connaissais personne. Puis, dans ma vie, il y a eu un ‘déclic’. J’ai arrêté depuis plusieurs années, et je milite dans une association.» «J’ai bu très jeune, avoue ce père de famille, c’était devenu une habitude, puis un besoin. On n’en parlait pas en famille… Après de longues années, je suis devenu un abstinent heureux. J’ai retrouvé ma joie de vivre, ma femme, mes enfants. Et maintenant, j’aide les autres à s’en sortir dans mon association.»

  • La consommation d’alcool pour ses effets anxiolytiques (retirant l’angoisse), désinhibants (levant les blocages) et anti-dépressifs.

Le jeune prend quelques verres pour oser aborder les filles. Lorsqu’il s’ennuie et a le «spleen», il consomme pour se sentir mieux.

Contre l’angoisse, on parle d’alcool-plaisir, d’alcool-lubrifiant social, d’alcool-anesthésiant, d’alcool-médicament… On boit pour diminuer les moments difficiles à passer, l’alcool calme les blessures de l’enfance. Il est considéré comme un bon compagnon qui soulage et porte l’espoir.

«J’ai constaté, écrit un sociologue, que souvent le manque de perspective, le chômage, l’échec, portent de jeunes, de plus en plus jeunes, à expérimenter des produits à risque. La défonce, la polytoxicomanie, le recours à l’alcool à la suite de la sortie de drogue deviennent de plus en plus fréquents.»

5. Un juge

– Quelles conséquences constatez-vous de l’abus d’alcool ?

Il ne me paraît pas exagéré de définir l’alcoolisme comme un fléau tant ses conséquences sont redoutables :
70 à 80% des populations relevant des tribunaux correctionnels le sont en raison de l’alcool, soit directement en raison de la conduite d’un véhicule sous l’emprise d’un état alcoolique, soit indirectement, si l’on sait que la plupart des infractions de fin de semaine sont le fait de jeunes désœuvrés livrés à eux-mêmes et qui noient leur ennui dans la boisson. Le résultat s’appelle, au choix, selon les circonstances : bagarres des samedis soirs à la sortie des boîtes, dégradations des bâtiments publics, vols dans des maisons inhabitées ou des lieux publics, outrages aux mœurs, allant parfois jusqu’au passage à l’acte… 70% des divorces prononcés par les chambres de la famille sont liés à l’alcoolisation de l’un des conjoints qui s’accompagne le plus souvent d’un comportement violent et injurieux à l’égard de l’autre.

– Quelles sont les peines qu’encourt l’intéressé ?

Le passage devant le juge est avant tout l’occasion de faire constater au condamné que, quel que soit son discours, il a enfreint la loi. Ce constat repose sur une observation scientifique, donc objective : la mesure de l’alcoolémie.
En terme de condamnation (de peine), l’intéressé encourt une peine d’amende et/ou d’emprisonnement avec ou sans sursis (simple ou accompagné d’une mesure de mise à l’épreuve), ainsi que l’annulation ou la suspension de son permis de conduire. Il peut encore être condamné à effectuer une peine de travail d’intérêt général, c’est-à-dire un travail effectué gratuitement dans un secteur en relation directe avec les faits qui lui sont reprochés. Le condamné sera affecté en milieu hospitalier (service de chirurgie ou des urgences), chez les pompiers ou la Croix Rouge. Il pourra encore être amené à participer à des cours de secourisme ou à des séances de sensibilisation aux dangers de l’abus de boissons alcoolisées.

– Comment provoquer le «déclic» pour ouvrir un chemin d’abstinence ?

En terme de réinsertion, c’est l’occasion d’apporter une aide concrète à la réinsertion et d’ouvrir la voie à une démarche d’abstinence.
Le rappel de l’alcoolisation par le juge (élément extérieur au quotidien du condamné) devrait permettre une prise en compte de cette dimension souvent niée ou tue dans son entourage immédiat et permettre ainsi l’amorce d’un déclic : je bois, et c’est quelqu’un qui ne me connaît pas qui me le signifie, de plus officiellement, c’est-à-dire après m’avoir convoqué.

– Quel traitement envisagez-vous pour aider le jeune à s’en sortir ?

