Lettre pastorale, septembre 2012

Des paroisses pour rassembler l’Eglise

et l’envoyer annoncer l’Evangile

 

 

1) Etablis dans l’action de grâce
2) Les paroisses dans la diversité du champ de la mission
3) Des paroisses lieux de vie et de communion
4) Des paroisses pour l’évangélisation
5) Des paroisses, communions de communautés locales
6) Des acteurs pour la mission
7) Exercer un discernement pour la mission
8) Des repères pour les paroisses
Ouvrir et faire vivre les églises…
…Dans la diversité des situations
Nommer et désigner les paroisses
9) Donner toute sa place au sacrement de confirmation
10) Evangéliser dans le souffle de l’Esprit Saint

Quelques questions pour aider la lecture de la Lettre pastorale et pour favoriser l’échange

 

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Compléments :

« Regard sur… »Vers de nouvelles paroisses-EEP192(EEP N°192 pages 23-24)

« Regard sur… » « Les communautés locales dans la nouvelle paroisse » (EEP N°193 page 24)

« Regard sur… » « Repères en vue des nouvelles paroisses(EEP N° 194 pages 23-24)

« Regard sur… » « Les équipes locales d’animation dans la nouvelle paroisse »(EEP N°201 pages 25-26)

1) Etablis dans l’action de grâce

« Je rends toujours grâce à mon Dieu quand je fais mention de vous : chaque fois que je prie pour vous tous, c’est toujours avec joie, à cause de ce que vous avez fait pour l’Evangile en communion avec moi, depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Et puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.» (Philippiens 1, 3-6).

Chacune des lettres que l’apôtre Paul adresse aux Eglises qu’il a fondées commence par une action de grâce.
Au début de cette année pastorale, la première que je vivrai avec vous et pour vous comme votre archevêque, ce sont les mêmes mots et les mêmes sentiments qui habitent mon esprit et mon cœur.
Tout comme vous m’avez reçu le 18 mars dernier, je continue à recevoir l’Eglise de Poitiers telle qu’avec d’autres vous la construisez et l’animez. Ceci ne peut se faire que dans l’action de grâce et la gratitude. C’est à partir du lieu et du temps où nous sommes que nous continuons à avancer ensemble sur des routes d’Evangile. Les regrets entretenus et l’insatisfaction pour le présent n’édifient rien.

Pourtant, aucun d’entre nous ne peut oublier les difficultés qui habitent le temps : le travail devient précaire pour beaucoup, la cherté de la vie freine bien des projets, des familles connaissent la fragilité et des santés sont atteintes en profondeur.
Mais, à la fin de ce mois de septembre, je pense aussi à celles et ceux d’entre vous qui commencez une étape nouvelle dans votre vie : études, travail, projet de vie familiale; et je pense bien entendu à celles et ceux qui inaugurent une nouvelle mission et une nouvelle charge dans la vie de l’Eglise. Je souhaite que les paroles de l’Apôtre habitent aussi leur cœur : l’action de grâce pour ceux qui nous sont envoyés, l’action de grâce pour les lieux et les personnes qui sont confiés.

2) Les paroisses dans la diversité du champ de la mission

Eglise en Poitou du mois de juillet 2012 a publié le décret précisant de quelle manière seront érigées de nouvelles paroisses dans notre diocèse.
La chose est d’importance, la paroisse est le lieu le plus ordinaire de la vie ecclésiale pour la plupart des fidèles du Christ. Je parle du « lieu le plus ordinaire », car il faudrait prendre garde d’oublier que la vie de disciple trouve aussi à s’exprimer de bien d’autres manières : mouvements apostoliques, groupes spirituels, pèlerinages, institutions diverses tels les établissements catholiques d’enseignement, et la liste est loin d’être exhaustive.

« Jésus convoqua les Douze, et il leur donna pouvoir et autorité pour dominer tous les esprits mauvais et guérir les maladies ; il les envoya proclamer le règne de Dieu et faire des guérisons. Il leur dit : « N’emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n’ayez pas chacun une tunique de rechange. Si vous trouvez l’hospitalité dans une maison, restez-y ; c’est de là que vous repartirez. Et si les gens refusent de vous accueillir, sortez de la ville en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. » Ils partirent, et ils allaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons.» (Luc 9, 1-6).

