Le 15 août des chrétiens d’Orient

MgrPascalWintzerIl y a un peu plus d’un an, les troupes de Daech prenaient le pouvoir dans des villes du nord de l’Irak et imposaient aux chrétiens, aux yézidis, et aussi à des musulmans n’observant pas leur propre interprétation de l’islam, de se soumettre ou de partir, la mort étant la sanction pour les récalcitrants. Déjà auparavant, la guerre de Syrie avait vu de telles situations.

Certains ont souhaité que ce 15 août 2015 soit une journée de manifestation en faveur des chrétiens d’Orient.
On ne peut qu’approuver tout ce qui est entrepris en faveur des populations persécutées, quelle que soit leur religion ou leur non-religion. J’imagine que les personnes qui promeuvent les sonneries de cloches appellent pareillement les Etats européens à accueillir les populations qui arrivent sur les côtes du sud du continent ou bien à Vintimille et à Calais. Ils connaissant les paroles du pape François sur ces situations, lui qui venant d’Amérique latine, porte un regard sur cette Europe dont il découvre les comportements et les peurs. Les mêmes connaissent aussi les appels du Conseil permanent de la Conférences des évêques de France sur ce même sujet, en particulier la note du 17 juin 2015.

Certes, les cloches peuvent sonner, mais il serait bien regrettable d’évaluer à l’existence ou non de telles sonneries l’engagement des diocèses français en faveur des chrétiens d’Orient comme en faveur d’autres personnes victimes, elles aussi, des injustices et des violences.
Cela fait déjà plusieurs années que les diocèses, dont celui de Poitiers, avec le Secours catholique, l’Œuvre d’Orient, d’autres associations, avec des familles et en concertation avec les pouvoirs publics, participent à l’accueil de familles de réfugiés. On n’a pas cherché à faire un battage médiatique autour de ces engagements, le bien ne fait pas nécessairement de bruit, et même, le bruit ne fait pas nécessairement du bien, il peut même agir en défaveur de ceux que l’on veut aider.

Je reconnais que les mouvements de pression orchestrés par les réseaux dits sociaux m’agréent peu. Ils sont une manière d’exercer une pression qui fait fi des médiations et des responsabilités. Surtout, ces mêmes réseaux, comme les sites internet qui y sont associés, se sont faits la spécialité de mettre au tableau d’honneur, ou, le plus souvent, de déshonneur. Cependant, il n’est pas utile d’être d’une grande perspicacité pour repérer que ces classements, en nombre de mitres pour les évêques, et désormais en nombre de cloches, parlent avant tout de ceux qui en formulent les critères que des personnes et des institutions prétendument évaluées et classées.

Les enjeux en cause sont d’une autre gravité : il en va de la vie de personnes et de la paix de nombreux pays.
Mesurons la chance que nous avons de vivre dans un pays européen où nulle loi religieuse ne s’impose à tous et où, pourtant, chacun a la liberté de pratiquer son culte et aussi de l’exprimer publiquement. Pour cette raison, nous devons nous battre contre tout ce qui oppose les personnes les unes aux autres. Tout comme les musulmans ont et doivent avoir le droit de prier, de parler, de s’organiser en France – ils y sont chez eux – les chrétiens doivent bénéficier des mêmes droits dans les pays du Proche et du Moyen-Orient – ils y sont aussi chez eux.
Nos actes et nos paroles, à nous qui disposons de la liberté d’expression, doivent être responsables et ne rien faire qui oppose les populations les unes aux autres. Après les conflits, il faut qu’arrive les jours de la réconciliation, et celle-ci n’est vraie et complète que dans la mesure où des populations diverses, dans les cultures, les religions, les philosophies, etc., peuvent partager un même sort et œuvrer au même projet de société.

Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers
13 août 2015