Le titre du Synode : explications extraites de la lettre Pastorale de Mgr Wintzer convoquant le Synode

 «  Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile »
Quel est le sens du titre du synode ?

Chacun des mots de ce titre, «Avec les générations nouvelles, vivre l’Evangile», exprime un point d’attention, encore s’agit-il de bien les comprendre, je les précise donc.

  • Avec

« Avec » : commencer par ce mot souligne que chacun doit se sentir concerné par le synode. En effet, on peut ne pas se définir comme appartenant aux « générations nouvelles » (je reviendrai sur ce que j’entends par ces mots), mais chacun sait qu’il est appelé à vivre et à travailler avec elles. C’est ce qui définit et l’humanité et le christianisme, tout le contraire de la séparation et de l’isolement.

De plus, employer ce mot « avec », c’est choisir de ne pas utiliser la préposition « pour », cette dernière présente le grave désavantage de poser une distinction, sinon une séparation entre « nous » et « eux », quelle que soit la nature de ce « eux » qui peut désigner les non-chrétiens, les non-Français, les non-quelque chose, autrement dit des personnes définies par ce qui leur manque au regard de ce que nous sommes. Nous serions alors dans la posture de ceux qui ont à apporter à ceux qui n’ont pas. Heureusement, même si j’écarte ce danger, notre expérience montre que nous savons que la vie se construit dans la réciprocité. « En vérité, le Seigneur est en ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas » s’exclamait déjà le patriarche Jacob (cf. Gn 28, 16).

Le « avec » exprime l’identité et la vocation chrétiennes : il s’agit de se savoir et de se vivre solidaires de la société et de chacun. Nous ne sommes pas appelés à nous réfugier dans un ailleurs sensé plus pur et plus conforme à la foi, là encore comme si Dieu avait le projet de se vouloir séparé ou isolé. Il faut rappeler que le vocabulaire biblique privilégie la sainteté à la sacralité, c’est-à-dire l’appel universel à recevoir les dons de Dieu plutôt que la définition d’un espace réservé, ou à Dieu ou à ceux qui se pensent privilégiés par lui. Je souligne à ce propos que le pape François revient souvent sur ce qui pour lui l’emporte dans cette logique qui est celle de la foi : le temps l’emporte sur l’espace.

  • Les générations nouvelles

Avec « les générations nouvelles ». Le choix de ces mots veut ouvrir à un champ de compréhension vaste. En effet, s’il avait été question des « jeunes générations », le synode aurait pu se comprendre comme voulant se centrer sur des catégories d’âge, or la « nouveauté » dit bien plus. Elle est même à entendre et à vivre par chacun. Je rappelle que le synode romain de 2012 portant sur la « nouvelle évangélisation » avait rappelé avec force que ce qui est nouveau, ce qui doit le rester, c’est l’Evangile ; sinon, comment demeure-t-il une force de renouvellement pour nos vies ?

Les nouvelles générations sont alors les personnes, de tous âges, pour lesquelles un événement, une rencontre, un signe a introduit un changement dans leur vie, celles qui ont vécu une expérience que les chrétiens qualifient de spirituelle.

Ce sont ainsi des personnes qui, souvent, ont vécu une étape fondatrice de leur vie, célébrée ou non dans le cadre d’un sacrement : naissance, mariage, découverte ou redécouverte du Christ, mais aussi deuil ou maladie grave. En effet, il faut souvent qu’intervienne quelque chose d’extérieur pour qu’une porte s’ouvre, que le cœur se dilate.
Bien des récits bibliques éclairent cela, soulignent ces expériences fondatrices : Moïse au buisson ardent, Elie à l’Horeb, l’eunuque de la reine d’Ethiopie dans le livre des Actes des apôtres, les deux hommes qui font route vers Emmaüs, et combien d’autres exemples encore, jusqu’à ceux de notre propre vie : en effet, sommes-nous fidèles du Christ par hasard ou par habitude ? N’y a-t-il rien eu dans notre vie qui l’a orientée vers ce qu’elle est aujourd’hui ?
Lorsque nous donnons une réponse à cette interrogation, nous prenons conscience que là se trouvait l’initiative du Seigneur et non le fait de telle ou telle stratégie pastorale. Certes, ça aura parfois été à l’occasion d’un événement religieux, d’une liturgie en particulier, mais toujours le fruit d’un amour gratuit et d’un appel qui libère.