C’est aussi dans les paroisses que la plupart des prêtres diocésains exercent leur ministère, mais, cela ne résume ni ne limite leur ministère. Il faut y prendre garde, sinon un prêtre qui cesserait le ministère paroissial pour répondre à un autre appel de son évêque pourrait être perçu comme déchu de toute vraie responsabilité.
Il est vrai que le nombre plus limité des prêtres, dès aujourd’hui, mais surtout demain – pour l’après-demain, ceci dépend de la foi de tous et de la disponibilité de quelques-uns – conduit à confier essentiellement un ministère paroissial à la plupart des prêtres.
J’estime que c’est une des pauvretés de l’Eglise en France aujourd’hui ; pauvreté imposée par les circonstances, mais pauvreté quand même. Elle l’est pour les prêtres bien sûr, mais aussi pour bien des champs de la mission où la présence et l’action de prêtres seraient utiles. Si un tel constat est juste, il ne suffit pas de le dire. Il faudra réfléchir afin qu’en fonction de telle ou telle mission, un prêtre puisse être appelé et envoyé. La diversité des ministères doit s’exprimer dans la diversité des champs de l’apostolat (cf. Serviteurs d’Evangile n° 33.201).

3) Des paroisses lieux de vie et de communion

Dès le livre des Actes des Apôtres, les premiers chrétiens se rassemblent dans la joie et la simplicité de cœur, pour écouter les écrits des apôtres et partager le repas du Seigneur.
Même dans les temps de persécution, ils y demeurent fidèles. Dans le diocèse, nous en conservons la mémoire vive, beaucoup connaissent la grange des Marsillys, là où la jeune Jeanne-Elisabeth Bichier des Âges se rendait, de nuit, à pied, pour assister à la messe qu’y célébrait clandestinement André-Hubert Fournet, durant la Révolution française.

« Ils étaient fidèles à écouter l’enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières.
La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ; beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les Apôtres.
Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun.
Chaque jour, d’un seul cœur, ils allaient fidèlement au Temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité.
Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tout le peuple.
Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut.» (Actes 2, 42-47).

La communauté paroissiale rassemble les disciples chaque dimanche pour les établir dans la communion avec le Seigneur, et par sa grâce, entre eux.
Elle est aussi le lieu où nous sommes nourris de la Parole, proclamée et commentée dans l’homélie. Même si celle-ci n’est pas le seul moment de l’éducation de la foi, elle en est l’expression la plus régulière pour la plupart des catholiques.
Alors que la société nous demande de la compétence et de la réflexion, quel poids aura une foi qui ne se sera jamais laissée édifier par une catéchèse et une formation solides et argumentées ?
Signe de l’Eglise rassemblée au cœur de la société, la liturgie dominicale paroissiale est le moment où est constituée la communauté des chrétiens, là où elle est envoyée en mission pour annoncer à tous l’amour du Père.

4) Des paroisses pour l’évangélisation

Mener le travail que je viens de préciser, de même que celui de définir les limites territoriales des paroisses, prendra du temps et de l’énergie ; c’est bien sûr nécessaire, et pourtant, ceci demeure second ; une paroisse n’existe que parce qu’elle reçoit la vocation d’annoncer l’Evangile, de témoigner de l’amour de Dieu auprès des personnes qui vivent sur son aire géographique.
Dire ceci doit conduire à éviter ce piège qui ferait penser que l’Eglise est totalement fidèle à sa mission lorsqu’elle œuvre à son organisation, ou adapte ses structures. Certes, ceci doit se faire, mais structures et organisation ne sont que des moyens au service de la mission. Les quelques éléments d’attention et de discernement proposés plus loin (repères stables, clarté, etc.) appartiennent à cette logique.

Ce mois d’octobre, nous célébrons les cinquante ans de l’ouverture du concile Vatican II, nous entrons dans l’année de la foi, et la XIIIe assemblée du synode des évêques se réunit à Rome, synode qui a pour thème : « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ».

C’est bien pour annoncer l’Evangile que les chrétiens sont appelés et envoyés. L’Evangile, c’est la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, c’est la découverte qu’il est une personne vivante qui vient accomplir les aspirations les plus profondes qui habitent le cœur de l’homme et de la femme. Jésus-Christ est aussi une Bonne Nouvelle parce qu’il fait œuvre de libération, il remet aussi en cause les tentations qui mènent à s’arrêter en chemin, à se satisfaire d’expédients qui emplissent, sinon les citernes, du moins les greniers et les esprits. Ce n’est alors plus vers de l’eau vive que l’on se tourne, mais vers des réserves uniquement accumulées pour tromper la peur du manque, qui pourtant maintient le cœur disponible et accueillant.
Jésus-Christ est une Bonne Nouvelle au profit de ceux qui acceptent de se tourner vers lui, à travers eux, lorsqu’ils s’assemblent en Eglise, il l’est aussi pour la société. Les chrétiens manifestent, par leur communion et leur unité, le projet de Dieu qui est de faire de chacun un fils et une fille, un frère et une sœur dans le Christ.