La mise à l’épreuve peut s’entendre de diverses obligations :

  •  Ne pas fréquenter les débits de boisson, qui ne pose pas de difficultés particulières.
    •  Se soumettre à des mesures d’examen médical, de traitement ou de soins, même sous le régime de l’hospitalisation, qui en pose davantage, dans la mesure où le juge se trouve confronté à ce paradoxe de pouvoir obliger (si tant est qu’une telle obligation, même respectée, puisse produire des fruits) un condamné à se faire soigner, alors qu’il n’a pas la maîtrise du diagnostic médical.Pour pallier cet inconvénient de taille, je m’en tiens, personnellement, à une obligation initiale de consulter (mesure d’examen médical) auprès d’un médecin spécialisé en alcoologie ou sensibilisé à ce problème. Ce praticien va donc examiner le condamné, et, selon la qualité de la relation qui sera nouée, le condamné pourra se retourner auprès de lui-même ou de son médecin traitant pour la mise en oeuvre. Ce médecin conserve la maîtrise de provoquer de nouvelles rencontres, s’il l’estime utile, et en cas de réticences marquées, un travail de cheminement vers une prise de conscience sera entamé par un éducateur auquel je confie dans tous les cas le suivi du dossier pendant la durée de la mise à l’épreuve. Pour les cas les plus lourds, l’éducateur peut utiliser la compétence d’un psychologue et d’un médecin psychiatre que j’ai attachés à mon service.Cette démarche permet de prendre en compte à leur juste mesure les efforts et les difficultés dans la voie de l’abstinence.En cas de mauvaise volonté manifeste ou de réitération des comportements dangereux, le juge intervient de nouveau pour rappeler les termes du contrat et de la loi. Il peut, au bout de plusieurs avertissements – qui, pour ceux que je prononce, sont tous écrits – mettre la peine d’emprisonnement à exécution.

– Quels liens avez-vous avec les associations?

La réinsertion passe aussi par la mise en contact de l’intéressé avec une association d’anciens buveurs devenus abstinents, afin de lui permettre de s’exprimer, sans honte, sans crainte, sur son être ou son mal-être, en présence des personnes ayant déjà connu et vécu un tel quotidien. De ce point de vue, l’association La Croix d’Or m’a paru un interlocuteur à privilégier, et je fais en sorte d’organiser des contacts et des rencontres susceptibles d’amorcer un dialogue à venir.

Chaque condamné a ainsi connaissance de l’existence de cette association, à laquelle il n’est pas tenu d’adhérer, et de l’aide qu’elle peut lui apporter.

– Quelles difficultés rencontrez-vous auprès de ces jeunes?

La plus grosse difficulté à laquelle il faut faire face résulte du dénuement matériel ou psychique dans lequel se trouve la population qu’il m’incombe de prendre en charge. Environ 75% de cette population doit s’entendre de jeunes (18 à 25 ou 30 ans) sans racines (donc sans passé), et pour lesquels le présent se résume à l’instant qu’ils sont en train de vivre….

Et le juge que je suis a l’audace de venir leur demander d’abandonner la seule lumière de leurs jours gris… sans leur proposer quelque chose de significatif en échange, bien entendu.
<p style= »text-align: center; »«Et si c’était toi qui nous faisais un cadeau ?»
(mot d’un enfant à son père alcoolique)

«Papa, je suis heureux que tu sois là, parmi nous, aujourd’hui en cette fête des pères. Je n’ai pas d’argent pour t’offrir un cadeau, mais est-il besoin d’argent pour te dire combien je t’aime ? Bonne fête, papa!

Et si c’était toi qui nous faisais un cadeau en essayant de retrouver la santé ?… Nous pourrions à nouveau former une famille unie. Je pourrais te confier mes joies, mes peines, bref, apprendre de toi et devenir un homme en écoutant tes conseils… Quel avenir merveilleux nous pourrions avoir ensemble !»

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3- Le chemin d’abstinence est un long parcours

1. Deux combats contre l’alcool

«Sans cure, je serais mort ou sous les ponts»

Un ancien buveur s’exprime sur son alcoolisme qui a duré 15 ans :

«Quand j’étais jeune, il y avait la fête, les amis, les sorties… On prend un verre, et un jour, sans s’en rendre compte, l’apéro du soir manque. Et bientôt cela devient une habitude, une nécessité… Puis, progressivement, toute ma journée est programmée en fonction de l’alcool. On culpabilise à mort. Au niveau professionnel, il y a très vite une perte de confiance. On devient le roi des menteurs. On se monte des scénarios, et on déteste tout le monde. Ce fut une période affreuse. Le plus difficile est de prendre conscience de son état, de l’accepter et de dire : «J’arrête».

