Engagement politique et ministère diaconal

Christian Genre Pôle communication

Continuant leur tour des paroisses du diocèse, les diacres et leurs épouses se pressaient bien au chaud en ce samedi 2 décembre dans la salle municipale de Chavagné, commune de La Crèche, paroisse Saint Jean Baptiste en Niortais. Malgré le froid et pour certains le verglas, ils avaient répondu massivement à l’invitation de Mgr Wintzer pour la première des deux habituelles journées diocésaines des diacres.

Accueillis chaleureusement par les membres du groupe niortais,  les boissons chaudes y ont fortement contribué, l’assemblée a pu ensuite trouver de la voix pour chanter les laudes. On a pu d’ailleurs noter que désormais téléphones intelligents et tablettes commençaient à supplanter le Livre des heures ou le PTP !

Fraternité=convivialité                                                    Tablette ou bréviaire ?

Gérard Loison, délégué à la vie fraternelle a ensuite présenté le Père Benoît de Mascarel qui a accepté d’être le prêtre accompagnateur du diaconat  et avait pu se libérer pour passer la journée avec nous. Puis il a  donné des nouvelles des frères et sœurs absents pour diverses raisons circonstancielles, parfois heureuses mais aussi douloureuses et aussi du fait de la maladie et de l’âge avancé.

Le Père Benoît de Mascarel nouveau                       Gérard Loison introduit la journée

prêtre accompagnateur du diaconat

Mgr Wintzer a ensuite rapidement présenté l’objet et la problématique  du thème qu’il avait suggéré au comité diocésain du diaconat. Au-delà de retrouver le sens du politique, se pose la question de la place du chrétien dans le champ politique et encore plus spécifiquement celle du diacre, ministre ordonné placé au cœur de la vie, au cœur de la cité.

Vous trouverez ci-dessous le lien pour lire le texte de l’introduction de Mgr Wintzer

Christianisme et politique (2)

Il a ensuite donné la parole  au Père Christian Mellon (sj) membre du CERAS (Centre de Recherche et d’Action Sociale) basé à Saint-Denis (93) organisme vieux d’un siècle, créé et animé par les jésuites, dont la mission est de faire connaître et faire vivre la doctrine sociale de l’Eglise.

Le Père Christian Mellon (sj)                                                     Un auditoire attentif

La politique est une vocation très noble.

En une heure, en s’appuyant largement sur la constitution Gaudium et Spes du concile Vatican II, les écrits des papes,  Saint Jean XXIII, Bienheureux Paul VI,  Saint Jean-Paul II, Benoît XVI et notre actuel pape François, ainsi que sur les grands textes produits entre 1972 et 2016 par les évêques français,  il a montré la continuité de la pensée  sociale de l’Eglise catholique romaine qui n’a cessé de dire « que la politique est une vocation très noble », que le devoir du chrétien est d’agir quand sont mis en danger les droits fondamentaux de la personne  et que cet impératif se situe au même niveau que lorsque est mis en cause le salut des âmes. Il faut poser une parole  et agir, mais en utilisant des moyens qui soient conformes à l’Evangile.  Pour reprendre en la détournant, une phrase célèbre, « Oui le politique, la politique, sont bien les oignons de l’Eglise ».

Il a souligné que dans les évangiles, Jésus  se situe plus dans le registre de la justice sociale que dans celui du politique, même s’il condamne la collusion entre pouvoir religieux et pouvoir politique, le Temple en étant devenu une parfaite illustration. Il faut donc se garder de faire une fausse lecture du fameux « rendre à César ce qui est à César ». Jésus donne, à travers ses paroles et gestes, une « inspiration au politique » et non pas un modèle politique. La lettre à Diognète (texte de la fin du IIème siècle) demeure ainsi un guide encore toujours utile pour le chrétien engagé dans la vie de la cité.

La politique est la voie institutionnelle  de la charité. 