La foi se dit et se vit avant tout en terme de relation de personne à personne, et de communauté à communauté. Les paroisses, communautés missionnaires, sont donc des lieux de communion entre les personnes, de relations avec les groupes, les institutions et les associations qui existent sur le même territoire. Les paroisses sont avant tout nourries de la communion au Seigneur Jésus, expérimentée dans l’Eucharistie et dans les Saintes Ecritures.

L’Instrumentum laboris (l’instrument de travail) du synode à venir souligne le rôle essentiel des paroisses dans l’évangélisation, dans la «nouvelle évangélisation».
Les paroisses « sont engagées à devenir de véritables centres de rayonnement et de témoignage de l’expérience chrétienne, des sentinelles capables d’écouter les personnes et leurs besoins. Elles sont des lieux où l’on éduque à la recherche de la vérité, où la foi de chacun est nourrie et renforcée, des points de communication du message chrétien, du dessein de Dieu sur l’homme et sur le monde, les premières communautés où l’on expérimente la joie d’être réunis par l’Esprit et préparés à vivre son propre mandat missionnaire.» (n° 81).

Un peu plus loin, il est souligné que « les réponses [aux lineamenta : documents de travail au synode] demandent de mettre au centre de la nouvelle évangélisation la paroisse, communauté de communautés (c’est moi qui souligne), pas seulement administratrice de services religieux, mais espace de rencontre pour les familles, promotrice de groupes de lecture de la Parole et d’engagement laïc renouvelé, un lieu où est vécue la véritable expérience d’Eglise grâce à une action sacramentelle vécue dans sa signification la plus authentique. Les Pères synodaux devraient approfondir cette vocation de la paroisse, point de référence et de coordination d’une vaste gamme de réalités et d’initiatives pastorales.» (n° 107).

5) Des paroisses, communions de communautés locales

Marchant vers la création de nouvelles paroisses nous devons mesurer le bienfait que représentent les communautés locales. Elles sont perçues, chez nous et ailleurs, comme une des caractéristiques de notre diocèse et un des engagements principaux de Mgr Rouet. Elles sont la garantie de la présence de l’Eglise en proximité des personnes et des lieux du diocèse. Parler de paroisses et parler de communautés locales ne s’oppose pas, tout au contraire. La vie chrétienne doit s’incarner à la fois dans le plus général et le plus particulier. Et puis, au-delà de la dimension de la géographie, paroisses et communautés locales expriment deux manières d’être de l’Eglise qui s’appellent l’une l’autre au lieu de s’exclure.

« S’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité.
Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.»
(Philippiens 2, 1-4).

Les équipes locales d’animation, qui structurent la vie des communautés locales, sont une manière, pour l’Eglise, dans la proximité des personnes, de s’instituer, de s’édifier. Lorsqu’il m’arrive de présider la liturgie de renouvellement des équipes locales d’animation de communautés locales, j’aime à dire que je « reçois » les personnes que l’Eglise (la communauté locale) se donne pour l’animer et la faire vivre.
Différemment, lorsque je préside la liturgie d’installation d’un prêtre responsable du secteur pastoral, ou l’envoi de l’équipe pastorale, je souligne que le secteur reçoit les personnes qui lui sont envoyées, soit pour être signe du Christ Pasteur de son Eglise, c’est la mission du curé, soit pour participer à l’exercice de la charge pastorale que reçoit le prêtre, c’est la mission de l’équipe pastorale.

Oui, à la fois l’Eglise se reçoit, se laisse édifier, et en même temps, elle se structure et développe les charismes reçus par les uns et les autres. «Le fait que le curé vienne de l’extérieur de la communauté à laquelle il est envoyé a plus d’impact que ce que l’on pense communément ; c’est un moyen par lequel les gens intuitionnent que l’Eglise est une institution plus grande qu’eux-mêmes, véritablement universelle. Un prêtre extérieur à la communauté, préparé par le diocèse, amène avec lui tout un schéma, une autorité, une manière de raisonner, des valeurs, qui constituent certainement un enrichissement pour la communauté.» (p. 11-12 Luca Bressan, Une Eglise à la recherche de son avenir. Unités pastorales, paroisses et présence de l’Eglise dans la société, p. 7-18. In Les regroupements paroissiaux – Bilan et perspectives, Lumen vitae, janvier, février, mars 2012, n° 1).

Conjuguant cette double manière d’être Eglise et de faire Eglise, comprenons que l’évangélisation, qui est notre raison de vivre et d’agir, se réalise par des personnes, par nous et par d’autres, qui acceptent et accepteront de répondre aux appels du Seigneur et de l’Eglise ; qui reçoivent et recevront avec gratitude les personnes qui lui sont envoyées.
« Qui enverrai-je ? » L’interrogation du Maître résonne toujours aujourd’hui ; nous avons à l’entendre et à la faire résonner. La percevoir comme un présent nous donne de demeurer des hommes et des femmes disponibles pour la mission.