Sans cette cure, je serais mort ou sous les ponts. Aujourd’hui, je revis. Ne plus être dépendant de l’alcool est indescriptible. J’ai gagné seul ce combat contre la boisson, et j’en suis fier.»

«Ma guerre contre l’alcool est loin d’être finie»

Témoignage d’un jeune adulte qui lutte encore contre l’alcool :

«Mes premiers contacts avec l’alcool durant l’adolescence étaient basés sur l’envie de faire comme mes copains, de ne pas être laissé à la traîne. Des litres de bière ingurgités, une bouteille de whisky sifflée en quelques minutes pour faire la fête. Cela me permet de m’éloigner de la réalité. J’essaie aussi, à cette époque, les drogues douces. A cet âge-là, on oublie et on récupère vite.

Mes contacts avec le monde du travail – jeune machiniste de cinéma en ce temps-là- ne font qu’accentuer ma tendance à abuser de l’alcool.

C’était aussi l’époque où je me sentais des velléités d’écrivain, et j’étais sûr que l’alcool me permettrait d’être plus lucide, plus créatif. Avec l’aide de la bouteille posée sur mon bureau, j’éprouvais le plaisir de me sentir libre, dénoué des problèmes du quotidien, de pouvoir refaire le monde, seul devant ma feuille de papier…

Cette évasion illusoire s’est transformée en une forme d’incarcération. L’angoisse de la feuille blanche a été remplacée, petit à petit, par l’angoisse du verre vide. Les résultats ont très vite suivi : incapacité de marcher en ligne droite, quelques accidents de scooter et de voiture…

C’est l’époque où j’ai rencontré ‘La Croix d’Or’. Après de courtes périodes d’abstinence, entrecoupées de rechute, la situation actuelle est un consensus mutuel entre l’alcool et moi. Ma relation avec l’alcool se résume aujourd’hui à un combat quotidien pour savoir qui sera le plus fort : le besoin ou la raison.

Je cherche toujours la même chose dans l’alcool : un besoin d’évasion, un sentiment de liberté, une impression de créativité… Ma guerre est loin d’être finie, mais j’espère que je pourrai un jour signer l’armistice !»

2. Un entourage décisif

Les expressions qui reviennent sans cesse sont toujours les mêmes : habitude, besoin, prison, dépendance… alors comment sortir de ce cycle infernal ? Sans compter que les occasions de continuer à boire sont multiples : les copains, le chômage, la table familiale, une rupture sentimentale, une exclusion, etc….

Le plus difficile, c’est d’avoir le courage de reconnaître son alcoolisme. Souvent, il faut un «déclic» : accident de la route dû à l’ivresse, menace de divorce, risque de licenciement, relation de confiance avec son médecin, rencontre avec un ancien buveur…

La décision de s’arrêter entraîne un réel bouleversement dans l’existence. Sur ce sujet, il ne peut y avoir de discours moralisateur, mais seulement une approche humaine et compréhensive. Il ne s’agit pas d’interdire, mais seulement d’accompagner le malade alcoolique. Et le choix du thérapeute est un acte de liberté. Toutefois, le sujet a besoin d’entendre un discours clair… La personne qui devient «abstinente» n’est plus la même. L’abstinence demande du temps, un retour de confiance en soi, la volonté de ne plus boire d’alcool, sans quoi c’est la rechute. La personnalité de l’abstinent, le contexte familial et social, la qualité du suivi, l’amitié rencontrée dans les associations comptent bien plus pour une abstinence réussie que toute médication… Le langage de l’amour, c’est de communiquer avec sa tête, son coeur et son corps. Et la santé n’est pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité, mais un état de bien-être physique, mental et social.

Qu’est-ce qui peut éloigner un jeune de l’alcool ? Outre l’importance du dialogue et de l’environnement, le vrai levier, c’est le BONHEUR. Si, en ne buvant plus, le jeune est réellement heureux, c’est gagné : il peut devenir un homme libre !