Le synode se doit d’être dans cette logique qui est celle du service, tant du Seigneur que des frères et des sœurs. Ce qui compte c’est que notre cœur soit brûlant du désir de vivre avec le Seigneur et de le faire connaître ; plus que toutes les opérations communicationnelles, c’est cela qui a du prix et qui porte du fruit. On mesurera ensuite que si tel ou tel d’entre nous fut l’éveilleur d’une expérience spirituelle, ce n’aura pas été du fait d’une action délibérée, d’une parole dite avec une intention précise, mais plutôt de la qualité d’existence qui peut, parfois, nous caractériser.

  • Vivre l’Evangile

Avec les générations nouvelles, « vivre l’Evangile ». C’est toujours l’expérience qui est privilégiée par ces mots. Bien entendu, ce serait de peu de sens que d’opposer au sujet de l’Evangile son annonce et sa vie : il est tout à la fois l’un et l’autre ; pourtant, une simple annonce de parole serait dépourvue de vérité si elle n’était en même temps portée par l’existence de celui qui parle. Certes, celui qui prêche est le premier auditeur de ce qu’il annonce, il s’entend appelé à se convertir à la mesure des mots qu’il prononce.

L’Evangile est à annoncer, à célébrer et à vivre, mais il est d’abord à écouter. Même s’il est juste de donner au mot « évangile » une vaste étendue de sens, il désigne en premier lieu les quatre livres qui rendent témoignage à celui qui a été reconnu comme Fils de Dieu et Sauveur. Ainsi, écouter l’Evangile appelle à connaître les quatre livres qui ouvrent le Nouveau Testament ; c’est à leur lumière et selon les clefs que seuls ils sont à même d’offrir que l’on peut discerner la présence et l’action de l’Evangile, c’est-à-dire du Seigneur lui-même, dans les vies et dans les événements. Sinon, nous risquons de n’être habités que par nos a priori ; même très nobles, ils infléchiront notre regard selon ces présupposés, alors que c’est le Seigneur qui doit guider en toute chose.

Je peux témoigner combien celles et ceux qui découvrent ces livres qui nous sont familiers sont touchés par ce qu’ils racontent. Celles et ceux parmi vous qui accompagnent des catéchumènes et des néophytes, qui préparent au sacrement, qui animent des groupes B’Abba ou d’autres lieux de première annonce et de catéchèse mesurent la force de cette Parole toute de douceur, de vérité et d’exigence.
Ceci est un appel pour nous tous à ne pas douter d’une force qui nous dépasse, qui agit bien au-delà de nos qualités et compétences, lesquelles sont bien entendu à utiliser et à développer.
Ceux pour lesquels l’Evangile est neuf sont alors un appel à vivre sans cesse de tels renouveaux, à nous laisser émerveiller par ce qu’ils découvrent, parce que nous-mêmes pouvons sans cesse découvrir, par le Seigneur lui-même. Puissions-nous ne jamais nous lasser d’écouter, de lire et de relire les Evangiles et toute la Bible.
Y découvrir comment le Seigneur rencontre, écoute et parle est un chemin pour chacun et pour toute l’Eglise.
Un autre lieu privilégié où s’expérimente l’Evangile est la liturgie, la prière d’une assemblée qui est constituée telle par le Seigneur et qui est tournée vers lui. Là aussi, la liturgie, dans sa belle et noble sobriété, est un espace de rencontre et de vie qui doit nous émerveiller et nous remplir de joie.
Ne craignons pas qu’elle soit parfois d’une grande simplicité – toute église n’est pas une cathédrale, et toute prière en semaine ou même un dimanche ordinaire n’est pas la nuit de Pâques. Le silence a autant de prix qu’un chant polyphonique, le temps donné autant que le rythme.
Nos liturgies, de même que les Evangiles, sont souvent éloquentes au-delà de ce que nous en pensons ; en elles, un Autre que nous agit.