6) Des acteurs pour la mission

Lorsqu’il est question des paroisses, on souligne d’abord la vocation commune de l’ensemble des baptisés : c’est nous tous qui sommes bénéficiaires et porteurs de l’Evangile.
C’est un des fruits de Vatican II, décliné à Poitiers par les deux synodes célébrés en 1993 et 2003 : la mission est l’affaire de tous, elle est notre responsabilité commune. Je sais combien cette prise de conscience est profonde dans le diocèse.

«Jean, l’un des Douze, disait à Jésus : ‘’Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent.’’ Jésus répondit : ‘’Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous.’’ » (Marc 9, 38-40).

Etant donné les dimensions du champ qui nous est confié, nous ne serons jamais de trop pour y travailler ; je regrette alors que, parfois, ici ou là, des barrières soient édifiées, des propriétés soient déclarées privées, et le fait que tel ou tel, qui n’était pas des nôtres jusqu’ici, se mette à y travailler et soit perçu comme une atteinte à notre bon droit. Il faut toujours en être persuadé, ce n’est pas parce que tel se met à agir davantage que cela nous retire quelque chose. Je serai toujours à encourager tant les prêtres à être présents et actifs dans tous les domaines de la pastorale, catéchèse, liturgies, jeunes, etc., que les fidèles à l’être de même. Bien sûr, ceci rend absolument nécessaire une bonne organisation de nos paroisses et de nos réalités pastorales – je ne pense pas que le diocèse soit en manque de textes sur ces questions – au contraire, lorsque l’on est seul, il n’y a pas à s’organiser, mais nous sommes alors loin de l’Eglise voulue par le Seigneur Jésus-Christ.

Il est alors plus que nécessaire de nous référer aux pratiques et aux textes diocésains qui les organisent. Vous connaissez les deux Guides de travail (Guide de travail N°1Guide de travail N°2) ainsi que les numéros spéciaux d’Eglise en Poitou où il est question des Secteurs pastoraux, des Equipes pastorales et des Communautés locales; ne manquez jamais de vous y référer, dans bien des situations ils donnent des repères fiables.

7) Exercer un discernement pour la mission

L’attitude spirituelle et intellectuelle que nous devons privilégier pour bien prendre le tournant devant lequel se trouve notre Eglise, dans le diocèse, mais de manière bien plus générale, est celle du discernement.
« Le discernement apparaît sur un fond gris. En cas de vive clarté, on s’en passe ; dans l’obscurité, on prend patience. En bref, le discernement est une pratique pour saison ordinaire dans les climats tempérés : brumes, nuages, éclaircies et averses d’une météo variable. Pour le reste, mieux vaut ne pas précipiter les décisions.» (Patrick Goujon, Discerner pour s’affermir dans la liberté, Etudes, juillet-août 2012, p. 63-74 p.64).

Ce discernement s’exerce dans plusieurs domaines :

– En premier lieu, il s’agit de scruter les appels de Dieu : il est à l’origine de toute chose et de nos vies ; c’est lui qui guide l’Eglise et oriente sa marche ; c’est de lui que nous devons recevoir les appels à aller de l’avant ainsi que la désignation des lieux où il nous envoie.

– Ensuite, il faut exercer notre discernement au sujet de la société dont à la fois nous sommes les produits et les acteurs. C’est en elle que nous avons à être des missionnaires de l’Evangile. Pas plus qu’à quelque autre époque, la nôtre n’est ni plus ni moins accordée à l’Evangile. Elle est le temps qui nous est donné, un temps aimé de Dieu, et dans lequel nous croyons que l’Evangile est attendu, parce qu’il est une Bonne nouvelle, et refusé, parce qu’il bouleverse et remet en cause.

Deux attitudes sont alors à refuser. La première selon laquelle nous estimons qu’il a existé un temps et un lieu en adéquation au christianisme – temps et lieu bien sûr défini diversement en fonction des options et préférences des uns et des autres –, l’évangélisation consistant alors à recréer cette période idéale. La seconde attitude, que je refuse identiquement, consiste à penser que, puisque le monde sera toujours en refus de l’Evangile, celui-ci ne peut être vécu authentiquement qu’en quelque îlot qui protège des influences mauvaises de la société.
Cependant, chaque époque présente des difficultés spécifiques pour la vie et l’annonce de l’Evangile. Aujourd’hui, le primat donné à l’individu et à son épanouissement conduit à regarder en mauvaise part tout cadre social ou collectif. L’engagement dans la vie politique, syndicale, associative, pâtit de cet état d’esprit. Les débats qui animent notre pays autour de l’accès au mariage civil pour les personnes homosexuelles, de l’adoption d’enfants par les couples ainsi formés, de la théorie du genre et de la remise en cause de l’identité que confère le corps biologique sexué, etc. : tout ceci qui conduit à ne plus voir dans la loi civile que ce qui entérine les comportements individuels, plutôt que de dire le projet de société qui s’impose à tout, conduit bon nombre de nos concitoyens à entendre toute question et toute mise en cause, lorsqu’elles viennent de la part de l’Eglise catholique, soit comme rétrograde, soit comme non respectueuse des libertés, ou de la laïcité.