3. On peut lutter

Un certain nombre de structures tentent d’apporter la réponse la plus adaptée : unités hospitalières d’alcoologie, centres d’hygiène alimentaire et d’alcoologie, centres de cure et de post-cure, foyers d’hébergements et de réinsertion… De nombreuses associations jouent également un rôle important dans le fonctionnement de ce dispositif, en particulier l’Association Nationale de Prévention de l’Alcoolisme et les mouvements d’anciens buveurs.

Pour renforcer la cohérence des actions de prévention, la loi du 10 janvier 1991 relative à la lutte contre l’alcoolisme et le tabagisme limite l’expression de la publicité pour les boissons alcoolisées. Au sein du Haut Comité de la Santé Publique, la commission permanente «alcool et santé publique» est chargée de définir les axes prioritaires d’une politique en matière d’alcoologie.

3.1 Mouvements et associations d’aide aux malades alcooliques

Ces mouvements et associations diverses ont dans leur pratique le même objectif :

– fournir des informations sur la prévention et le traitement de l’alcoolisme.
– accompagner la guérison, la réinsertion, la promotion des malades alcooliques
– s’efforcer de lutter ensemble contre les causes.

Ce sont des lieux d’accueil et d’écoute, d’entraide et de solidarité, d’amitié. Ces associations organisent des réunions pour permettre à leurs membres de se rencontrer et de s’entraider, ainsi que des permanences régulières pour accueillir et renseigner ceux qui frappent à leur porte. Certaines associations organisent aussi des réunions d’information dans les collèges et lycées qui leur en font la demande, ainsi que des «soirées ambiance sans alcool» dans différentes villes et communes du département.

L’accueil dans ces mouvements et associations :

«C’est le seul endroit où celui qui a bu peut venir larguer sa misère et trouver enfin un écho, un sourire de vaste compréhension, une main secourable… J’y ai trouvé des vrais compagnons avec qui je me sentais proche… En venant à une réunion, j’ai pu raconter ma souffrance, mes angoisses… Faire partie du groupe, c’est pouvoir dire ‘nous’ en parlant de soi… Encore une chose qui frappe le nouvel arrivant : la qualité des mots, des regards, des gestes les plus simples… Ces gens inconnus m’ont accueilli, accepté, sans fioriture, sans gêne, sans fausse politesse… A l’occasion d’une fête, j’étais capable de danser, de rire, de m’amuser sans avoir bu… On a parfois autant peur de ne pas être aimé que de dire ‘je t’aime’… La première chose qu’on remarque lorsqu’on pousse la porte de la salle de réunion, c’est la qualité de l’accueil. D’autant plus qu’on avait certaines réticences à passer le seuil. Car c’en est un. Beaucoup de personnes ont gardé cette image de la porte comme un symbole très fort. Et quand, bien des mois après, ils voient la porte s’ouvrir sur un nouveau visage, perdu, étranger, ils se souviennent qu’ils ont été un jour ce même étranger, ce même alcoolique perdu… Désormais, je vis très heureuse dans l’abstinence…»

(Revue Ouvre ta porte pour trouver des amis)

Avoir bu et revivre

«J’ai trente cinq ans. Je suis un ancien malade alcoolique. Je buvais tout ce qui était alcool. J’aimais boire, mais il y avait surtout l’entraînement. Bien entendu, je buvais dès le matin pour calmer mes tremblements. En état de manque, j’absorbais même du vinaigre d’alcool et de l’eau de Cologne.

Mais, en 1988, mon médecin traitant, à qui je m’étais confié, me conseille d’entreprendre des soins. J’ai donc suivi un traitement avec beaucoup de sérieux et de motivation. Alors, un aumônier de la J.O.C., lui-même militant de ‘Vie Libre’, me met en contact avec les amis du mouvement. Ces derniers m’apportent un soutien précieux.

Je ne bois plus aucune boisson alcoolisée depuis maintenant cinq ans. Le mouvement ‘Vie Libre’ est désormais ma famille. Malgré les moments difficiles et douloureux durant un an, je n’ai jamais rechuté. Je suis très heureux d’être sorti de ce ‘cauchemar infernal’. Je peux dire que l’alcool est un poison mortel et qu’il tue plus vite qu’une cigarette.