Il a ensuite longuement développé le lien entre charité et politique : le pape François a ainsi écrit «la politique est une des formes les plus précieuses de la charité parce qu’elle vise le bien commun ». Cette affirmation prolonge celle de son prédécesseur Benoît XVI : « la politique est la voie institutionnelle  de la charité », Caritas in veritate.  Notre intervenant  a beaucoup insisté sur la nécessité de ne pas hiérarchiser entre la charité de proximité et celle, plus éloignée, qui est celle du politique. L’amour doit être le principe des micro-relations comme des  macro-relations. Des personnalités comme celles de l’abbé Pierre ou du Père Wresinski illustrent parfaitement cette double dimension.  Même s’il s’agit là de prêtres,  les textes romains, dont ceux issus de Vatican II,  insistent sur le fait que la politique est plus le fait des laïcs que des ministres dont le registre est plus celui de la parole que de l’engagement direct.

Reconnaître le pluralisme politique c’est accepter le combat des idées.

Ayant abordé ensuite la question du pluralisme politique, il a rappelé que si cette reconnaissance n’est pas neuve, le concile Vatican II a profondément changé la donne, ce qui a eu pour conséquence le retrait des pasteurs du champ de la politique en tant qu’acteurs politiques propres. Or le diacre n’a pas de responsabilité pastorale, à la différence du prêtre et de l’évêque.

Reconnaître le pluralisme politique c’est accepter le conflit, le combat des idées et percevoir que ce combat est créateur. Jésus dans les évangiles ne craint pas ce combat mais il nous donne une clé : la non-violence, le respect de celui qui ne pense pas comme moi, ce qui ne m’interdit pas de combattre ses idées et en particulier lorsqu’elles vont à l’inverse  des valeurs l’Evangile.

« La politique c’est ce qui permet de vivre les conflits autrement que par la violence ».

La difficile question du pouvoir.

Paul Ricoeur écrivait : « la politique est l’ensemble des activités qui ont pour objet l’exercice du pouvoir, sa conquête, sa gestion ».  Or la question du pouvoir  interroge le chrétien car dans les évangiles Jésus met en garde contre le pouvoir. Si récuser le pouvoir pour imposer la foi fait aujourd’hui accord pour nous catholiques français, par contre beaucoup de chrétiens, ils ne font ainsi que suivre l’opinion publique dominante, pensent que le pouvoir corrompt : tous pourris, tout se vaut, tout est relativisé. Cette attitude peut avoir pour effet de laisser le pouvoir à d’autres. Or il y a des projets politiques qui doivent être combattus, pour reprendre une  autre expression, des structures de péché sont à combattre,  et d’autres projets sont par contre  à développer car ils vont dans le sens de l’amour porté à son prochain. Il est donc légitime de peser sur les choix : le chrétien a des bras et vouloir garder les mains propres au prétexte qu’aucune cause n’est pure, aucun programme parfait c’est n’avoir plus de mains. Le chrétien doit accepter de prendre des risques.

Emmanuel Mounier écrivait : « Nous ne nous engageons jamais que dans des combats discutables sur des causes imparfaites. Refuser l’engagement c’est refuser la condition humaine ».

Pour dire autrement, s’engager en politique ce n’est pas réaliser le Royaume de Dieu sur Terre, c’est agir pour que demain soit un peu moins mal qu’aujourd’hui. Il nous faut donc ne pas choisir le tout ou rien, il faut accepter d’avancer lentement, petitement, humblement : accepter le compromis et non la compromission et se garder la liberté de rompre en cas de désaccord trop profond.

Diaconie et politique, deux manières de servir le bien commun.

Le diacre, conformé au Christ Serviteur, peut avoir en ce domaine une mission de vigilance car pour l’Eglise, la politique est de l’ordre du service du frère, le frère « individu » et le frère « collectif ». Il y a donc une cohérence entre diaconie et politique car il s’agit de servir le « bien commun ».