– Enfin, le discernement doit s’exprimer en terme de réalisme. En France, à tout le moins à Poitiers, l’Eglise doit apprendre à vivre avec des moyens qui sont autres et le seront encore. Est-il interdit de dire que, tant pour les personnes que pour les moyens matériels (locaux, finances, outils divers), nous disposons et disposerons de moyens plus limités ? S’il ne s’agit pas de se compter, il faut compter. On peut chercher à tout conserver et à être partout, mais ceci conduira (conduit déjà ?) à l’épuisement et au sentiment d’échec.

Le discernement nous conduira à dire oui à telle ou telle initiative pastorale, alors que nous disons non à telle autre. Ne rien faire maintenant, nous conduira, soyez-en certains, à ne plus être en capacité de poser des choix ; ceux-ci nous seront imposés par les contraintes, et elles seront essentiellement financières. C’est donc dès aujourd’hui qu’il faut, ensemble (l’évêque ne veut pas en être le seul auteur) opérer ce discernement des priorités pastorales, qu’elles soient celles du diocèse, des paroisses, ou des autres lieux de la présence des chrétiens.
Choisir nous permet de sortir de l’attitude mortifère par laquelle nous ne voyons que ce qui disparaît, au lieu d’appeler, de créer, de répondre. Mais ceci, nous le faisons déjà de bien des manières ; ce n’est en rien de l’orgueil de le reconnaître, de le souligner, d’encourager ceux qui vont de l’avant.

«Soyez fidèles à la prière ; qu’elle vous tienne éveillés dans l’action de grâce.
Priez en même temps pour nous, afin que Dieu ouvre la voie à notre parole et que nous annoncions le mystère du Christ, pour lequel je suis en prison : que je le publie comme je me dois d’en parler.
Conduisez-vous avec sagesse devant ceux du dehors, en tirant parti du temps présent.
Que votre parole soit toujours bienveillante, pleine de force et de sel, sachant répondre à chacun comme il faut.» (Colossiens 4, 2-6).

8) Des repères pour les paroisses

Eriger de nouvelles paroisses est important donc, puisqu’elles sont le lieu d’exercice ordinaire de la vie ecclésiale. Mais, entendons-nous bien, la création de paroisses dont il est ici question verra la suppression des anciennes paroisses. Certes, il n’est pas question de détruire les églises – elles ne sont pas, pour la plupart d’entre elles, notre propriété – mais chacune des nouvelles paroisses recevra un nom nouveau, qui devra aider à la situer dans la géographie, et sera confiée au patronage d’un saint ou d’une sainte.

Je développe les points exprimés dans la phrase précédente, ils disent qu’il est essentiel de proposer des repères clairs et stables, non pas tant pour les « habitués », mais bien parce que la mission de la paroisse, et c’est pour cela qu’elle existe, est de proposer l’Evangile à tous.

– Ouvrir et faire vivre les églises…

Permettez un exemple, même s’il risque de froisser tel ou tel. La France aime l’égalité et la promeut. Les catholiques de notre pays partagent cet idéal, et alors, parce que l’égalité doit être préférée à tout, en certains lieux, la pratique a été choisie de ne privilégier aucune église pour la messe dominicale, y compris l’église de la commune la plus importante. Dans ces situations, lorsque l’on s’enquiert de savoir où la messe dominicale est célébrée, il faut se munir d’un calendrier complexe et changer chaque dimanche de lieu et d’heure. Les habitués s’en trouvent peut-être bien, l’égalité stricte entre les clochers est respectée, mais pensons que l’Eglise n’est pas un club d’habitués, sinon, dans quelques décennies, les habitués en question seront tous au cimetière.
D’autre part, on remarque que la pratique qui conduit, pour la messe dominicale, à ne privilégier aucune église du secteur pastoral, ou de la paroisse, conduit des personnes à ne participer à la liturgie que lorsque celle-ci est célébrée dans l’église de leur commune. Il faut donc des repères simples et stables, lisibles par une population qui ne maîtrise pas nos organisations.

« Jésus les instruisait en disant : ‘’Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera.’’
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demandait : ‘’De quoi discutiez-vous en chemin ?’’
Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : ‘’Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous.’’» (Marc 9, 31-35).