La vie est un combat pour tous. Il ne faut pas avoir honte de parler de cette maladie avant qu’il ne soit trop tard. Je suis désormais prêt a aider les autres à se sortir de ce problème pour leur redonner le goût de la vie, car la vie est belle.

Je participe régulièrement aux activités du mouvement (réunions mensuelles, visites aux hôpitaux ou à domicile). Je vais souvent au centre d’alcoologie et transmets à la section les noms des personnes signalées par le médecin. Je suis toujours prêt à rencontrer d’autres malades, notamment les plus démunis. Toute cette action est indispensable pour consolider ma guérison.

Je donne ce témoignage, non pas pour de la publicité personnelle, mais pour dénoncer les méfaits de l’alcool… Nous sommes tous des êtres humains qui aspirons à la liberté et à la communication. Sans le mouvement, je ne serais pas ce que je suis maintenant devenu : un homme heureux, libre et responsable.»

3.2 Bars sans alcool : pour que convivialité ne rime plus avec ébriété !

Lutter contre le risque alcool n’implique pas de renoncer à toute convivialité. Bien au contraire. Aujourd’hui, en France, quelque 300 bars sans alcool s’ouvrent à tous ceux et celles – jeunes et adultes – pour qui convivialité ne rime pas – ou plus – avec ébriété.

Les bars sans alcool ne sont pas seulement des lieux de divertissement. Souvent créés par des associations, ils remplissent une mission d’information et de prévention pour des maladies comme l’alcoolisme, le sida ou encore la toxicomanie. Certains bars regroupent jusqu’à 400 jeunes.

L’intérêt d’un bar sans alcool, c’est d’être un lieu d’accueil, d’écoute et de convivialité.

3.3 Autres lieux d’accueil et d’écoute

A côté des mouvements et associations d’aide aux malades alcooliques, un certain nombre d’organismes se sont mis en place dans la région, et notamment dans la Vienne et les Deux-Sèvres. Ce sont tous des lieux d’accueil et d’écoute pour le malade alcoolique, qui peut y trouver une information, une documentation, et solliciter une consultation médicale.

N.B. : Les adresses des structures d’accueil et de consultation en alcoologie, des mouvements et associations, des centres de cure et de post-cure sont données en fin de document.

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4- Changer de regard, accueillir, écouter

L’Eglise reconnaît ce problème grave et souhaite inciter au dialogue dans le respect des personnes. Ce dossier doit permettre à chacun d’être mieux informé d’une réalité qu’il côtoie souvent sans y prêter attention et de changer ainsi de regard sur les malades et les anciens buveurs.

Devant les chemins qui conduisent à l’alcool et face aux dépendances créées par l’alcoolisme, bien des jeunes sont fragiles et démunis. Il nous semble que le rôle que l’Eglise peut jouer dans cette situation est double.

  •  D’une part, et dans une longue tradition dont la Bible se fait l’écho, sa mission est de veiller et d’alerter. «Fils d’homme, je t’établis comme guetteur pour la maison d’Israël» (Ezéchiel, 3.17 et 33.7)
  • D’autre part, l’Eglise a à s’inscrire dans la suite du ministère de guérison de Jésus dont tout l’Evangile nous dit qu’Il a œuvré à dénouer les liens qui enferment et aliènent la vie (guérir, chasser les démons, ressusciter).

C’est dans cette perspective que l’on peut situer l’ordination d’un diacre dont la mission est :

– de porter une attention personnelle aux malades de l’alcool pour aider à leur guérison.
– d’être un lien avec les associations qui travaillent dans ce but et pour la prévention.
– d’informer et sensibiliser les communautés chrétiennes à ce sujet.

Par ailleurs, nous pouvons rappeler ce qui a été voté lors du Synode diocésain de Poitiers en 1993 : Dieu a choisi de faire alliance avec les hommes de notre monde.

«C’est dans ce monde tel qu’il est, avec ses joies et ses espoirs, mais aussi avec ses tristesses et ses angoisses, que nous avons à vivre cette Alliance et à la signifier, particulièrement avec ceux qui souffrent, les exclus, les laissés pour compte…» (Routes d’Evangile, page 33).

Ce synode a demandé que soient créés des lieux de vie pour les jeunes. Souvent, ces derniers se retrouvent seuls sans beaucoup de loisirs ni de lieux d’accueil. Quand il y en a, ils ne sont que relativement fréquentés. Certaines maisons de jeunes sont fermées au moment où les jeunes ont le plus de liberté. Chacun, dans une commune de relative importance, peut étudier cette question ; les «conseils municipaux de jeunes» pourraient y attacher une attention particulière.