Le « bien commun », une notion venue de l’église catholique est aujourd’hui reprise par tous les politiques, c’est « le bien de nous tous » (Caritas in veritate). C’est celui de tous, même ceux qui sont exclus du champ économique, ceux qui ne pèsent pas ou plus. Cela induit donc que le politique a mission de réguler l’économique. Le bien commun n’est pas addition des biens et des demandes individuelles. Le bien commun est bien plus que l’intérêt général, car le mot intérêt est riche d’ambiguïtés.

Il est le bien de nous tous et la mondialisation, la prise en compte des enjeux environnementaux nous obligent à nous projeter à l’échelle planétaire. Le succès de l’encyclique Laudato Si’ montre que l’Eglise a bien mission de porter une parole politique, au sens fort et premier du mot. Pour quelques personnes présentes en cette journée du diaconat, les mots du Père Mellon faisaient évidemment écho à ceux entendus la semaine précédente lors du colloque organisé par le Centre Théologique de Poitiers sur « Quels repères éthiques pour vivre ensemble ? ».

Vous trouverez ci-dessous le lien pour pouvoir lire le texte complet de l’intervention du Père Christian Mellon

P. Ch MELLON POITIERS

Après de courts échanges entre la salle et l’orateur, ce fut le repas abondant et convivial comme toujours.

Deux témoignages.

Ensuite deux diacres Pierre Bureau et Christian Minne sont venus témoigner de leurs engagements politiques, l’un dans un parti politique qui l’a conduit à être candidat à la députation, à être élu comme conseiller municipal puis comme adjoint dans une petite ville, l’autre comme conseiller municipal puis maire d’une commune rurale. Chacun à sa manière conjugue sa mission diaconale et ses engagements au service de la « polis », de leur communauté. Mais pour tous deux, ces engagements sont sous le signe de la rencontre et du service. Tous deux ont dit leurs joies à  vivre ce double engagement  mais aussi sa lourdeur.

 

Un échange a ensuite prolongé ces témoignages au regard de l’intervention du Père Mellon et de remarques apportées par Mgr Wintzer. S’engager, c’est prendre des risques, prendre des coups parfois. C’est faire des choix, et au passage Mgr Wintzer a rappelé que le mot hérésie signifie choix, c’est parfois aller au conflit. Une méthode semble à privilégier, celle de proposer un projet, de le débattre, de le nourrir du débat et ensuite viendra le moment de la décision, éclairée mais pas nécessairement acceptée par tous. Le Père Mellon et Mgr Wintzer ont insisté sur la démarche synodale chère à l’Eglise. Certains historiens voient d’ailleurs dans les modes d’élection des abbés au Moyen Age les prémices de notre démocratie moderne.

Il a été ensuite noté, que si des diacres sont engagés en politique, pourquoi ce ne serait pas aussi le cas des femmes dont le mari est diacre. Pour le moment il semble que ce ne soit le cas d’aucune dans notre diocèse. On peut espérer que la parité désormais imposée dans les conseils donnent des idées à certaines.

Enfin, la notion de subsidiarité a été longuement évoquée : l’Eglise catholique qui l’a prônée depuis longtemps mais ne la mettait guère en œuvre du fait du centralisme romain, s’y convertit aujourd’hui avec le pape François qui en est un ardent défenseur. Dès ce soir, nous allons prier le Notre Père dans sa nouvelle traduction française, or jusque-là Rome imposait son visa, désormais ce sont les conférences épiscopales nationales qui auront cette responsabilité.

Avant de chanter les Vêpres, nous avons pris rendez-vous pour notre prochaine rencontre le 11 mars dans la paroisse St André Hubert Fournet, pour un WE convivial en Montmorillonais les 16 et 17 juin et le 17 novembre à Bordeaux (ou environs) pour la réunion régionale sur le sujet de la Spiritualité diaconale, disciple et missionnaire.

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