Si ce n’est déjà la pratique, au sein de chacune des nouvelles paroisses, il faudra déterminer quelle est l’église où est célébrée, de manière fixe et régulière, la messe dominicale, l’église qui est en quelque sorte le lieu-source de la vie chrétienne, en particulier parce que c’est dans cette église que seront célébrés les moments les plus décisifs de l’année chrétienne. Pour ce faire, le bon sens n’est pas interdit : l’église de la commune la plus peuplée, la plus centrale, celle où les personnes peuvent le plus facilement accéder, sera à privilégier.
Mais alors, que deviendront les autres églises ? La question est essentielle. Une église fermée et vide de chrétiens perd sa signification de lieu de prière ; on comprendra alors que les communes souhaitent leur donner un autre usage. Tel n’est le souhait, ni de l’Eglise catholique, ni je crois, d’une grande majorité de la population.

Nous sommes donc face au grand défi de faire vivre les églises de nos campagnes, et certainement, de quelques-uns des quartiers de nos villes. Des obsèques et des mariages seront célébrés et aussi des baptêmes, à moins que, lorsque cela est possible, on privilégie l’église « mère » de la paroisse, celle où la messe est célébrée chaque dimanche. Parfois, on célébrera une messe le dimanche en début de matinée, ou bien le samedi soir.
Il y a déjà et il y aura des assemblées de prière, le dimanche et en semaine. Sans que ces assemblées soient une copie de la messe ou une alternative à celle-ci ; elles permettent aux catholiques de prier ensemble et de signifier que l’église continue à accueillir une assemblée qui exprime sa louange au Seigneur, même si cette assemblée est de petit nombre.
Ces assemblées sont la prière des chrétiens dans un village ou un quartier ; elles sont au bénéfice de toute la population, et pourquoi pas – ne serait-ce qu’en sonnant les cloches – un signe qu’ici, vivent et prient des chrétiens.
Les messes en semaine peuvent aussi être célébrées dans ces églises. Mais, ouvrir chaque jour l’église, sonner les cloches, proposer un temps de prière, même pour deux ou trois… Mesurons bien l’enjeu de cette question.

Les communautés locales jouent ici pleinement leur rôle ; elles réalisent leur vocation qui, loin de se concentrer autour des églises et de la célébration dominicale, si décisives soient-elles pour la vie des chrétiens, développent toutes les dimensions et les appels reçus des sacrements du baptême et de la confirmation : célébrer certes, mais aussi annoncer et servir.

« Les fidèles exercent leur sacerdoce baptismal à travers leur participation, chacun selon sa vocation propre, à la mission du Christ, Prêtre, Prophète et Roi. C’est par les sacrements du baptême et de la confirmation que les fidèles sont ‘consacrés pour être un sacerdoce saint » (Constitution dogmatique sur l’Eglise, n° 10) (Catéchisme de l’Eglise catholique n° 1546).

« L’apostolat des laïcs est une participation à la mission salutaire de l’Eglise : à cet apostolat, tous sont députés par le Seigneur lui-même en vertu du baptême et de la confirmation » (Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise, n° 33).

– …dans la diversité des situations

La question ne se pose pas de la même manière à la campagne, dans les périphéries des villes et dans les centres-villes. De ce fait, les réponses devront aussi être diverses.
Pour les trois villes plus importantes du diocèse, Châtellerault, Niort et Poitiers, il me semble qu’il faut développer une diversité de propositions chrétiennes. Si j’en reste aux édifices, c’est-à-dire aux églises, une erreur serait de vouloir vivre la même chose dans chacune de ces églises. Les propositions étant identiques (sacrements, messe dominicale, catéchèse, etc.) en des lieux géographiquement très proches, comment la diversité va-t-elle trouver à s’exprimer, sinon dans une sorte de concurrence néfaste à chacun, même si elle se revêt du nom d’émulation ? Bien sûr, on peut supposer que le nombre des fidèles rende nécessaire que chacune des églises du centre de la ville célèbre une messe à 11h ; est-ce notre réalité ?
Certainement conviendra-t-il que telle ou telle église du centre de la ville soit un lieu destiné à la prière personnelle et communautaire, animé par une petite fraternité, religieuse ou autre.
Vingt siècles de christianisme nous transmettent la multiplicité des formes de prières, d’engagements, de vocations, etc. Et puis, nous savons que les chemins qui conduisent à la rencontre du Seigneur sont eux aussi multiples.
Ne craignons pas d’accueillir des choses qui ne nous ressemblent pas, de nous réjouir de chemins de foi qui ne sont pas les nôtres.
S’il est vrai que la paroisse rurale est le modèle selon lequel la vie paroissiale s’est partout construite, la ville et les modes de vie urbains sont d’un autre ordre ; la vie chrétienne doit aussi l’exprimer.