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5- Propositions pour une meilleure prévention

Mieux vaut prévenir que guérir ! … Plusieurs propositions sont faites ici sous des aspects à la fois utopiques et pratiques. Elles ne sont pas toutes à mettre sur le même plan, mais toutes ont leur valeur pédagogique propre en direction des responsables, au sens très large du terme, ainsi qu’en direction des pouvoirs publics, que tous, et à tous les niveaux, nous devons alerter.

1°) Nous avons pu remarquer que dans les quartiers et dans les gros bourgs ruraux, il y avait peu de personnes capables d’accueillir et d’écouter les jeunes qui ont un problème avec l’alcool, ne serait-ce que de manière passagère. D’eux-mêmes, ces jeunes n’oseront pas en parler. De plus, ils sont persuadés qu’ils s’en sortiront tout seuls et que cela n’est pas grave, seulement accidentel. Il est nécessaire que se mettent en place travailleurs sociaux et éducateurs en plus grand nombre ainsi que des personnes adultes qui sachent écouter et comprendre, éventuellement mettre en relation avec les organismes ou associations mentionnés plus haut.

2°) Dans les collèges et les lycées, l’alcool est un sujet souvent tabou. On connaît celui qui se drogue, mais on cache le jeune qui a bu en le remettant ou en alertant purement et simplement les parents. Tout se passe dans le plus grand secret. Si la discrétion sur les personnes est de rigueur, il est cependant indispensable d’alerter les diverses associations de parents d’élèves sur les risques de l’alcoolisme chez les jeunes dès l’entrée de ces derniers en Sixième.

3°) Les associations de parents d’élèves, tant dans les collèges que dans les lycées, devraient pouvoir, collectivement, insister auprès des rectorats en lien avec les chefs d’établissement pour que soient créés des postes d’éducateurs ou des équipes d’adultes-relais. L’école, en effet, n’est pas seulement le lieu de «l’instruction publique», mais aussi le lieu de «l’éducation nationale», avec non seulement des professeurs compétents mais aussi des éducateurs en nombre suffisant.

4°) Toujours dans le domaine scolaire, il serait bon que puissent être organisées, à l’intérieur des établissements scolaires, des rencontres d’information, avec les organismes compétents et les associations diverses, sur les dangers de l’alcool. Cela se fait sur la toxicomanie et sur le SIDA, pourquoi pas sur l’alcool ?

5°) L’alcool fait partie de la fête, la fête fait partie de la vie. Mais, souvent, les sorties de boîtes de nuit ou de discothèques, qui sont angoissantes pour les parents, sont des lieux de mort à cause des accidents dus à l’alcool.

Plusieurs propositions sont faites : là où il n’y en a pas, créer des boîtes de nuit, des discothèques, des bars sans alcool. A défaut, on peut demander que soient installés quasi-gratuitement des distributeurs d’alcootest à la sortie. On pourrait aussi lancer l’idée de servir avec le dernier verre de la soirée un «alcool branché» c’est-à-dire une boisson avec un alcootest gratuit. L’idéal serait que des boissons non-alcoolisées soient offertes gratuitement aux conducteurs de voitures.

6°) Si un jeune est prisonnier de l’engrenage de l’alcool, il deviendra alors indispensable de l’aider, par une écoute longue et patiente, à se mettre en relation avec les C.H.A.A. (Centres d’Hygiène Alimentaire et d’Alcoologie). C’est à chacun de ceux qui l’entourent de se sentir responsable et de lui proposer cette aide.

7°) Une question grave reste posée : celle de la vente libre de l’alcool dans les grandes surfaces ou dans les stations-service. Alors que cette vente est étroitement contrôlée dans les débits de boissons, il n’est pas rare de voir des jeunes sortir de ces magasins avec des packs de bière ou du whisky. D’autre part, de nouveaux produits ont été récemment introduits sur le marché à destination des jeunes : bières fortement alcoolisées, mélanges d’alcool fort et de Coca-Cola, etc…

Il nous faut réagir en écrivant aux parlementaires (députés et sénateurs) de nos départements ou encore au ministre du commerce et de l’artisanat, pour que la loi française en la matière soit complètement revue et changée. Pour leur part, les maires pourraient user de leur pouvoir et de leurs relations pour que des décrets soient pris en ce sens.