Les communautés locales qui composent les futures paroisses des centres des villes n’auront sans doute pas à être tout et à faire tout. Elles aussi, ces communautés locales, sont parfois comprises sur le modèle des anciennes paroisses rurales qui, en quelque sorte, se suffisaient à elles-mêmes ; plutôt que de l’apaiser, elles ont pu entretenir l’esprit de clocher. Or, c’est la paroisse qui a la mission de proposer à tous l’essentiel des richesses de la vie chrétienne. On peut donc imaginer qu’en ville, et peut-être ailleurs, telle communauté locale portera davantage la préoccupation de la charité, telle autre celui de l’enseignement et de la formation, ailleurs encore le soin de la prière, ou encore une expression liturgique plus particulière, l’attention à une catégorie de population davantage présente dans le quartier. Les communautés locales ne sont pas uniquement des communautés territoriales ; déjà existent, à Poitiers, des communautés ethniques. Tout ceci ne sera pas au bénéfice de la seule communauté locale qui en portera la mission mais bien de la totalité de la paroisse dont elle est un des éléments constitutifs.

« Les nouvelles paroisses ne sont pas simplement des paroisses regroupées ou remembrées. Elles sont de nouveaux espaces où peuvent se déployer de nouvelles formes de présence ecclésiale et s’inventer de nouvelles pratiques pastorales.
Le remodelage paroissial doit devenir autre chose que la maîtrise de l’art d’apprêter les restes pour nous ouvrir aux possibilités nouvelles que nous offre la nouvelle situation. Pour cela, le remodelage doit être bien autre chose qu’un regroupement administratif d’anciennes paroisses, et les nouvelles paroisses ne devraient être créées que lorsqu’on a eu l’opportunité de débattre du projet pastoral qui sera en mesure de les animer» (Gilles ROUTHIER, Nouvelles paroisses. Chances ou impasses pour l’évangélisation ? La paroisse peut-elle évangéliser ? Lumen Vitae, revue internationale de catéchèse et de pastorale, janvier-mars 2004, p. 105).

– Nommer et désigner les paroisses

Autre repère qui doit être pris en compte, c’est le nom qui sera donné à chacune des nouvelles paroisses. Si nous voulons que celles-ci soient identifiées, là encore, au-delà des seuls habitués, il faut éviter des noms tels que « paroisse des deux collines », ou encore « paroisse des quatre routes ». Ici également, le principe de l’égalité absolue sera un piège : ne vouloir ne mentionner aucun nom d’une des communes composant la nouvelle paroisse conduira à ces dénominations abstraites qui n’ancrent pas la vie chrétienne dans un lieu et un terroir. Dans une société mondialisée, ils sont de moins en moins nombreux, celles et ceux qui n’ont jamais quitté leur canton et pour lesquels la rivière, la colline ou le vallon mentionné dans le nom de la paroisse est immédiatement identifié.

« Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : ‘’Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui.’’
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui.
Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie.
Ils lui répondirent : ‘’A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple’’.» (Matthieu 2, 1-6).

C’est une question pratique avant tout, mais elle a aussi un fondement théologique : l’Eglise catholique ne cherche pas à se superposer aux réalités de la société, elle veut y être présente et s’y incarne. Les noms par lesquels nous nous identifions, sont les noms inscrits dans l’histoire et la géographie de la société française.
Enfin, chacune des paroisses devra se placer sous le patronage d’un saint ou d’une sainte. Même si la Mère de Dieu doit être honorée, il serait regrettable que vingt des nouvelles paroisses l’aient pour patronne et qu’aucune ne se revendique de sainte Radegonde ou de saint Hilaire. Sans prendre grand risque, j’envisage déjà les paroisses qui pourraient se placer sous le patronage de saint Jean-Charles Cornay et de saint Théophane Vénard. Ici encore, il s’agit de s’inscrire dans l’histoire chrétienne de nos communes et de notre diocèse.

9) Donner toute sa place au sacrement de confirmation

Je souhaite que la proposition et la célébration du sacrement de la confirmation continuent à être une priorité pour le diocèse, tant pour les jeunes que pour les adultes.
La confirmation n’est pas le sacrement qui vient sceller un brevet de bonne vie chrétienne ; ce n’est d’ailleurs le cas pour aucun des sacrements : ils produisent en nous infiniment plus et au-delà des bonnes dispositions, pourtant nécessaires, qui sont les nôtres lorsque nous nous disposons à les célébrer et les recevoir. La confirmation ouvre le cœur et toute la vie, donne le zèle et la force, établit dans la joie de croire. La confirmation, lorsqu’elle est aussi accompagnée, comme pour les autres sacrements, d’un chemin mystagogique permet d’en accueillir tous les fruits.

Baptême et confirmation conduisent à une vie de disciple, nourrie dans l’assemblée dominicale, là où les chrétiens sont constitués en corps du Christ, par la prière communautaire, la vie fraternelle, l’écoute de la Parole et le sacrement de l’Eucharistie.
Soyons certains que, si nous désertons nos assemblées, à la fois celles-ci nous manquent, blessent notre vie chrétienne et la fragilisent, et à ces assemblées, nous manquons pareillement.

«Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit.
Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur.
Les activités sont variées, mais c’est toujours le même Dieu qui agit en tous.
Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous.
A celui-ci est donné, grâce à l’Esprit, le langage de la sagesse de Dieu ; à un autre, toujours par l’Esprit, le langage de la connaissance de Dieu ; un autre reçoit, dans l’Esprit, le don de la foi ; un autre encore, des pouvoirs de guérison dans l’unique Esprit ; un autre peut faire des miracles, un autre est un prophète, un autre sait reconnaître ce qui vient vraiment de l’Esprit ; l’un reçoit le don de dire toutes sortes de paroles mystérieuses, l’autre le don de les interpréter.
Mais celui qui agit en tout cela, c’est le même et unique Esprit : il distribue ses dons à chacun, selon sa volonté.» (1 Corinthiens 12, 4-11).

Alors, le moment n’est-il pas venu de nous interroger sur l’âge le plus opportun pour recevoir ce sacrement ?
Même s’il existe de bonnes habitudes, la perception plus affinée que nous avons du chemin que chaque personne accomplit dans la foi, la pratique ancienne quant à l’ordre des sacrements de l’initiation chrétienne, la mémoire conservée d’un sacrement célébré avant l’âge de 10 ans, tout ceci invite à prendre le temps de travailler l’histoire et la pratique des sacrements, nous interroge sur ce que des jeunes et des enfants vivent dans leur foi. Mais, ce faisant, il faudra se garder d’édicter des règles qui oublieraient la grande fluidité de notre société et les situations extrêmement diverses vécues par les enfants et par les familles.

10) Evangéliser dans le souffle de l’Esprit Saint

Puisque l’évangélisation est au cœur de notre vie et est notre mission, je cite, à nouveau, quelques lignes de l’Instrument de travail du synode des évêques d’octobre 2012, lignes qui donnent sens à ce mot :
«Evangéliser, c’est […] offrir l’Evangile qui transfigure l’homme, son monde et son histoire. L’Eglise évangélise lorsque, grâce à la puissance de l’Evangile qu’elle annonce (cf. Rm 1, 16), elle fait renaître – à travers l’expérience de la mort et de la résurrection de Jésus – chaque expérience humaine (cf. Rm 6, 4), en la replongeant dans la nouveauté du baptême et de la vie selon l’Evangile, dans le rapport du Fils avec son Père, pour percevoir la force de l’Esprit.» (n° 31).

Evangéliser est notre mission, pourtant ce n’est pas notre œuvre. C’est le Christ Jésus lui-même qui est le premier évangélisateur, c’est lui qui conduit à Dieu son Père. Nous évangéliserons, et ce de manière chrétienne, dans la mesure où nous nous laissons et laisserons évangéliser. Tout comme les apôtres le firent, il nous faut donc nous laisser à l’Esprit Saint.

Mes amis, avant tout, c’est un « oui » que la foi nous appelle à dire et à vivre. Oui au Seigneur qui nous appelle ; oui au monde que nous attend ainsi que nous le dit la foi ; oui pour oser proposer l’Evangile qui est force et joie offertes à toutes les femmes et tous les hommes de notre temps. Alors, discernons, choisissons, avançons, heureux de nous savoir aimés et appelés, heureux de croire, heureux de dire et de vivre notre foi.

«Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et qu’on lui rende gloire partout comme chez vous.
Priez pour que nous échappions à la méchanceté des gens qui nous veulent du mal, car tout le monde n’a pas la foi.
Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal.
Et, dans le Seigneur, nous avons pleine confiance en vous : vous faites et vous continuerez à faire ce que nous vous ordonnons.
Que le Seigneur vous conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ.» (2 Thessaloniciens 3, 1-5).

A Poitiers, le 14 septembre 2012, fête de la Croix glorieuse.

+ Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers

Quelques questions pour aider la lecture de la Lettre pastorale et pour favoriser l’échange

1- Qu’est-ce que nous retenons de cette lettre ?

2- A quels approfondissements sommes-nous appelés ?

3- A quelles mises en œuvre sommes-nous invités ?

4- Avons-nous des suggestions à faire et des questions à poser, au Secteur pastoral, au Territoire ?