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6- A la découverte de la planète du bonheur

Le petit prince pourrait ici nous raconter sa rencontre avec «l’allumeur de réverbères», la beauté d’une «fleur unique au monde», l’émerveillement devant les «mille quatre cent quarante couchers de soleil» ou encore la nécessité de «créer des liens» et de murmurer : «l’essentiel est invisible pour les yeux»…

Le poète, lui, nous fait signe, dans notre nuit, de lever les yeux vers les lueurs de l’aurore dans l’espoir du jour qui vient.

«La nuit n’est jamais complète Il y a toujours puisque je le dis puisque je l’affirme Au bout du chagrin une fenêtre ouverte une fenêtre éclairée Il y a toujours un rêve qui veille Désir à combler faim à satisfaire Un cœur généreux Une main tendue une main ouverte Des yeux attentifs Une vie, la vie à se partager.»

Paul Eluard

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7- Quelques adresses pour la Vienne et les Deux-Sèvres

MOUVEMENTS ET ASSOCIATIONS D’AIDE AUX MALADES ALCOOLIQUES>

• Croix d’or :
19, avenue Pierre Abelin 86100 Châtellerault – Tel: 05 49 21 27 12
Correspondants à Loudun, Mirebeau, Montmorillon, Beaumont, Jaunay-Clan.

189, avenue Saint Jean 79000 Niort – Tel: 05 49 33 51 11
Hôpital 79300 Bressuire – Tel: 05 49 72 62 74
Correspondants à Parthenay, Saint-Maixent, Thouars, Melle, Mauléon, Champdenniers, La Mothe Saint-Héray.

• Vie Libre :
4, avenue du Cerisier Noir 86530 Naintré – Tel: 05 49 90 08 80
Correspondants à Châtellerault, Migné-Auxances
190, rue de Bellune 79000 Niort – Tel: 05 49 33 15 84

• Alcooliques Anonymes (AA) :
B.P. 53 86500 Montmorillon – Tel: 05 49 91 34 33
12, rue Joseph Cugnot 79000 Niort – Tel: 05 49 09 00 29
50, rue du tapis vert 79000 Melle

• Les amis de la Santé :
58, rue du Maine 86000 Poitiers – Tel: 05 49 46 26 34
Correspondants à Lhommaizé, Montmorillon, Biard.

• Joie et Santé :
2, rue du Pré des Rosées 86000 Poitiers – Tel: 05 49 47 04 76
Correspondant à Ayron.

STRUCTURES D’ACCUEIL ET DE CONSULTATIONS EN ALCOOLOGIE

• C.I.P.A.T. (Centre d’Alcoologie) :
33, avenue Rhin et Danube 86000 Poitiers – Tel: 05 49 01 15 30
4, rue Deschazeaux 86000 Châtellerault – Tel: 05 49 02 90 90

• C.H.A.A. (Centre d’Hygiène Alimentaire et d’Alcoologie) :
28, rue Paul Bert 79000 Niort – Tel: 05 49 28 29 05
Hôpital, route de Poitiers 79000 Thouars – Tel: 05 49 67 35 26

• C.D.P.A. (Comité Départemental de Prévention de l’Alcoolisme) :
33, avenue Rhin et Danube 86000 Poitiers – Tel: 05 49 56 99 61
28, rue Paul Bert 79000 Niort – Tel: 05 49 28 25 57

• Centres de cure et post-cure :
– Centre hospitalier Henri Laborit,
La Milèterie, B.P. 587, 86021 Poitiers Cedex – Tel: 05 49 44 57 57

– Centre hospitalier Camille Guérin,
Service Gastro, 5 place Sainte Catherine, 86100 Châtellerault – Tel: 05 49 02 90 90

– Centre hospitalier général,
40, avenue Charles de Gaulle 79021 Niort Cedex – Tel: 05 49 32 79 79

– Centre hospitalier Nord Deux-Sèvres,
route de Poitiers 79000 Thouars

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Service

Archevêché de Poitiers
1-3, place Sainte-Croix,
86035 Poitiers cedex

Tel : 05 49 50 12 00